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14/12/2013

le Balafré / Hollow Triumph - 1948

 Il y a quelques films qui marquent par leur ambition, par leur esthétisme, par leur scénario et par le jeu des acteurs, en somme des films parfaits. Dans cette catégorie, "le balafré" est un film parfait Il a toutes les qualités d'un beau film noir, mais aussi et tout simplement les qualités d'un chef-d'oeuvre du cinéma. Ainsi, si on peut être au premier abord, un peu surpris, par le choix de Paul Henreid en chef d'une bande de gangsters, on est pas déçu, par sa prestation, qui arrive au niveau d'un Bogart, Cagney ou George Raft. Le choix de Paul Henreid est donc plutôt étonnant, car ce dernier apparaissait plutôt jusque là dans des mélodrames, comme "Casablanca" (1942), son plus célèbre rôle au cinéma, où il joue le chef de résistance tchèque en exil. En 1944, il jouait dans une espèce de possible suite de Casablanca, "les conspirateurs" (1944). Mais on se souvient évidemment, aussi du couple magnifique qu'il formait avec Bette Davis, dans "une femme à la recherche de son destin" (1942), ou encore dans "passion immortelle" (1947) où il interprétait avec nuance et sensibilité, la vie tragique du grand compositeur et génie de la musique Robert Schumann. Avec moins de succès il s'était essayé au film d'aventures dans "Pavillon noir" (1945) avec Maureen O'Hara. Donc Paul Henreid, acteur magnifique, mais malheureusement un peu oublié aujourd'hui, s'est essayé à beaucoup de genres et a connu son heure de gloire dans le mélodrame. Ici dans un film noir, il est ici à son avantage et prend corps avec le scénario tortueux, de Daniel Fuchs, scénariste et romancier célèbre qui fut primé aux Oscars, qui s'est inspiré d'une nouvelle de Murray Forbes.

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Le reste du casting comprend en particulier Joan Bennett qui a fait du film noir sa spécialité, depuis 1944 et "la femme au portrait", en passant l'année suivante par "la rue rouge", et par "le secret derrière la porte" (1948). Elle est une des interprètes préférées de Fritz Lang et dans "le balafré", elle obtient de nouveau un grand rôle grâce à l'entremise de son mari producteur (Walter Wanger) et de son agent. Dans le casting féminin on note une apparition de Leslie Brooks, dont on a déjà remarqué les belles jambes, dans "Cover Girl" (1944). Le reste du casting masculin, moins connu, n'est pas moins au niveau et rend le film tout à fait crédible. Mais qu'est ce qui distingue ce film d'une production courante, voir d'une série B ? La réalisation majestueuse de Steve Sekely n'est qu'une partie de la réponse, car il très bien aidé, il est vrai, par un immense directeur de la photographie  : John Alton. On suppose que l'entente a du être parfaite entre le réalisateur Steve Sekely et John Alton, car tous deux sont d'origines hongroises. Alton est un spécialiste du film noir et devait travailler sur les plus célèbres, et on ne peut tous les énumérer, car quelque soit le genre, il tournera ou participera à la photographie de plus d'une centaine de films. L'influence d'Alton crève donc l'écran et sublime le film.

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Ci-dessus : Paul Henreid (à gauche)

Le travail de Steve Sekely et John Alton sur la lumière, les jeux d'ombres et le noir qui envahit le visage d'Henreid comme pour montrer sa double personnalité et son côté sombre, est admirable et devrait être montré dans les écoles de cinéma. Le film est tellement bien filmé qu'il est beau à pleurer. Ainsi le visage des actrices sont magnifiés, faisant d'eux des espèces d'anges descendus du ciel pour sauver les Hommes ou les perdre. Joan Bennett est-elle plus belle dans un autre film, que dans ce film ? L'intelligence de la réalisation est prodigieuse dans les scènes de poursuite et la moindre scène prend tout son sens, pour faire à n'en pas douter du "balafré" une oeuvre à inscrire tout en haut du panthéon du genre. A cela il faut évidemment ajouter la belle musique de Sol Kaplan. Vous n'avez pas vu "le balafré" ? Courez voir ce film, c'est un chef-d'oeuvre à voir et à revoir de toute urgence.

Pour la qualité d'image, je vous conseillerai la belle édition Wild Side autour de 10 € sur Amazon, et pour les bonus (comprenant un long entretien sur le film avec Bertrand Tavernier et une interview du réalisateur), je vous conseillerai la version Bach Film, qui a malheureusement une déplorable qualité d'image. Bonus ou qualité d'image, à vous de choisir. Moi j'ai choisi la qualité de l'image.

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Ci-dessus : Joan Bennett et Paul Henreid

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Ci-dessus : Paul Henreid

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Ci-dessus : Joan Bennett

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Ci-dessus : Paul Henreid et Joan Bennett

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Ci-dessus : Leslie Brooks

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Ci-dessus : Paul Henreid et Joan Bennett

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Ci-dessus : Paul Henreid

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Ci-dessus : John Qualen et Paul Henreid

Note : 9 / 10

23/06/2013

Une femme à la recherche de son destin / Now Voyager - 1942

"Une femme à la recherche de son destin" est l'histoire d'une renaissance d'une vieille fille (Bette Davis) sous l'emprise d'une mère tyranique (Gladys Cooper) qui a fait finalement d'elle, un pantin aux comportements déviants. Les symptomes dévitements et maniaco-dépressifs du personnage de Bette Davis, feront intervenir un psychiatre bienveillant en la personne de Claude Rains. Le vilain petit canard arrivera t'il à se transformer en cygne majestueux ? Tel est le sujet de "Now Voyager". Et franchement si le sujet semble vu et revu, il n'en reste pas moins terriblement attachant. Car y a t'il quelque chose de plus important, que la réalisation de soi ? Le film est inspiré d'un pièce de Casey Robinson qui s'était lui même inspiré d'une nouvelle de Olive Higgins Prouty. Ce dernier avait emprûnté son titre à un poème de Walt Whitman : "The Untold Want". Le poème de Whitman devait d'ailleurs être cité dans le film.

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Enfin, le glamour hollywoodien joue à pleins que ce soit par la magnifique musique d'un Max Steiner très inspiré pour l'occasion (Oscar de la meilleure musique en 1943), ou par la réalisation d' Irving Rapper dont certaines scènes du film sont restées inscrites au Panthéon d'Hollywood comme peut être les plus glamour de l'histoire du cinéma américain. Et il est bien difficile de resister à cette oeuvre, irriguée par une émotion à fleur de peau. Le film est une production d'Hal B Wallis qui pris d'importantes décisions sur ce projet en particulier sur le casting. Pour ce dernier, on pensa d'abord à Irene Dunne, Norma Shearer, et Ginger Rogers. Mais quand Bette Davis eut vent du projet, elle fit tout pour obtenir le rôle titre. On devait apprendre plus tard que Claude Rains était la star préférée de Bette Davis. Elle devait d'ailleurs partager la vedette avec lui sur plusieurs grosses productions de la Warner de la même époque :  "Juarez" (1939), "Mr. Skeffington" (1944), et "Deception" (1946). Irving Rapper avait débuté la réalisation de son premier film, l'année précédente. Il devait tourner en tout 4 films avec Bette Davis : "Now, Voyager, une femme à la recherche de son destin" (1942), "the Corn Is Green" (1945), "Deception" (1946), et "Another Man's Poison" (1952).

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Ci-dessus : Claude Rains et Bette Davis

Le film fut tourné au studio 18 de la Warner, mais aussi en Californie et les scènes censées se derouler en Europe furent remplacées par des scènes au Brésil car l'Europe était en partie occupée par les nazis. Le choix du réalisateur convenait à Bette Davis, car cette dernière avait déjà travaillé avec Rapper quand celui-ci était directeur des dialogues. Mais ce choix devait être difficile à assumer pour Rapper, ce dernier se retrouvant rapidement sous la coupe de Bette Davis. Il n'en reste pas moins que le film est un chef-d'oeuvre absolu du mélodrame hollywoodien. Ainsi, la scène finale où Paul Henreid allume deux cigarettes et où il demande à sa partenaire, "pourquoi demandez la lune alors qu'on peut avoir les étoiles", est encore pleine d'une émotion incroyable 70 ans après, qui fait de ce film un incomparable chef-d'oeuvre de la filmographie de Bette Davis au même titre que d'autres oeuvres peut être plus connues.

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Ci-dessus : Paul Henreid et Bette Davis

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Ci-dessus : le réalisateur et les acteurs sur le plateau de "Now Voyager"

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Ci-dessus : Bette Davis et Paul Henreid pendant une pause

 

Bande-annonce :

 

Extrait du thème principal de Max Steiner :

 Disponible en DVD Zone 1 avec sous-titres français

Note : 9 / 10

10/09/2012

Casablanca - 1942

On a à peu près tout dit sur Casablanca. On considère ce film comme un film romantique, mais comme il se passe pendant la guerre, doit on le considérer comme un film de guerre ?

 

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Comme dans "Passage to Marseille" (commenté dans une note plus bas) qu'il précède, on a donc Michael Curtiz au commande. On retrouve dans le rôle principal Humphrey Bogart et comme partenaire Ingrid Bergman qui était à cette époque très très belle, le temps n'ayant pas encore eu prise sur elle. En second rôle, on retrouve Paul Henreid qui atteindra le top de sa popularité avec "une femme à la recherche de son destin" avec Bette Davis la même année. Puis bien entendu toujours dans les seconds rôles, il y a Claude Rains dans le rôle du préfet de police de Vichy qui ne sait pas encore si il doit se tourner vers les Nazis ou la France Libre. Et d'autres acteurs célèbres comme Peter Lorre qui fait un petit rôle au début du film, ou encore Sidney Greenstreet. Bref du beau monde pour un beau film.

 

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L'histoire tourne autour d'un café de Casablanca qui est le microcosme politique de l'époque. Le Maroc étant proctectorat français du gouvernement de Vichy il n'est donc pas occupé par les Allemands. On  retrouve donc dans ce café américain de Casablanca, les comploteurs, les nazis, les vychistes, les résistants, les profiteurs de guerre, les déracinés, les persécutés. Bref tout ce que la guerre a pu créer se retrouve dans ce café. Les espoirs naissent ou disparaissent pour accéder à un monde nouveau et libre : l'Amérique. Car c'est à Casablanca qu'on y vient chercher un visa pour le Portugal et ensuite du Portugal l'Amérique. Dans cette ambiance, Rick (Humphrey Bogart) va se retrouver à devoir gérer un terrible conflit intérieur : Aider le mari résistant de son ancienne petite amie dont il est encore fou amoureux, ou le dénoncer, l'abandonner et retrouver celle qu'il aime.

 

Dans le film, on ne voit pas la guerre, mais les conséquences de celle-ci : les séparations, les complots, l'envie de fuir la guerre et la misère, l'amour qui rapproche les êtres en dépit de la folie des Hommes. Bref, le cocktail est détonnant et permet de mettre en images les scènes les plus romantiques et les plus fortes du cinéma.

 

Ci-dessous la chanson que tout le monde connaît : You "must remember this, A kiss is just kiss ... As time goes by" où Bogart retrouve la femme qu'il a aimé. Elle est l'œuvre de Herman Hupfeld qui l'a composée en 1931 pour une revue musicale de Broadway. Le reste de la musique du film est de Max Steiner. 

 

 

 

Une scène qui m'a profondément ému est celle où les Nazis chantent leur hymne et où Paul Henreid demande à l'orchestre de jouer la Marseillaise au même moment. Cela n'a rien à voir avec du nationalisme. Mais finalement on devrait aujourd'hui se souvenir que c'était ça aussi la France : un esprit de résistance contre l'oppression, un idéal pour l'être humain. Et que si aujourd'hui des gens sifflent notre hymne national, on devrait se souvenir que d'autres sont morts en le chantant ou se sont battus pour qu'il soit chanté librement et fièrement et qu'en Amérique en 1942 il représentait quelque chose au moins dans les films.

 

 

Une bande annonce très récente :

 

 

Pour finir je laisserais la parole à Umberto Eco pour parler de ce chef-d'oeuvre car vouloir être exhaustif dépasserait très largement le cadre de cette note : "Ce film fonctionne en dépit des théories esthétiques et des théories cinématographique parce qu'en lui se déploient par force presque tellurique les Puissances de la Narrativité sans que l'art n'intervienne pour les discipliner. Mais dans ces conditions nous pouvons accepter que les personnages changent d'humeur, de moralité, de psychologie d'un moment à l'autre, que les conspirateurs toussent pour interrompre le discours quand un espion s'approche, que les joyeuses entraîneuses pleurent en écoutant La Marseillaise. Quand tous les archétypes déferlent sans aucune décence, on atteint des profondeurs homériques. Deux clichés font rire. Cent clichés émeuvent »



Note : 9 / 10