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01/06/2013

To be or not to be / Jeux dangereux - 1942

Par quel bout prendre un film d'une telle richesse comme "To be or not to be" ? Voilà la première question qui me vient à l'esprit au moment de rédiger cette note. Mais peut être faut il commencer par le début, c'est à dire la création du film. Ernst Lubitsch devait tourner un second film pour United Artists, après "Illusions perdues". Walter Wanger assure la production de "To Be or Not to Be" puis se retire du film. Heureusement, le producteur anglais Alexander Korda prend le relais. Lubitsch obtient un contrat exceptionnel, qui comprend la haute main sur le montage et l’assurance que son ami Korda sera son unique interlocuteur. Toutefois, la United Artists conseille fortement de changer le titre, qu’elle juge décourageant pour les spectateurs. Faisant mine d’acquiescer, Lubitsch propose The Censor Forbids (Interdit par la censure), ce qui ne manque pas d’ironie à l’égard de la demande qui lui est faite tout en restant lié à une scène du film (l’interdiction de la pièce Gestapo). Mais comme il l’avait sans doute prévu, ce sont les deux vedettes qui s’opposeront à ce changement, avec d’autant plus de poids qu’elles ont investi de l’argent dans la production.

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Le film se base sur un scénario original, une première chez Lubitsch qui, pour ses films parlants, était jusqu’alors toujours parti d’une pièce ou d’une opérette, la plupart du temps européenne. Il
écrit le scénario avec l’ancien dramaturge Edwin Justus Mayer, qui ajoute probablement une noiceure certaine à l'oeuvre. Le personnage de Tura est écrit dès le départ en pensant à Jack Benny. En revanche, le rôle de Maria est attribué dans un premier temps à Miriam Hopkins, qui avait été la vedette de trois films de Lubitsch. Des tensions, se font jour et Hopkins demande à ce que son rôle soit étoffé. Lubitsch refuse et Myriam Hopkins quitte le projet. Carole Lombard reprend alors le rôle mais exige d'avoir en échange la première place au générique. En plein tournage devait avoir lieu l'attaque de Pearl-Harbor qui devait faire échos à une scène du film où les acteurs se retrouvaient autour de la  radio apprenant l'entrée en guerre de la Pologne. Carole Lombard devait dire plus tard, « C’est la seule fois où tout commença bien, continua bien et se termina bien. » Cela devait être pourtant une sortie tragique. En effet, le le 16 janvier 1942, Carole Lombard disparaissait dans un accident d'avion pour cause de Black-Out. La production décida de supprimer une scène du film, où Lombard disait : "mais que peut il bien arriver dans un avion ?" La United-Artist sort finalement le film, le 6 mars 1942 et le dédie à Carole Lombard.

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Ci-dessus : Carole Lombard, Jack Benny, et Charles Halton

Mais quel est le sujet de 'To be or not to be" me direz-vous ? Au delà de la comédie satirique sur le nazisme, au delà du film d'espionnage, au delà de l'histoire de cette troupe de comédiens polonais qui décident de faire de la guerre un théâtre pour se sauver la peau dans un monde devenu fou, "To be or not to be" est bien le film du choix et la filiation à Shaskespeare ne fait guère de doute. Le film renvoie cette question au spectateur et l'invite à prendre parti pour le bien ou le mal. Le film est typiquement une oeuvre à tiroirs multiples, où l'univers du théâtre rejoint celui du cinéma, où les apparences sont le plus souvent trompeuses et où les nazis sont tournés en ridicule. Autant, comédie loufoque, que film d'espionnage, Lubitsch va au bout de thèmes à peine entrevus dans "sérénade à trois" (1933) et il développe là, ses idées sur l'adultère et le triangle amoureux improbable, pour faire de "To be or not to be" une des plus belles comédies américaines de tous les temps aux situations et aux dialogues savoureux. Ce "Jeux Dangereux", est un classique du cinéma, drôle, dramatique, sombre, qui fait du nazi non pas un monstre, mais un homme comme tout le monde. Miroir d'une Humanité malade, "To be or not to be" dépasse le ton de la comédie pure pour atteindre les sommets du genre.

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Film disponible en DVD et Bluray (privilégier l'édition Studio Canal en Bluray pour la qualité de l'image).

Article écrit avec l'aide des sources du CNC :

http://site-image.eu/?page=film&id=392&partie=dec...

Pour aller plus loin :

To Be or Not to Be de Ernst Lubitch.pdf

Note : 9,5 / 10

25/11/2012

Le suspect / The Suspect - 1944

"Le suspect" est un film de Robert Siodmak avec Charles Laughton et Ella Raines. On retrouve dans les seconds rôles, le très mystérieux Henry Daniell. Ce dernier, habitué à jouer des rôles de méchants ou de traîtres, ne déroge pas non plus ici à la règle.

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Ce film qui pourrait passer pour un film policier classique (un mari tuant sa femme), n'en est pourtant pas un. En effet, généralement, l'assassin s'en prenant à sa propre femme est détesté par le public. Ici on prend fait et cause pour l'assassin (Charles Laughton). On n'approuve pas son geste mais on le comprend et on tremble avec lui. De plus, les inspecteurs de Police apparaissent comme des êtres grossiers, fourbes, et usant de ruses, presque malhonnêtes. A ce titre Stanley Ridges est prodigieux dans son rôle d'inspecteur. Enfin, on voit tous les travers (voir la perversion) de la bonne société britannique du début du 20ème siècle. Car finalement c'est une espèce de morale victorienne poussée à l'extrème qui va quasiment obliger le mari à tuer sa femme. Laughton est d'ailleurs toujours montré quasiment avec bienveillance, portant un important sens moral mais non perverti comme ceux qui l'agressent, et ses méfaits (même si ils sont prémédités) ne sont que la réponse à une atroce agression, un chantage etc. En un mot, ce film surprend donc par son scénario inversé, où les bons sont les méchants. Et inversement l'assassin est présenté comme presque le bienfaiteur d'une société vérolée. La fin est d'ailleurs assez incroyable à ce titre. On retrouve donc un bon film en costume qui n'atteint pas les sommets du film noir ou de l'oeuvre d'Hitchcock, mais qui malgré tout interroge le spectateur sur le rapport au Mal et sur ce qu'un homme peut accepter des autres sans réagir et finalement ce de qui transforme un honnête homme en assassin. Donc un film assez fascinant et très intelligent, surtout qu'en plus, on retrouve la belle Ella Raines. Je reprocherai uniquement une interprétation peut être trop caricaturale de la femme de Laughton. Pour le reste ce film est une très bonne pioche d'Universal (avec une belle musique de Frank Skinner).

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Ci-dessus Ella Raines :

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Ci-dessus Ella Raines sur le plateau du "Suspect" avec Robert Siodmiak :

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Ci-dessus Ella Raines en train d'enfiler un costume pour une scène du "Suspect"

 

Film disponible en DVD Zone 2 (collection Universal) - Dispo chez Gibert Joseph pour les personnes de Région parisienne.


NOTE : 7 / 10