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04/01/2015

La péniche de l'amour / Moontide - 1942

Le DVD de "la péniche de l'amour" me faisait un peu peur. Déjà, sans vouloir être vulgaire, le titre me faisait penser à un porno bon marché, ou à un film trop mélodramatique pour être honnête. Et puis je doutais de la performance d'un Jean Gabin dans un film américain. Et bien, tous mes doutes ont été enlevés à la fin de la séance. Gabin est comme à son habitude, excellent. Il est aidé par un superbe casting qui réunit Ida Lupino, Thomas Mitchell, et Claude Rains. Evidemment, vous connaissez tous ces acteurs. Ida Lupino c'est l'héroïne de "la grande évasion" (1941) avec Humphrey Bogart ou de "The man I love" (1947) de Raoul Walsh. Thomas Mitchell c'est le père de Scarlett dans "autant en emporte le vent". Et quant à Claude Rains, c'est évidemment l'acteur qui joue le terrible roi jean dans "les aventures de Robin des Bois" (1938) ou le Dr Jaquith dans "une femme à la recherche de son destin", "now voyager" dans son titre anglais. Vous l'aurez compris, il y a donc du beau monde. On peut dire tout de suite que malgré tout, Thomas Mitchell semble en faire un peu trop. Les autres sont parfaits. Le film n'avait pas pour lui un réalisateur de très grande renommée en la personne d'Archie Mayo. Mais le film avait été débuté par Fritz Lang et abandonné après 4 jours, à cause d'une mauvaise entente avec Gabin. On peut donc se demander, alors que souvent à cette époque les films sont tournés rapidement en 2 à 4 semaines, quelles sont les scènes tournées par Lang. La scène finale semble d'ailleurs particulièrement être l'oeuvre de Lang. Ainsi, la prise de vue dans le brouillard ressemble particulièrement à celle du "secret derrière la porte", qui sera tournée par Lang en 1947.

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L'esthétique du film est quoiqu'il en soit parfaite, et semble dépassée largement les capacités du seul Archie Mayo. Ainsi, la séquence d'alcoolisme du début est superbement réalisée et semble presque irréelle. On peut aussi, supposer qu'Archie Mayo, a été très aidé par la belle photographie de Charles G Clarke et Lucien Ballard (ce dernier est non crédité). Cette photographie de Charles G Clarke sera d'ailleur nominé aux Oscars. Le scénario a des accents fordiens, et c'est logique, car on y retrouve le scénariste de nombreux films de John Ford en la personne de Nunnally Johnson, qui adapte une nouvelle de Willard Robertson mais ce sera John O'Hara qui sera crédité de l'écriture du scénario. L'adaptation d'une oeuvre littéraire est un classique dans le Hollywood de cette époque. Gabin fait par moment penser à son personnage de "la bête humaine" (1938) de Jean Renoir. Le film se laisse donc regarder avec un réel plaisir, et l'exotisme d'un Gabin qui parle anglais, ajoute encore au plaisir. Et finalement, on se laisse emporter à suivre cette histoire d'amour entre deux paumés (Gabin et Lupino) qui sont réunis pour le meilleur et pour le pire. "La péniche de l'amour" est donc une très belle surprise et une réussite à tous les niveaux et restera comme le dernier film hollywoodien de Gabin, avant son départ pour rejoindre la 2ème DB et les forces françaises libres du Général De Gaulle, un choix courageux à une époque ou beaucoup d'acteurs et d'actrices s'accommodèrent de l'occupation allemande.

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Ci-dessus : Ida Lupino

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Ci-dessus : Jean Gabin & Robin Raymond

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Ci-dessus : Ida Lupino & Claude Rains

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Ci-dessus : Jean Gabin & Ida Lupino

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Ci-dessus : Jean Gabin & Ida Lupino

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Ci-dessus : Jean Gabin & Ida Lupino

Extrait :

 Disponible en DVD Zone 2  chez ESC en VO sous titrée français uniquement

Note : 7 / 10

23/08/2014

La bête humaine - 1939

On ne peut parler que doucement de "la bête humaine" de Jean Renoir, car ici on rentre dans le temple du cinéma français. Le film est lointainement inspiré du roman éponyme de Zola, publié en 1890. Ce sont les producteurs, Raymond Hakim et Robert Hakim, qui en achètent les droits. Une première version du scénario est écrite en mars 1933, elle en reprenait l'intégralité du roman de Zola et le transposait en 1914, alors que l'action du roman original se déroulait en 1870. Mais Jean Renoir futur réalisateur, n'en voulait pas et se décide à écrire de nouveau un scénario plus court et modifié. Il achève sa tâche aidée de son assistante et d'un scénariste allemand en une petite douzaine de jours. Le film comprend dans son casting, l'immense Jean Gabin, Simone Simon que Renoir défend dès le début, Julien Carette (dans le rôle du chauffeur), Fernand Ledoux (dans le rôle de Roubaud) et Blanchette Brunoy, cette dernière n'ayant d'ailleurs qu'une scène importante. Le film commence par une fabuleuse scène d'ouverture, qui nous fait voyager sur la locomotive qui fait le voyage entre Paris et Le Havre. Et comme en 1939, c'est tout à fait saisissant de voir ainsi la France de ce point de vue, et de voyager comme un cheminot de cette époque. On sait qu'il a fallu un véritable exploit humain pour réaliser cette scène, car c'est Claude Renoir, qui tient l'énorme caméra, tous les deux attachés à la locomotive !

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Pour les besoins du film, Jean Gabin est devenu cheminot et Carette chauffeur. On a ici un Jean Renoir particulièrement inspiré, qui multiplie les plans d'exceptions, et qui réussit de faire de "la bête humaine", un film apolitique, pour satisfaire une partie de la presse de droite de l'époque. Et il est vrai qu'on ne trouve pas une seule revendication sociale dans ce film, sinon dans la petite scène avec le juge d'instruction. Le film est donc inspiré lointainement de l'oeuvre de Zola. Il n'en reste pas moins un monument du cinéma français à la photographie réellement exceptionnelle. L'oeuvre de Renoir, reprend le thème de l'hérédité cher à Zola, mais évoque aussi à mots couverts l'inceste. Mais, certains pourront trouver ici une étrangeté, car si Zola parle de l'hérédité des ancêtres de l'anti-héros (Jacques Lantier/ Jean Gabin), qui "lui pourrissent le sang", en 1939, on a depuis longtemps découvert la psychiatrie. Et le théorie de l'hérédité physiologique a pris du plomb dans l'aile, de ce côté-ci du Rhin en tous les cas ! Quoiqu'il en soit "la bête humaine" doit être inscrit en lettres d'or, au Panthéon du cinéma français, et reste très sûrement le plus grand film de Jean Renoir.

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Ci-dessus : Jean Gabin & Simone Simon

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Ci-dessus : Fernand Ledoux & Simone Simon

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Ci-dessus : Jean Gabin

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Ci-dessus : Jean Gabin & Simone Simon

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Ci-dessus : Jean Gabin & Blanchette Brunoy

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 La bande-annonce :

Disponible en Bluray et DVD chez Studio Canal

Note : 10 / 10

04/03/2014

le plaisir - 1952

On doit redécouvrir de toute urgence le cinéma de Max Ophüls. Ophüls, cinéaste français d'origine allemande, semble posséder la profondeur de l'âme français enracinée au plus profond des campagnes de la fin du 19ème siècle. Ainsi, ce parcours de 3 nouvelles de Maupassant par Ophüls, est admirable. La deuxième nouvelle, "la Maison Tellier" est entourée par 2 autres nouvelles, "Le masque" et "le modèle", plus courtes. Jacques Natanson et Max Ophüls, tous deux responsables du scénario, nous présentent plusieurs visages du plaisir : le plaisir et l'amour, le plaisir et la vertu, et enfin le plaisir et la mort. Ici le plaisir n'a rien de charnel, il est ici plaisir sous-entendu, plaisir de salon ou de maison. Mais le plus difficile est de savoir par où commencer pour vous expliquer la beauté de ce film. Mais peut être devrais-je commencer, par le commencement. Ainsi le film s'ouvre sur une première histoire, qui prend place dans un cabaret. Comme à son habitude, Ophüls donne un incroyable mouvement aux scènes de cabaret, laissant le spectateur comme emporté par la fête et l'ivresse de la danse. Puis une leçon de vie, clôture cette scène de bal. La maïtrise de la forme est parfaite dans cette première nouvelle qui donne le ton. La scène du bal rappelle par moment par quelques effets, la scène de bal du "Madame Bovary" (1949) de Vincente Minnelli.

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La deuxième nouvelle est donc la maison Tellier, qui regroupe Madeleine Renaud, Ginette Leclerc, Danielle Darrieux, Pierre Brasseur et Jean Gabin. Cette nouvelle a une scène un peu faible ou les clients d'une maison close se retrouvent de dos, devant une jetée qui n'est en fait qu'un décors. Erreur d'Ophüls, mais qui choque d'autant plus devant l'incroyable qualité formelle de l'ensemble. La mauvaise impression de cette courte scène est vite rattrapée, et la visite de la campagne normande, parcourue par les citations de l'oeuvre de Maupassant font tout oublier. On croit parfois se retrouver dans un tableau impressionniste de Monet. On frissonne donc devant un film de première importance qui touche à l'intimité d'une identité d'un peuple. La troisième nouvelle clôture le film, dans une leçon de vie qui nie au bonheur d'avoir pour compagnon la joie.

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"Le plaisir" est donc autant un film littéraire, que social, image de la France du 19ème siècle, tellement éloignée de nous, mais pas autant que ça, à bien y réfléchir. Je finirai cet article en laissant la parole à Mr Paul Vecchiali de la cinémathèque française : "Si l'on devait ne retenir qu'un plan dans toute la cinématographie française, si riche en cadeaux de toutes sortes, ce serait celui où, dans un pré orné de fleurs artificielles, après le chant des pensionnaires de la Maison Tellier (« Combien je regrette... »), Darrieux répond à Gabin, s'excusant d'avoir été « un peu chaud », ce « merci » qui exprime par la voix, le retour à la dignité ; par l'attitude, l'aveu d'un amour impossible. Au risque d'être partial, je dirai que ce moment de cinéma pur justifie à lui seul que les frères Lumière aient un jour découvert le mouvement des images." On ne saurait mieux dire, pour vous convaincre d'acquérir à toute force, le Bluray des éditions Gaumont, récemment sorti.

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Ci-dessus : une image colorisée mais c'est pour vous montrer l'impression de se trouver parfois devant un tableau de Claude Monet.

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Film disponible en Bluray chez Gaumont Version française.

Note : 8,5 / 10

06/02/2013

Les misérables - 1958

La version des "misérables" tournée par Jean-Paul Le Chanois est une version qui fait date et peut être la plus belle adaptation de l'oeuvre de Victor Hugo. Le film a été tourné entre le 1er avril et fin octobre 1957 pour une sortie français en 1958. Le film colle particulièrement bien au roman car ici on a pas hésité à utiliser le merveilleux texte d'Hugo à de nombreuses reprises. Ainsi, autant que de donner de la cohérence au récit, l'utilisation du texte nous permet de nous faire rentrer dans l'oeuvre comme rarement une version nous l'a permis. Ainsi on retrouve bien cette fois-ci tous les personnages ou en tous les cas, les principaux de l'oeuvre, mais aussi les différentes inter-actions entre chacun. La conséquence de ce respect à l'oeuvre originale est une augmentation de la durée du film à plus de 4 heures et donc à un découpage en deux époques et à finalement à une durée globale de 3 heures.

 

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Mais la durée, ne peut être un reproche car tout y est. On rentre dans l'âme des personnages d'Hugo mais aussi dans la vie de la France en 1815. On ressent la défaite de Napoléon dans son coeur comme si on y était. On a la poussière de Waterloo dans la bouche. Mais aussi on sent la desespérance de la jeunesse de l'époque qui rêvait de gloire et qui se retrouve clouée sur un lit de misère. A ce moment là on ne peut s'empêcher de penser à Musset et à ses "confessions d'un enfant du siècle" que je ne peux m'empêcher de citer : "Un sentiment de malaise inexprimable commença donc à fermenter dans tous les cœurs jeunes. Condamnés au repos par les souverains du monde, livrés aux cuistres de toute espèce, à l’oisiveté et à l’ennui, les jeunes gens voyaient se retirer d’eux les vagues écumantes contre lesquelles ils avaient préparé leur bras. Tous ces gladiateurs frottés d’huile se sentaient au fond de l’âme une misère insupportable. Les plus riches se firent libertins ; ceux d’une fortune médiocre prirent un état et se résignèrent soit à la robe, soit à l’épée ; les plus pauvres se jetèrent dans l’enthousiasme à froid, dans les grands mots, dans l’affreuse mer de l’action sans but."

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Ainsi, dans le film, on sent d'ailleurs poindre déjà un conflit de générations entre les adultes âgés et partisan de la restauration et les jeunes voyant déjà briller la légende d'orée de Napoléon. L'insurrection républicaine de juin 1832 est aussi amenée de la plus belle des manières et nous montre des révolutionnaires, mourant sur les barricades le drapeau tricolore à la main pour la liberté. Et oui c'était ça la France d'avant ! On l'a oublié aujourd'hui. On mourait les armes à la main à cette époque, pour la liberté de penser à des lendemains radieux. Le film montre d'ailleurs l'acharnement du combat de rue qui finit par un dernier massacre des survivants qui finissent fusillés. Comme si la liberté ne méritait pas de concession, de demi-mesure, ou même simplement de réddition.

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Ci-dessus : Serge Reggiani dans le rôle d'Enjolras et Jimmy Urbain en Gavroche.

Mais au delà du très bon scénario de Le Chanois et Barjavel, le casting est aussi très bon, on retrouve donc des monstres sacrés du cinéma français : Jean Gabin, Bourvil, Danièle Delorme, Bernard Blier ou donc Serge Reggiani. Bourvil surprend dans un rôle sérieux et dramatique, loin de ses rôles habituels de comique. Le film devait bénéficier de l'aide de studio Est Allemands de la DEFA ce qui lui donna une ampleur plus importante pour le tournage des scènes sur la bataille de Waterloo ou pour les scènes de l'insurrection républicaine. Je finirais en citant la belle musique de Georges Van Parys mais aussi le travail de décorateur de Serge Piménoff qui devait parfaitement reconstituer le quartier du Marais et du Faubourg Saint-Antoine.

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Ci-dessus : Bourvil et Jean Gabin

Le réalisateur Jean-Paul Le Chanois devait dire plus tard : "Je considère ce film sur la générosité humaine comme un achèvement de ma carrière". On peut sans peine le croire.  D'ailleurs le public de l'époque ne devait pas s'y tromper et faire un triomphe à ses "Misérables" avec plus de 9 millions d'entrées.

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Ci-dessus : Danièle Delorme

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Ci-dessus  : Béatrice Alta Riba (Cosette) et Gianni Esposito (Marius)

 

Note : 9 / 10