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27/09/2013

L'enfer de la corruption / Force of Evil - 1948

"l'enfer de la corruption" est un film d'Abraham Polonsky qui est passé la semaine derrière au cinéma de minuit. Il est adapté d'une nouvelle d'Ira Wolfert. Abraham Polonsky avait fait une première carrière de scénariste avant de se mettre à la réalisation. L'année précédente il avait d'ailleurs participé à l'écriture du scénario de "Body and soul", film de boxe, qui avait eu un grand succès et qui lui avait donné une grande notoriété à Hollywood, lui permettant d'obtenir des fonds pour réaliser son premier film, "l'enfer de la corruption".

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Abraham Polonsky va donc passer à la réalisation pour ce film, mais gardera aussi un oeil, sur l'écriture des dialogues et du scénario. Cela ressent et on trouve donc dans ce film de très beaux dialogues, que ce soit au début l'affrontement entre les deux frères Morse, joués par John Garfield, et Thomas Gomez, mais aussi dans le monologue de fin de ce dernier. La réalisation n'est pas en reste et Polonsky rend l'image parfois très attirante avec très souvent, une recherche esthétique parfaite. On peut s'en rendre compte sur les images ci-dessous. Malgré tout cela, et le travail réussi d'un génie de l'écriture et de la réalisation, "l'enfer de la corruption" peine à attirer. En effet, son sujet, dans les bas fonds du jeu clandestin n'est pas très glamour. Mais surtout, le film est parcouru d'une tension et d'une espèce de claustrophobie constante, symbolisée par le personnage du malade mental qui refuse de se laisser enfermer dans un fourgon de police. Enfin Polonsky utilise tous les clichés du film noir, sans jamais vouloir s'en séparer. Le film en devient alors presque caricatural. Enfin, la complexité du scénario peut dérouter.

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Ci-dessus : John Garfield dans "l'enfer de la corruption"

Néanmoins, Polonsky réussit là un pur exercice de style, où le genre film noir tourne en roue libre, dans une parfaite esthétique, comme rarement vu ailleurs. Il mérite donc amplement d'être redécouvert à sa juste valeur. Pour finir, on se souviendra que comme John Garfield, Polonsky devait être inquiéter pour ses sympathies supposées avec les communistes et donc faire partie de la fameuse liste noire, du cinéma américain.

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Disponible en DVD zone 2

Extrait de la musique :

 

Note : 7 / 10

10/09/2013

Nid d'espions / The Fallen Sparrow - 1943

Pour aujourd'hui j'évoquerai avec vous, encore un film noir, et pas n'importe lequel. En effet, il s'agit d'une production RKO, "Nid d'espions" avec John Garfield et Maureen O'Hara. John Garfield c'est bien évidemment l'inoubliable interprète du "facteur sonne toujours deux fois" (1946) ou encore de "Menaces dans la nuit" (1951). On peut d'ailleurs dire que ses films  les plus célèbres restent des films noirs. Il devait disparaître prématurément d'une crise cardiaque en 1952, peut être suite aux soucis que lui causa la commission anti-communiste, dirigée par le sénateur Mc Carthy. Mais le film n'a pas seulement pour vedettes John Garfield et Maureen O'Hara, on retrouve aussi d'autres vedettes féminines comme Patricia Morison, qui devait partager sa carrière entre le cinéma, la télévision, le théâtre et Broadway. Aujourd'hui Patricia Morison a 99 ans ! Mais il faut aussi citer la jolie Martha O'Driscoll beaucoup moins sophistiquée que nos deux autres héroïnes. Walter Slezak est quant à lui presque caricatural dans son rôle de tortionnaire sadique.

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Si le réalisateur, Richard Wallace, n'a pas laissé une marque indélébile sur le cinéma hollywoodien, il en reste néanmoins un honnête artisan, ici particulièrement bien inspiré. Mais peut être a t'il eu la chance de bénéficier de l'apport de Nicholas Musuraca comme directeur de la photographie. Or à n'en pas douter, le travail de Nicholas Musuraca sur "nid d'espions" est exceptionnel. On peut d'ailleurs reprendre les mots du critique et historien Eric Schaefer pour qualifier le travail de Musuraca : « Le nom de Nicholas Musuraca reste injustement obscur parmi les directeurs de la photographie de l'âge d'or d'Hollywood. Dans ses premières années à la RKO dans les années 1940, Musuraca collabora aussi bien à des séries A qu'à des séries B, à des films de prestige qu'à des films de genre sans ambition. Pour cette raison, et parce qu'une grande partie des films qu'il a tournés n'ont atteint que récemment le statut de classique ou de tournant du cinéma, il demeure un maître négligé. De même que celui de Gregg Toland sur Citizen Kane (1941), le travail de Musuraca pour Stranger on the Third Floor (1940) définit les conventions visuelles du film noir et codifie l'aspect des films RKO pour les années 1940. La photographie de Musuraca commence et disparaît dans l'ombre, très influencée par l'expressionnisme allemand, et peut être considérée comme un des facteurs majeurs dans la résurrection de ce style à Hollywood dans les années 1940. Le ton dominant de son image est le noir, un choix stylistique qui se prête bien au film noir et aux films d'horreurs mélancoliques produits par Val Lewton. Mais même dans les limites du système des studios, Musuraca réussit à transposer son style à d'autres genres. Le western Blood on the Moon (1948) et le drame familial nostalgique de George Stevens Tendresse (1948) sont tous deux empreints des ombres que Musuraca avait apportées au film d'horreur dans La Féline (1942) et au film noir dans Le Médaillon (1946). À travers les conventions de genres variés et les exigences différentes de nombreux réalisateurs, Musuraca réussit à maintenir une esthétique personnelle uniforme." On a donc sur ce film, en plus d'un bon casting, un directeur de la photographie qui a déjà fait merveille dans le passé et qui fera de nouveaux des étincelles trois ans plus tard, sur le tournage du "médaillon". Dans "nid d'espions" Musaraca travaille les ombres, les reflets et le noir pour en faire l'esthétique du film. On peut en voir quelques exemples dans les images ci-dessous :

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Ci-dessus : John Garfield (poursuivi par son double et ses angoisses)

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Ci-dessus : John Garfield avec son ombre et une ombre féminine amie ou ennemie ?

Le travail de Musuraca mérite donc tous les éloges, mais il faut aussi féliciter Richard Wallace, qui par des plans astucieux, augmentent encore la tension dans un final à rebondissements. Mais alors quels sont les défauts de ce "nid d'espions" ?  Il faut peut être aller les chercher du côté d'un scénario inutilement complexe par moment, alors que l'on connaît les coupables depuis le début. L'attention du spectateur reste pourtant en éveil, tout le long du film, car on veut savoir comment tout cela va finir et savoir ce qu'il s'est passé et si Garfield va s'en sortir. "Nid d'espions" reste donc un film parfait sur la forme mais qui aurait peut être mérité un meilleur scénario. Il n'en reste pas moins qu'il revisite avec succès le genre.

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Ci-dessus : Patricia Morison

Disponible en DVD zone 2 aux éditions Montparnasse en VO et VF, dans une qualité d'image très correcte même en vidéoprojection

Note : 8 / 10

17/11/2012

Le facteur sonne toujours deux fois / The postman always rings twice - 1946

Dans le cadre de sa sortie Bluray, je suis fier de vous présenter "le facteur sonne toujours deux fois". C'est vraiment un plaisir de parler d'un tel film. En effet, on y retrouve la merveilleuse Lana Turner, mais aussi le "Bad Boy" de cette époque, à 'Hollywood : John Garfield. Le film est tiré d'un roman de James M.Cain, et raconte l'histoire d'un amour interdit entre la femme du patron d'un restaurant (jouée par Lana Turner) et son employé. Le film est réalisé par un homme aux multiples talents, Tay Garnett. En effet, il sera scénariste, producteur, acteur et même compositeur. On peut d'ailleurs considérer "le facteur sonne toujours deux fois" comme le sommet de sa carrière de réalisateur. Ses films suivant n'arriveront jamais à la hauteur de ce chef-d'oeuvre. Il faut également savoir que c'est le premier film où Lana Turner a un rôle de femme fatale.  En ce qui concerne le film en lui même, il est totalement en contradication avec le code de censure de l'époque (code Hays) et c'est bien ce qui fait aujourd'hui, son absolue modernité. Il y a de nombreaux thèmes abordés et des doubles sens. Ainsi, Frank Chambers (John Garfield) est pris au début du film en auto-stop par le district Atorney (le procureur) et arrive devant le restaurant où il y a un panneau "Man Wanted". On comprend bien évidemment plus tard que ce panneau a un double sens et qu'on ne recherche pas ici seulement un homme à tout faire.

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Viens ensuite la scène où Cora Smith (Lana Turner) apparaît tout en blanc avec un petit short moulant et sexy. Et là c'est un pur chef-d'oeuvre de réalisation. Le réalisateur filme d'abord un tube de rouge à lèvres qui roule, puis la caméra va dans la direction inverse de la trajectoire du rouge à lèvres et montre les jambes de Lana pour ensuite montrer la réaction du visage de Garfield qui retient son souffle. Et ensuite un plan complet sur Lana Turner. On est bien obligé de se dire tout de suite : ça c'est du cinéma !! Cette scène apparaissant au début, le spectateur sait ainsi tout de suite qu'il aura droit à un film hors norme. le réalisateur se mettra en avant dans beaucoup d'autres scènes, comme dans celle où un panneau lumineux mettra dans la lumière ou dans le noir le visage de Lana Turner, comme pour montrer les 2 faces lumineuses et sombres de son personnage.

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Ci-dessus Lana Turner :

Mais c'est bien l'adjectif "hors norme" qui caractérise le mieux ce film. Ainsi, on sent bien comme je le disais au début de ma critique que le réalisateur et les acteurs jouent avec les interdits du code de censure de l'époque. Le code de censure interdit de montrer la nudité à l'écran, l'héroïne se trouve habillée d'un short plus ou moins transparent. Il est interdit d'expliquer des techniques d'assassinat, donc on explique par 2 fois la mise en place du crime parfait. L'alcoolisme ne doit pas âtre montré à l'écran, il apparaît 2 fois. L'adultère ne doit pas être montré sous un jour attrayant. Donc le film représente l'adultère en la personne de Lana Turner. N'est elle pas assez attrayante ? Et sans parler de perversions sexuelles comme le candaulisme qui est aussi dicrètement évoqué au début du film. Ce film serait déjà un chef-d'oeuvre uniquement pour la manière dont ces thèmes sont abordés et sa volonté de passer outre le code Hays. Mais d'autres thèmes vont également apparaître. Ainsi la totale dénonciation du système juridique américain est mis en avant, coupable de tous les arrangements, de toutes les malversations et finalement n'ayant rien à voir avec l'idée même de Justice.

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Et ce sont bien les scènes de procès qui restent aujourd'hui, les plus troublantes. Surtout si on se rappelle que Lana Turner se retrouvera plus tard mêlée à une affaire de meurtre; sa fille Cheryl Crane ayant assassinée, le petit ami du moment de Lana (Johnny Stompanato) le 4 avril 1958, lors d'une violente dispute entre ce dernier et Lana. A ce moment là, les journaux diront que Lana n'a jamais été aussi convaincante que lors de son vrai procès. C'était bien injuste au regard du talent de cette incroyable femme, qui si elle n'appréciait pas John Garfield à la ville, semblait drôlement bien imiter le plus intense et le plus dévastateur amour à l'écran ! Etrangement Garfield devait se trouver mêler à des auditions publics lui aussi, mais pour sa part dans le cadre de "la chasse aux sorcières" initiée par le sénateur McCarthy lors de sa croisade anti-communiste. Mis sur la fameuse liste noire, et épuisé par ces auditions, Garfield devait mourir d'une crise cardiaque quelques années plus tard. Mais parler uniquement du couple Garfield, Turner serait faire insulte aux formidables seconds rôles comme Cecil Kellaway ou Hume Cronyn, ce dernier trouvant peut être là son meilleur rôle.

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Ci-dessus Lana Turner et John Garfield :

Pour le reste, le Bluray (compatible zone B) bénéficie d'une belle restauration, mais l'image a parfois un grain excessif sur quelques plans. Au niveau du son, la Warner a eu la belle idée de conserver la version française d'époque. Elle est malheureusement d'un faible niveau sonore et parfois peu audible. On préfèrera donc la version originale. Pour le reste, on est vraiment gâté au niveau des bonus (en VO sous-titrés français), on y retrouve une introduction, un documentaire de presque 90 mn sur la vie de Lana Turner, un autre sur John Garfield, des dessins aninmés dont le célèbre "petit chaperon rouge" de Tex Avery, la bande annonce, et même une émission radio sur le film !

Pour résumer, le glamour, la misère humaine, l'absurdité de la justice des Hommes, la passion, et la censure du code Hays, font de ce film le condensé sensationnel et mythique d'une époque et d'un cinéma hollywoodien maheureusement aujourd'hui disparu. Vous l'aurez donc compris, l'achat du Bluray et la vision de ce film est totalement indispensable et je ne peux que le recommander très fortement à tous les amoureux de cinéma. Je m'arrêterais là et pour ne pas gâcher votre plaisir de spectateur je ne vous dirais pas ce que veut dire le fameux titre : "Le facteur sonne toujours deux fois".


NOTE : 8,5 / 10