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14/12/2012

Boulevard du Crépuscule / Sunset Boulevard - 1950

Dans le cadre de sa récente sortie Bluray, j'évoquerai ici "Boulevard du Crépuscule" écrit et réalisé par Billy Wilder. Le film évoque la vie recluse d'une ancienne star du muet à Hollywood (Gloria Swanson) et de sa rencontre avec un jeune scénariste (William Holden). Sur ce sujet relativement simple va se greffer toute l'horreur d'Hollywood, montré comme un milieu qui se sert des gens, les manipule et les rejette quand le succès est passé. L'écriture du scénario commença en 1948 et 3 personnes travaillèrent successivement sur le script ; Billy Wilder, Charles Brackett, D.M. Marshman Jr. Quand on sait, l'acharnement de Wilder à vouloir conserver un scénario cohérent on peut imaginer qu'il devait garder le dernier mot sur l'élaboration finale du dit scénario. Le script réservait d'ailleurs de terribles répliques comme : "Très bien, M. DeMille, je suis prête pour mon gros plan !" ou encore "Je suis grande ! C’est le cinéma qui est devenu petit." Ces répliques sont restées à jamais mythiques. Wilder d'abord scénariste à Hollywood rendit un script parfait avec dans la colonne de gauche toutes les indications de jeu et de tournage pour les comédiens.

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Le scénario en cours d'achèvement il fallut se mettre en quête d'une star du muet capable de prendre le rôle. Et après avoir interrogé succssivement Greta Garbo, Mae West, Mary Pickford, Pola Negri aucune ne faisait l'affaire ou refusait un film qui devait les faire passer pour des "has been". C'est alors George Cukor qui suggéra le nom de Gloria Swanson. On sait aujourd'hui que Gloria Swanson avait une vie très active à l'époque animant des émissions de radio et télévision. Mais l'enthousiasme entourant le film la décide à accepter le rôle. Pour le rôle du scénariste Joe Gillis, Wilder pensait d'abord à Montgomery Montgomery Clift, mais se décide finalement à choisir un jeune acteur dont la carrière est à ce moment là, au creu de la vague : William Holden. En effet en 1950, Holden était très loin d'être au top de sa carrière. Wilder devait se dire qu'ainsi, il serait encore meilleur dans son rôle de scénariste fauché à la recherche d'un job pour survivre.

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Ci-dessus : Erich Von Stronheim et William Holden

Pour le rôle du célèbre majordome ex réalisateur ruiné, on trouva Erich Von Stroheim qui était également dans la vraie vie, un ex-réalisateur ruiné par le cinéma et qui avait tourné le dernier film célèbre de Gloria Swanson : "Queen Kelly". "Queen Kelly" financé par John Kennedy le père de JFK (amant de Gloria Swanson à l'époque) devait se révéler un gouffre financier et clôturer la carrière de Stonheim comme réalisateur. Enfin pour le rôle de Betty Schaefer (la jeune scénariste inexpérimentée amoureuse d'Holden), Wilder choisit un visage nouveau en la personnde de Nancy Olson. Le casting est donc parfait, chaque acteur correspondant parfaitement à son rôle : une star du muet oubliée, un jeune acteur au creu de la vague, une nouvelle actrice, et un réalisateur maudit. Que pouvait il y avoir de mieux pour ce casting ?

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Ci-dessus Gloria Swanson dans "Boulevard du Crépuscule"

Mais ce n'est pas tout, Wilder devait s'entourer de toute une équipe qui allait faire de "Boulevard du Crépuscule" le chef-d'oeuvre que le monde reconnaît encore aujourd'hui. Tout d'abord il faut souligner l'admirable travail photographique de John F. Seitz, qui travailla sur le plan dans la piscine que l'on voit au début du film. L'objectif était de filmer William Holden mort dans la piscine par le dessous. Au départ il mit en place une petite boite transparente pour plonger la caméra dans l'eau, mais finalement la scène est réalisée en plaçant un miroir au fond de la piscine et en filmant de l'extérieur. Seitz se plaira à faire ajouter aussi de la poussière sur le mobilier de Norma pour accentuer l'aspect vieux et dépassé de l'ancienne Star. Mais bien entendu il faut ajouter le travail sur les costumes d'Edith Head. Ce travail a été considérée par cette dernière comme le plus difficile de sa carrière. Elle raconte ainsi : "Puisque Norma Desmond était une actrice qui s’était perdue dans sa propre imagination, j’ai essayé de donner l’impression qu’elle interprétait toujours un rôle ». La costumière révèle aussi s’être basée sur l’avis de Swanson qui « créait un passé qu’elle connaissait, moi pas". A tout celà il faut ajouter bien évidemement la mystérieuse musique de Franz Waxman qui mélange des thèmes issus du Tango pour le personnage de Norma et du Bebop pour Holden.

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Ci-dessous Gloria Swanson dans "Boulevard du Crépuscule"

Comme si tout cela ne suffisait, Wilder rajouta des scènes avec d'anciennes stars. Ainsi on retrouve pour une partie de bridge totalement hallucinante : Buster Keaton, Anna Q. Nilsson, H. B. Warner, et Gloria Swanson. H.B Warner avait joué le Christ dans "le Roi des Rois" (1927) de Cecil B. DeMille. Puis il y a quelques scènes sur le plateau de "Samson et Dalila" entre le réalisateur Cecil B. Demille et Gloria Swanson. On y voit également à ce moment là, Henry Wilcoxon. Tout cela donne au spectateur l'impression fascinante de réaliser le film avec Demlle. Mais il y a tellement de plans formidables qu'il m'est absolument impossible de tous les citer et de les décortiquer un par un. Mais j'en citerais tout de même quelques uns : l'arrivée au studio, l'enterrement du singe, le plan sous la piscine, la séance de cinéma à domicile où Norma apparaît comme un vampire ou tout au moins comme un être proprement surnaturel, à la toute puissance destructrice mais aussi à la sentimentalité exacerbée qui n'a en elle qu'un immense manque de reconnaissance et d'amour. Ce film est, sans aucun doute possible, le plus grand film noir jamais tourné sur Hollywood. Et pourtant il y en a eu des films sur Hollywood comme les 2 versions d'une étoile est née ou "What Price Hollywood" avec Constance Bennett, "Chantons sous la pluie" ou très récémment "The Artist". Mais jamais un film n'est allé aussi loin dans la noirceur que "Boulevard du Crépuscule". Une étude plan par plan, dépasserait largement le caractère limité de ce blog, mais c'est bien ce que mériterait ce film (comme l'a affirmé Hollywood Reporter au moment de la sortie du film). En effet, chaque plan étant une déclaration d'amour à un certain cinéma. Ce film parle aussi d'opportunisme, chaque personnage essayant de tirer parti de l'autre, et de manipuler son prochain pour des conséquences parfois désastreuses. Patrick Brion et d'autres ont aussi parlé de destin. Le personnage de Norma Desmond est bien l'étoile qui brûlera tout ce qu'elle touchera après avoir consumée sa propre vie. C'est bien pour cela que "Boulevard du Crépuscule" n'est pas seulement un chef-d'oeuvre, mais bien une de ces créations mythiques que seul le cinéma sait produire.

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En guise de conclusion je finirais en vous citant ces quelques mots de Louis B. Mayer à l'adresse de Wilder à la sortie d'une projection :"Espèce de salopard, comment as tu pu faire ça à la profession !! ?" Et Wilder de répondre : "Va te faire foutre !". Finalement c'est cela "Boulevard du Crépuscule", c'est un film qui s'accepte dans son ensemble pour ce qu'il est en tant qu'oeuvre d'art. Ce film n'est pas là pour plaire à une catégorie de producteurs ou à tout le public. Ce film est là, vivant, terrifiant, et tout à la fois sublime et il interroge sur le monstre créé par chacun d'entre nous et qui s'appelle Hollywood.

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Ci-dessus : Gloria Swanson et William Holden

Extraits et Bande-annonce :


 

 

Extraite de la musique de Franz Waxman :

 

A noter que le bluray US est Freezone et possède une VO sous-titrée ainsi qu'une très bonne VF d'époque, et une armada de Bonus expliquant le film ou présentant la vraie Gloria Swanson, William Holden etc.


NOTE : 9,5 / 10

11/12/2012

Le chant du Missouri / Meet me in Saint Louis - 1944

"Le chant du Missouri" est un film de Vincente Minnelli, tourné en 1944. Le film était inspiré du récit autobiographique de Sally Benson publié d'abord dans le "New Yorker" puis dans un ouvrage : "Meet Me In Saint Louis". Aujourd'hui il nous serait pratiquement impossible de comprendre ou d'apprécier un tel film, si nous le regardions avec nos yeux de 2012. Ainsi, pour bien profiter de ce très beau film il faut se replacer dans le contexte de 1944. En 1944 l'Amérique est en guerre depuis 3 ans, les familles sont dispersées ou divisées avec le père, les fils, ou les frères sur le front. Ce film étant un hommage continue de près de 2 heures aux jours heureux des USA de 1903, à ce que nous français appelons "la belle époque", il eut un succès phénoménal. En effet, le public se retrouva dans cette évocation des jours heureux de l'Amérique, époque bénie où le 20ème siècle semblait avoir choisi la route du progrès technologique au service de l'humanité et non pas celle des 2 guerres mondiales et de la barbarie nazie.

 

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Arthur Freed donna son accord pour lancer la production et après avoir trouvé les 2 scénaristes Fred Finklehoffe et Irving Brecher il trouva 2 compositeurs et paroliers : Ralph Blane et Hugh Martin. De son côté, Louis B. Mayer patron de la MGM dut convaincre Judy Garland de participer au projet. En effet, initialement elle n'en voulait pas. C'était pour elle revenir à un rôle d'adolescente, rôle qu'elle avait abandonnée depuis 1942, et son premier film "adulte" dans "For me and my Gal" avec Gene Kelly. Finalement, Judy Garland accepta et se trouva sous la direction de Vincente Minnelli. De leurs relations de travail devaient naître une ydille qui devait se conclure 1 an plus tard par un mariage et 1 an après par la naissance d'un beau bébé : Liza Minnelli. La liaison fut d'ailleurs officialisée sur le plateau, car Judy arriva un jour avec une grosse bague assez particulière qui fit jaser le plateau. Il faut donc voir le film de Minnelli comme une déclaration d'amour à sa future épouse. On voit ainsi de nombreux plans où Judy Garland est filmé dans une ouverture de porte, de fenêtres etc qui donne un aspect tableau à la scène. La MGM dépensa une somme colossale pour recréer le Saint Louis du début du 20ème siècle et plus particulièrement la rue où vivait la famille. On fit ainsi construire les maisons si particulières du style gothique américain du début du 20ème siècle.

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Ci-dessus Lucille Bremer et Judy Garland

Le projet avançait bien mais la direction de la MGM et Louis B. Mayer s'inquiêtaient du caractère commun d'une intrigue qui semblait manquer de rebondissements. Liza Minnelli raconte d'ailleurs cette discussion entre Louis B. Mayer et son père Vincente Minnelli :

-Alors Vincente de quoi parle ce film ?

-De la vie d'une famille de Saint Louis

-Très bien et que devient cette famille ?

-Le père trouve un meilleur poste à New-York

-Très bien, ils déménagent tous alors ?

-Non

-Ah ! je comprends, bien sûr car le père trouve un meilleur poste à Saint Louis ?

-Non

-Louis B. Mayer : ??????

 

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Cette discussion résume en quelques mots tout l'esprit du "chant du Missouri" et que dans ce film seule la famille, son unité et sa sacralité sont célébrés. Il n'y a rien au dessus : ni l'appel de la grande ville, ni promotion, ni argent. Il y aurait encore beaucoup à dire sur un film qui ne comporte finalement aucun numéro extraordinaire de danse, mais des couleurs magnifiques et des costumes fabuleux même pour le moindre figurant. Enfin, le film sortit et le public avide de revivre les jours heureux d'avant guerre, lui fit un triomphe approchant celui de "Gone with the wind". Le film allait devenir pour d'évidentes raisons, le film préféré de Judy Garland. La direction de la MGM devait admettre devant l'ampleur du succès commercial que le film était devenu au delà de ses qualités cinématographiques, un espèce de marqueur social de l'Amérique de 1944 et bien au delà. Ainsi, la chanson "Have yourself a merry little Christmas" véritable hymne à l'esprit de Noël et au retour des proches éloignés, allait traverser les époques pour devenir un des standards de la chanson de Noël aux USA.

 

Ci-dessous : La version de Judy

 

Ci-dessous la version de Christina Aguiliera :

 

Paroles :

Have yourself a merry little Christmas,
Let your heart be light
From now on,
Our troubles will be out of sight
Have yourself a merry little Christmas,
Make the Yule-tide gay,
From now on,
Our troubles will be miles away.

Here we are as in olden days,
Happy golden days of yore.
Faithful friends who are dear to us
Gather near to us once more.

Through the years we all will be together
If the Fates allow
Hang a shining star upon the highest bough.
And have yourself a merry little Christmas now

 

A noter une belle édition Bluray/Fnac qui fait enfin justice à ce film en intégrant les mythiques scènes d'Halloween.


NOTE : 8 / 10