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17/12/2013

Jeanne d'Arc / Joan d'Arc - 1948

"Jeanne d'Arc" est le type même du film abandonné par la France. Ainsi, il n'a jamais été édité en DVD dans notre pays. Pire les versions qui passent généralement sur les chaînes payantes, nous donnent une oeuvre défigurée, découpée à la tronçonneuse. Ainsi, la mauvaise version que je possède ne fait que 99 minutes contre les 145 minutes de la version sortie initialement en 1948 dans les cinémas américains. C'est d'ailleurs une honte que des responsables de la programmation osent encore diffuser cette version écourtée, qui ne permet de comprendre le film que par bribes. Pourtant le film mériterait un meilleur sort. En effet, il a été tourné par Victor Fleming, le réalisateur "D'autant en emporte le vent" (1939). Le casting est plutôt bon. Ainsi, dans le rôle titre on retrouve une Ingrid Bergman possédée par la grâce du personnage. Elle incarnera en tout, quatre fois le personnage de Jeanne d'Arc. Elle joue donc tout d'abord dans l'adaptation théâtrale de Maxwell Anderson, puis ici dans l'adaptation cinématographique de 1948, qui est une adaptation du même Maxwell Anderson, de sa pièce de Broadway  : "Joan Of Lorraine". Bergman déjà récompensée par un Tony Award pour son interprétation sur scène, sera nommée aux Oscars pour cette version de 1948. Le film sortira dans un contexte privé tumultueux pour l'actrice qui divorçait au même moment, de son premier mari pour se marier avec Roberto Rossellini, qui divorçait également par la même occasion. L'Amérique puritaine ne l'accepta pas et Bergman se décidait à quitter les USA pour l'Europe. 

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En 1953, Roberto Rossellini reprend le flambeau. Le réalisateur italien fasciné par l’oratorio "Jeanne au bûcher" d’Arthur Honegger et Paul Claudel, en donne quelques représentations à Naples et Paris avec son épouse, l’actrice suédoise dans le rôle-titre. Il s’attaque ensuite à son adaptation cinématographique. Ingrid Bergman qui avait 33 ans sur le film de Fleming en a désormais 39. Néanmoins les critiques sont excellentes. Mais Bergman n'a pas été la seule actrice de Jeanne d'Arc. Ainsi, Cecile B DeMille dès 1916, se prend au jeu de tourner un film sur l'histoire de Jeanne d'Arc. Il sera suivi par beaucoup d'autres et on peut citer pêle-mêle : "La passion de Jeanne d'Arc" de Carl Theodor Dreyer (1928) avec Renée Falconneti, "Sainte Jeanne" d’Otto Preminger (1957) avec Jean Seberg, "le procès de Jeanne d'Arc" de Robert Bresson (1962) avec des comédiens non professionnels, puis on arrive sur des oeuvres plus actuelles, comme "Jeanne la pucelle" de Jacques Rivette (1994), "Jeanne d'Arc" de Luc Besson (1999),  et "Jeanne d'Arc" (film TV) de Christian Duguay (1999) et enfin "Jeanne Captive" de Philippe Ramos (2011).

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Ci-dessus : Ingrid Bergman

La version de Fleming se veut hagiographique, mais est aussi touchée par la spiritualité. Ainsi, le film nous décrit une France pillée par les Anglais, morcelée en différents duchés, et un dauphin faible, prisonnier de sa cour, et qui ne sait pas se faire respecter. Ainsi, la prédiction qui veut qu'une jeune pucelle de Lorraine, sauvera le royaume de France et vaincra les ennemis des Français, prend alors tout son sens quand une jeune fille révèle qu'elle est envoyée par Dieu pour sauver la France. L'histoire est belle et les Américains tellement patriotes ne pouvaient pas, ne pas aimer cette histoire d'un pays qui se soulève contre ses occupants par la seule volonté d'une jeune fille qui reçoit ses ordres de Dieu. On peut toujours discuter à l'infini, et se demander si Jeanne était bien une envoyée de Dieu ou une affabulatrice, il n'empêche que le mythe vivace parle encore de lui même à un pays dont l'histoire a souvent été en proie aux divisions, invasions, et à une faiblesse du pouvoir central.

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Ci-dessus : José Ferrer

Pour le film, il n'y a rien à en dire. Fleming sait rendre le siège d'Orléans vivant. Bergman transfigure son personnage de façon admirable. José Ferrer, fait aussi un admirable dauphin aux abois et sans confiance en lui. On sent que les conseillers techniques ont été bons, car on retrouve bien tous les costumes de l'époque, ainsi que l'art de la guerre de la guerre de cent ans. Le film a encore un grand intérêt aujourd'hui, car il montre qu'un pays ne peut rien avec à sa tête un roi faible et indécis. La légende de Jeanne d'Arc est là pour nous rappeler que l'unité française a été durement gagnée, contre les divisions, entretenues des siècles durant par nos ennemis. Le message de Jeanne résonne donc d'une étrange actualité, nous rappelant que les problèmes de la France n'ont pour cause que notre propre abandon, nos reniements ou notre défaitisme dans nos capacités à nous relever, à nous unir et à vaincre. Quoiqu'il en soit, avec sa rapidité habituelle, l'église décidait de faire de Jeanne d'Arc une Sainte en 1905 ... et le président Sarkozy célébrait le 6 janvier 2012, le 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne, et à travers elle, l'unité de la France. Vous avez dit, résonance ? Concernant, le film on peut donc regretter que seuls les USA aient pu bénéficier d'une version restaurée et complète. En France on se contentera donc des versions tronquées qui passent à la télévision ici et là, au milieu du gâchis télévisuel habituel, et qui laissent un drôle de goût dans la bouche, confirmant la fameuse phrase de Mr Brion : "le cinéma est un art outragé". La version tronquée du "Jeanne d'Arc" de Victor Fleming, en est la preuve éclatante. Le mythe quant à lui est intact.

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 Note : 6,5 (8 / 10 si un jour, il sort une version complète et restaurée)

21/01/2013

Oliver Twist - 1948

"Oliver Twist" est un film de David Lean de 1948 tourné après "Les Grandes Espérances" (1946). Le film est magnifiquement filmé par Lean. En particulier le début où la mère enceinte d'Oliver Twist, est surprise par un orage. L'orage est là comme le symbole de la colère des hommes qui s'abat sur la pauvre femme, abandonnée par la société et trahie par des siens. Lean comme dans "les grandes espérances" donne une vie et même une signification à la nature et aux éléments naturels. Il en sera de même dans "le docteur Jivago" où une branche viendra frappé inlassablement le carreau de Youri, le jeune enfant qui venait d'enterrer sa mère. L'expressionisme romantique de Lean est magnifique. Dès le début, le film atteint les sommets de l'esthétique cinématographique. Et les plans ingénieux se multiplient tout le long du film, comme ce poing qui heurte pleine face la caméra et qui arrête une course poursuite qui ne semblait pas avoir de fin.

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Alec Guinness joue Fagin, le chef des enfants voleurs. Robert Newton dont aujourd'hui on se rappelle surtout la prestation dans Barbe Noire, joue formidablement bien le bandit Bill Sikes. On retrouve également Henri Stephenson qui a joué dans de nombreux film d'Errol Flynn comme Capitaine Blood (1935), la charge de la brigade légère (1936) ou encore dans "la Vie privée d'Élisabeth d'Angleterre" (1939). Mais au delà du jeu des acteurs, tous au top de leur forme, c'est bien la réalisation de Lean qui magnifie le spectacle.

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Ci-dessus : Robert Newton (conseil : noté le jeu de lumière sur les yeux)


Bref "Oliver Twist" est un chef-d'oeuvre d'adaptation littéraire à l'écran. Je ne saurais donc que vous conseiller d'acquérir l'édition Bluray qui est sortie récemment et de ne pas tenir compte de critiques de l'époque qui ont vu dans ce film, un film antisémite. En effet, pour certains Fagin aurait eu dans le film un maquillage "antisémite". De ce fait, le film ne put sortir aux USA qu'en 1951 avec une amputation de 11 minutes. Or le mot juif n'est jamais mentioné dans le film et aucune relation ne peut être fait avec ces deux mots. Or Lean met plutôt en avant, la vie misérable d'un orphelin à la recherche de parents et de bien être. Je pense donc qu'il serait absurde de se priver d'un tel chef-d'oeuvre et de faire un quelconque procès à un si grand réalisateur. Je vous invite donc plutôt à profiter des jeux de lumière, des plans introuvables, et en un mot du talent d'un David Lean au sommet de son art et qui possédait déjà une parfaite maîtrise de la chose cinématographique et pour ainsi dire un incroyable génie, dans la définition qu'en fait Schopenhauer : "Le talent est pareil à un archer qui touche une cible que les autres ne peuvent atteindre, le génie est pareil à celui qui en touche une que les autres ne sont pas même capables de voir".

 

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La bande-annonce :

 Disponible en Bluray Zone B. Images correctes


NOTE : 9 / 10

27/11/2012

Les grandes espérances / Great expectations - 1946

Dans le cadre de sa sortie récente en bluray, je vais vous parlais aujourd'hui du film "Grande espérances", sortie en 1946. Le film a été tourné par David Lean (le célèbre réalisateur de Lawrence d'Arabie), Il s'agit d'un film britannique qui fut distribué aux USA par Universal, et comportant donc un casting également britannique. Le film est tiré du plus célèbre (peut être) roman de Dickens. Dès le début du film on est tout de suite frappé par le talent de David Lean en tant que réalisateur. Le mystère est parfaitement rendu, on retrouve des dizaines de plans magnifiques et je n'aurais pas assez de place pour louer la réalisation et la photographie de l'ensemble de l'oeuvre.

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Bien entendu le but de cette critique ne sera pas de faire une étude complète du roman de Dickens. Mais qu'est ce que c'est bien écrit quand même ! Quelle intelligence scénaristique et à la réalisation. Ce qui est formidable dans "Grandes Espérances" c'est que le film contient différentes histoires qui finalement seront reliées les unes aux autres pour faire un tout. Un prisonnier échappé est nourri par un enfant qui le menace; une femme richissime mais recluse adopte une fille et fait venir chez elle, le jeune garçon qui a aidé le prisonnier. Quoi de commun à tout cela ? Rien à première vue. Mais les liens invisibles entre ces différents protagonistes vont se faire et se relever rapidement inaltérables sinon par la mort de l'un deux. A celà il faut ajouter les vies brisées, les destins maudits, l'appat du gain, la mort qui rode et on a un fabuleux instantané social de l'Angleterre au début du 19ème siècle. A cela il faut ajouter la formidable prestation de la jeune Jean Simmons et du jeune Anthony Wager. Tous les seconds rôles sont d'ailleurs excellents, comme par exemple Francis L Sullivan en avocat ou Finlay Currie en évadé. Finlay Currie est resté célèbre pour son rôle du père dans "Ivanhoé", ou de Balthasar dans "Ben-Hur". Mon principal reproche sera sur le choix de John Mills qui est censé jouer un personnage qui a entre 18 et 25 et qui en aura plus de 30 quand il tourne le film ! Cela décridibilise malheureusement quelque peu l'ensemble, même si on ne peut retirer un grand talent d'acteur à Mills.

Quoiqu'il en soit le film reste un spectacle de haute volée littéraire. A voir et à revoir.

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Ci-dessus, Finlay Currie et Anthony Wager

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Ci-dessus : Jean Simmons, Martita Hunt et Anthony Wager

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Ci-dessus : Alec Guinness et John Mills

 

En cadeau un extrait :

 

Disponible en Bluray zone B (sous titré français uniquement)


A noter enfin, que l'adaptation moderne du célèbre roman de Charles Dickens transposée à notre époque dans une version de 1998 avec Robert De Niro et Gwyneth Paltrow est tout à fait digne également d'intérêt. J'en parlerais peut être plus tard ...


NOTE : 8,5 / 10