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03/08/2014

Heureux mortels / This happy Breed - 1944

"Heureux mortels" nous raconte la vie d'une famille anglaise entre 1919 et 1939. Le film est digne d'intérêt de par son aspect social mais aussi parce qu'il est réellement attaché à la réalité d'une époque. C'est le film des premières fois pour Lean : première œuvre en tant que réalisateur crédité seul au générique, premier d’une série de trois adaptations de pièces de Noël Coward, première production de sa société Cineguild, premiière réussite indiscutable de sa carrière (c’est le film anglais qui rapporta le plus d’argent en 1944) et c'est son premier film en Technicolor. Dans "Heureux Mortels" l'actualité est support de l'histoire, et constitutive de la vie de la famille, qui se rend au défilé de la victoire en 1919, ou qui est marquée par les grandes grèves et les idées communistes qui traversent l'Angleterre des années 20. Mais, on revient toujours à un univers familial, centré sur la maison et sur une famille classique qui semble être le meilleur rempart à la folie des hommes."Heureux mortels" est un film qui consacre à l'infini, la famille, ses valeurs, sa joie et ses drames. C'est en cela qu'il est encore touchant aujourd'hui, au delà de son étude sociale de 20 ans de vie anglaise.

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On se surprend donc à suivre avec intérêt cette tranche de vie, et la moralité de cette histoire est bien que tout passe et tout s'en va. Et la famille ne protège pas des drames de la vie, mais reste l'ultime refuge des Hommes. On sait que c'est David Lean, qui choisit l'acteur comique Robert Newton, pour le rôle du père de famille. Newton s'en sort bien et campe parfaitement le rôle. Celia Johnson détestait son rôle, elle est pourtant parfaite en mère courage, qui se sacrifie au bien être familial et recevra un prix pour son interprétation. On peut retenir aussi l'interprétation de Amy Veness, en belle mère acariâtre ou John Mills en marin de sa majesté. Certains me diront que cela reste du mélodrame de cuisine, ou de canapé. Je crois que ce serait n'avoir rien compris de ce film, profondément humain, et qui est bien plus qu'un simple film destiné à glorifier la nation anglaise dans ce qu'elle a de plus intime. "Heureux mortels" est comme son titre l'indique, un film humain, destiné à une Humanité, qui rit, espère, souffre, pleure, et tout ceci, malgré les drames de la vie et du monde. En cela, ce film mérite d'être vu et revu, car il est une partie de nous, et à quelques chose près : la meilleure.

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Ci-dessus : Robert Newton, Celia Johnson,

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Disponible en DVD zone 2 sous-titrée en français dans le coffret David Lean édité par Carlotta

Note : 8 / 10

12/02/2014

Huit Heures de sursis / Odd Man Out (1947)

Il y a quelques réalisateurs anglais dont on se souvient. Et si on devait faire une liste, on retiendrait évidemment David Lean, Alfred Hitchcock, mais aussi Carol Reed. "Huit heures de sursis" est l'archétype même du chef-d'oeuvre repoussant, car si il est admirablement filmé et photographié, la descente aux enfers d'un terroriste irlandais a quelque chose de repoussant. En effet James Mason, joue un chef de l'IRA blessé, et abandonné par ses hommes lors d'un hold-up meurtrier. Mais bientôt, ce n'est pas seulement son organisation qui va l'abandonner, mais aussi toute une ville, qui passera de l'indifférence pour certains habitants, à d'autres voulant l'exploiter. Carol Reed nous donne ici une version très noire de l'humanité, où tous ses défauts sont révélés : la lâcheté, la convoitise, la peur. Mais des qualités sont parfois aussi révélés : l'amour, la fidélité, la foi, et la volonté d'aider. James Mason n'a peut être jamais été aussi convaincant que dans ce film, qui multiplie les visions d'un homme en délire.

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Le film avançant, James Mason perd son habit de membre de l'IRA pour devenir un homme habité par la peur et le doute, et dont la blessure révèle un destin et une sur-humanité, dont les souffrances semblent le rapprocher de la Passion du Christ. "Huit heures de sursis" est un voyage initiatique dans la cruauté de la vie, mais aussi et surtout vers la mort. C'est ce qui le rend, terriblement hypnotisant et tout à la fois repoussant. Il ne ressemble à aucun film de son époque. La fabuleuse musique de William Alwyn ajoute encore au drame humain. Et on peut se demander si l'histoire de cet homme qui sort du monde, n'est pas tout simplement l'histoire de chacun d'entre nous, qui un jour devra quitter ce monde, dans l'indifférence de presque tous. "Huit heures de sursis" est donc un chef-d'oeuvre baroque, sombre, pathétique, humain et magnifique, qui vous laissera épuisé, devant une implacable leçon de vie.

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Ci-dessus : James Mason et Kathleen Ryan (on remarque le bras en croix de James Mason semblant signifier son martyr).

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Ci-dessus : James Mason et Kathleen Ryan

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Extrait de la musique :

Disponible en Bluray et DVD chez Elephant Films en VF et VO sous-titrée

Note : 8,5 / 10

13/02/2013

Les misérables - 1952

Je n'ai pas oublié notre "Théma" sur "les misérables" au cinéma et je vous présenterai donc aujourd'hui la version de 1952 produite par la Twentieth Century Fox. Le film a été tourné par un très grand réalisateur en la personne de Lewis Milestone à qui on doit entre autres, "à l'ouest rien de nouveau" (1930), "l'ange des ténèbres" (1943) avec Errol Flynn, ou encore la version des "Révoltés du Bounty" de 1962 avec Marlon Brando. On a donc un réalisateur capable de filmer de belles oeuvres à l'écran. Et sur ces "Misérables" c'est bien le cas. On se rappelera aussi que Lewis Milestone fera parti de ces réalisateurs inscrits sur la fameuse liste noire et obligés de s'exiler hors des états-unis au début des années 50. Quoiqu'il en soit avec un réalisateur comme Milestone, le film multiplie les plans d'exceptions surtout dans sa première partie, et donne au spectateur une vision sur le noir et blanc assez intéressante, avec une recherche sur les ombres et des gros plans sur les visages, finalement assez rares pour l'époque.

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Le film a bien des défauts, ainsi on voit toujours Jean Valjean en galérien. On fait croire au public qu'en 1815 il y a encore des galères en France alors que Louis XV a supprimé les galères il y a plus de 60 ans ! Et puis il y aurait beaucoup à redire sur le casting avec un Michael Rennie beaucoup moins crédible que Fredric March et Robert Newton tout de même moins bon que Charles Laughton. Cameron Mitchell semble également assez loin de l'idée que l'on peut se faire d'un très jeune étudiant révolutionnaire et républicain. Néanmoins on retrouve la sublissime Debra Paget en Cosette et une très bonne surprise avec Sylvia Sidney en Fantine.

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Ci-dessus : Michael Rennie

Mais au delà du casting, c'est le scénario qui porte le plus préjudice au film. Ainsi, le scénario enlève la famille Ténardiers du roman. Eponine n'apparaît plus non plus. On ne comprend pas bien les ambitions de Marius etc etc On finit donc par faire abstraction du scénario pour voir le film comme lointainement inspiré des Misérables. Il en reste alors un spectacle relativement plaisant et très marqué d'une forte coloration hollywoodienne, qui permet une belle production mais également des incohérences avec l'esprit et la culture française. Cette version a également un découpage de l'oeuvre via des titres insérés mais cette fois-ci sans les plans fixes qui vieillissaient terriblement la version de 1935. Mais c'est bien le seul avantage de cette version qui multiplie les incohérences avec l'oeuvre originale. On ne retrouve d'ailleurs que peu de la belle osmose entre Valjean et Cosette. Et Valjean apparaît ici plutôt comme un être jaloux et possessif, prêt à tout pour garder Cosette pour lui.

 

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Ci-dessus : Debra Paget et Cameron Mitchell

Cette version des "Misérables" est donc loin d'être la meilleure, elle n'en reste pas moins intéressante pour le regard que Milestone porte sur l'oeuvre d'Hugo mais aussi et surtout pour sa belle réalisation dont la facture hollywoodienne fait un film intéressant, mais tout de même assez loin de l'idée que l'on peut se faire de l'esprit de l'oeuvre originale d'Hugo. A voir.

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Ci-dessus : Debra Paget et Cameron Mitchell

 

La bande-annonce :

 

 

Disponible en DVD Zone 2 à la Fnac. A noter que la jaquette comprend des photos de la version de 1935 ... [sic]


Note : 6 / 10

21/01/2013

Oliver Twist - 1948

"Oliver Twist" est un film de David Lean de 1948 tourné après "Les Grandes Espérances" (1946). Le film est magnifiquement filmé par Lean. En particulier le début où la mère enceinte d'Oliver Twist, est surprise par un orage. L'orage est là comme le symbole de la colère des hommes qui s'abat sur la pauvre femme, abandonnée par la société et trahie par des siens. Lean comme dans "les grandes espérances" donne une vie et même une signification à la nature et aux éléments naturels. Il en sera de même dans "le docteur Jivago" où une branche viendra frappé inlassablement le carreau de Youri, le jeune enfant qui venait d'enterrer sa mère. L'expressionisme romantique de Lean est magnifique. Dès le début, le film atteint les sommets de l'esthétique cinématographique. Et les plans ingénieux se multiplient tout le long du film, comme ce poing qui heurte pleine face la caméra et qui arrête une course poursuite qui ne semblait pas avoir de fin.

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Alec Guinness joue Fagin, le chef des enfants voleurs. Robert Newton dont aujourd'hui on se rappelle surtout la prestation dans Barbe Noire, joue formidablement bien le bandit Bill Sikes. On retrouve également Henri Stephenson qui a joué dans de nombreux film d'Errol Flynn comme Capitaine Blood (1935), la charge de la brigade légère (1936) ou encore dans "la Vie privée d'Élisabeth d'Angleterre" (1939). Mais au delà du jeu des acteurs, tous au top de leur forme, c'est bien la réalisation de Lean qui magnifie le spectacle.

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Ci-dessus : Robert Newton (conseil : noté le jeu de lumière sur les yeux)


Bref "Oliver Twist" est un chef-d'oeuvre d'adaptation littéraire à l'écran. Je ne saurais donc que vous conseiller d'acquérir l'édition Bluray qui est sortie récemment et de ne pas tenir compte de critiques de l'époque qui ont vu dans ce film, un film antisémite. En effet, pour certains Fagin aurait eu dans le film un maquillage "antisémite". De ce fait, le film ne put sortir aux USA qu'en 1951 avec une amputation de 11 minutes. Or le mot juif n'est jamais mentioné dans le film et aucune relation ne peut être fait avec ces deux mots. Or Lean met plutôt en avant, la vie misérable d'un orphelin à la recherche de parents et de bien être. Je pense donc qu'il serait absurde de se priver d'un tel chef-d'oeuvre et de faire un quelconque procès à un si grand réalisateur. Je vous invite donc plutôt à profiter des jeux de lumière, des plans introuvables, et en un mot du talent d'un David Lean au sommet de son art et qui possédait déjà une parfaite maîtrise de la chose cinématographique et pour ainsi dire un incroyable génie, dans la définition qu'en fait Schopenhauer : "Le talent est pareil à un archer qui touche une cible que les autres ne peuvent atteindre, le génie est pareil à celui qui en touche une que les autres ne sont pas même capables de voir".

 

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La bande-annonce :

 Disponible en Bluray Zone B. Images correctes


NOTE : 9 / 10