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17/05/2014

6 destins / Tales of Manhattan - 1942

"6 destins" ou en anglais "Tales of Manhattan" nous raconte à travers des sketches, l'histoire d'une veste ou pour être plus précis, d'une queue de pie. On a déjà eu des films à sketches racontant les péripéties d'un objet à travers ses différents propriétaires. Ainsi, je me souviens avoir vu il y a une dizaine d'années : "la Rolls-Roye Jaune" (1965) qui avait un casting international, et qui racontait comme son nom l'indique, l'histoire d'une voiture. Ici dans "6 destins" la queue de pie ne reste qu'un accessoire scénaristique, et n'est pas le personnage principal. Elle est le lien entre les différentes histoires et a même parfois une importance primordiale, mais sans jamais trahir ou effacer l'histoire personnelle de la personne qui la porte. Le point fort du film est son casting qui comprend entre autre : Charles Boyer, Rita Hayworth, Thomas Mitchell, Ginger Rogers, Cesar Romero, Henry Fonda, Charles Laughton, Edward G. Robinson, Ethel Waters, Paul Robeson, Harry Davenport, et W. C. Fields. Excusez du peu !

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Le film est le premier des deux films à sketches de Julien Duvivier à Hollywood. Le deuxième est "obsessions" (1943), formidable film aux frontières du fantastique et du paranormal et à la forme cinématographique exceptionnelle. La force de "6 destins", au delà de son casting, est évidemment sa réalisation. Les acteurs n'ont jamais semblé aussi beaux que sous la caméra de Duvivier et sous la photographie de Joseph Walker. De plus, le film a été écrit par une armée d'auteurs qui donnent aux dialogues une belle consistance. Alors que reprocher à "6 destins" ? On peut lui reprocher une certaine hétérogénéité. Ainsi, chaque séquence n'est pas toujours au niveau de la précédente. Ainsi la séquence avec W C Fields semble très faible, et celle avec les acteurs pas toujours de très bon goût. Le sketch avec W C Fields et Margaret Drumont avait d'ailleurs été éliminée à sa sortie. On la retrouve ici complète. Enfin, la représentation des noirs avaient posé un tel problème déjà à l'époque Paul Robeson avait décidé de racheter tous les exemplaires du film, car il le considérait comme infamant pour la communauté noire. A titre personnel, je n'ai rien trouvé à redire à ce passage du film, qui montre une communauté noire, abandonnée certes,  mais qui ne doit son salut qu'à elle même et à une manne providentielle. Quoiqu'il en soit, le film ne laisse pas indifférent par la beauté formelle de certaines de ses séquences et par l'originalité d'une histoire, parfaitement écrite et réalisée, à mettre au crédit d'un Duvivier et d'auteurs très inspirés. Une belle surprise que nous fait là la Twentieth Century Fox, en sortant cet excellent film de l'oubli.

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Ci-dessus : Charles Boyer et Rita Hayworth

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Ci-dessus : Rita Hayworth

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Ci-dessus : Henry Fonda et Ginger Roger

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Ci-dessus : Ginger Rogers

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Ci-dessus à gauche : Charles Laughton

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Ci-dessus : Edward G Robinson

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Ci-dessus : George Sanders et Edward G Robinson

Disponible en DVD zone 2, sous-titré en français dans la collection "Hollwyood legends"

 

Note : 7,5 / 10

12/05/2014

Obsessions / Flesh and Fantasy - 1943

"Obsessions" ou en anglais "Flesh and Fantasy" est un film tourné aux USA par Julien Duvivier en 1943. Le film évoque le fantastique, et le rêve dans sa 3ème partie. En effet, le film est divisé en 3 histoires distinctes les unes des autres. Seule la deuxième histoire est reliée à la troisième et dernière histoire. Quatre histoires ont été écrites. Mais cette quatrième et dernière histoire ne sera pas ajoutée au montage et n'apparaîtra qu'en 1944 dans "Destiny", film de Reginald Leborg. Le casting est prestigieux et comprend outre Edward G. Robinson, Charles Boyer, Barbara Stanwyck, Betty Field, mais aussi Robert Cummings  et Thomas Mitchell.

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Après une petite introduction qui fait commencer le film par la discussion de deux gentlemen dans un club, le film déroule sa première histoire. Il faut bien dire que cette introduction est inutile et ralentit le film encore plus qu'un carton d'explications. Elle n'apporte d'ailleurs rien aux histoires qui suivront. Sans vouloir, tout vous raconter la première histoire porte sur l'obession d'une femme laide (Betty Field) qui veut tout faire le jour du carnaval pour goûter à l'amour. Elle choisit donc un masque, sort s'amuser et rencontre un beau jeune homme (Robert Cummings). Duvivier, explore dans cette histoire le rôle de l'âme humaine dans ce qu'elle fait pour nous représenter, au delà de notre apparence physique. Les plans rapides sont nombreux, la fête est bien représentée et Duvivier joue avec le mystère de lumières, inondant des abîmes de noirceurs.

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La peur de l'autre, mais aussi l'attirance vers l'autre est bien représentée. Et jusqu'au bout on ne sait si l'un et l'autre arriveront à totalement se comprendre, jusqu'à la libération finale qui advient comme une incroyable et improbable évidence fantastique.

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Ci-dessus : Robert Cummings et Betty Field

La deuxième histoire fait entrer en scène Edward G. Robinson et Thomas Mitchell. Thomas Mitchell vous vous souvenez sûrement de lui. C'était le père dans "Autant en Emporte le vent". Edward G Robinson (important avocat) se fait donc lire son avenir par Thomas Mitchell (incroyable médium).Malheureusement la révélation ne sera pas celle attendue. Duvivier fera là tout son possible pour faire jouer la caméra et représenter le double maléfique de Robinson, comme par exemple dans l'image ci-dessous ou dans des improbables jeu de glace. On retrouve aussi des seconds rôles attachant dans cette partie avec par exemple C. Aubrey Smith en pasteur.

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Ci-dessus : Edward G. Robinson

Enfin la troisième histoire, mettra en scène Charles Boyer et Barbara Stanwyck. Le rêve rentrera là alors à plein. En effet, un acrobate rêvera qu'il tombe devant les yeux de la femme qu'il aime. Le film explore alors l'influence du rêve sur la vie de l'homme. Le destin de Rome aurait il été le même si César avait écouté les conseils de sa femme qui avait rêvé la veille de son assassinat ? Nul ne peut le dire. Pour en revenir à "obsessions" on est donc devant un formidable film à tiroirs, au croisement de plusieurs genres (film noir, film fantastique, mélodrame) mais qui bénéficie malheureusement d'une médiocre introduction. Tout le reste est par contre admirable. Duvivier montre là tout son talent, et déroule de fantastiques idées de mise en scène qui font de ce film, un indémodable classique du film fantastique où le rêve et la conscience ont toute leur place. C'est à dire la première.

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Ci-dessus : Barbara Stanwyck

 

NOTE : 8 / 10

16/03/2014

Madame de ... - 1953

Max Ophüls a sans nul doute était le réalisateur préféré de Danielle Darrieux et cette dernière sans aucun doute, son actrice préférée. On sent bien une complicité évidente entre le réalisateur et l'héroïne de "Madame de ...". Danielle Darrieux confirmera d'ailleurs plus tard, sa parfaite entente avec Max Ophüls. Que de chemin parcouru pour Danielle Darrieux, depuis "Volga en flammes" ( "Madame de ..." a été tourné dans sa période française, après "le plaisir" (1952) et "la ronde" également avec Danielle Darrieux. "Le plaisir" (1952), précédent film de Max Ophüls, n'avait pas eu un grand succès public, malgré son incomparable réussite formelle. Avec "Madame de ..." on est devant un nouveau chef d'oeuvre d'un des grands maîtres du cinéma. Ainsi, si la distribution tourne presque uniquement autour de Charles Boyer, Danielle Darrieux, et de Vittorio De Sica, cela ne lasse jamais et le film est parfaitement écrit et réalisé. Alors, c'est vrai qu'Ophüls a l'avantage de se reposer sur un récit de Louise de Vilmorin. Cette dernière ne reconnaissait pourtant pas le film, comme une bonne représentation de son roman et devait même le qualifier de "rasoir". Pourtant, comme nous allons, le voir, il n'en est rien.

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L'histoire de "Madame de ..." c'est autant l'histoire de la vie sentimentale d'une jeune femme de la haute bourgeoisie à la fin du 19ème siècle, que l'histoire d'un bijou. Le drame est somptueux, et si Max Ophüls garde son style si particulier, on sent aussi qu'il subit l'influence de Vincente Minnelli, qui a réalisé "Madame Bovary" (1949), quelques années plus tôt. Ainsi, plus encore que dans son oeuvre précédente, Max Ophüls nous donne à voir des scènes de bal et se complaît à filmer Danielle Darrieux en train de danser, comme si la danse devait remplacer une étreinte charnelle, qui ne peut exister ni dans l'histoire, ni sur l'écran. Ophüls montre très souvent des glaces et des escaliers. Si Lubitsch avait l'obsession des portes et des univers un peu parallèles qu'une porte pouvait cacher, pour Ophüls la glace et les escaliers sont très présents, comme souvent dans ses films. Et si les glaces, et les escaliers, ont un rôle, des bijoux tiennent également un grand rôle, presque aussi important que ceux des acteurs principaux. Ceci dit, Ophüls se sert également d'une porte pour permettre à Danielle Darrieux de lancer sa plus célèbre réplique : "Je ne vous aime pas !", répétée trois fois, comme l'aveu d'un amour impossible. Danielle Darrieux devient alors là, une seconde Garbo.

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Ci-dessus : Danielle Darrieux dans "Madame de ..."

Max Ophüls devait écrire à Danielle Darrieux : "Votre tâche sera dure. Vous devrez, armée de votre beauté, votre charme et votre élégance, incarner le vide absolu, l’inexistence. Vous deviendrez sur l’écran le symbole même de la futilité passagère dénuée d’intérêt. Et il faudra que les spectateurs soient épris, séduits et profondément émus par cette image." On peut considérer que la mission est totalement réussie.  Et peut être, toute la force et le mystère de,  "Madame de .." peuvent se résumer en ces quelques vers d'Alphonse de Lamartine : "Objets inanimés, avez-vous donc une âme, qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?". Spectateur de notre temps, c'est à vous de le découvrir !

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Ci-dessus : Charles Boyer et Danielle Darrieux

 

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Ci-dessus : Vittorio De Sica et Danielle Darrieux

 

Danielle Darrieux raconte sa relation de travail avec Max Ophüls :

http://www.ina.fr/video/I00012943

 

Témoignages sur Danielle Darrieux et Max Ophüls :

http://www.ina.fr/notice/voir/I00012938

 

Sur la musique du film, Danielle Darrieux interprête "l'amour m'emporte" :

 

Un jeune anglais parlant en termes élogieux, de "Madame de ..." (désolé c'est en anglais). Cela fait plaisir de voir la jeune génération s'enthousiasmer pour le cinéma des années 50 :

 

Film disponible en DVD et Bluray restauré en Version Française.

Note : 8 / 10

11/08/2013

L'étrangère / All of this, and Heaven too - 1940

"L'étrangère" est un film d'Anatole Litvak, avec Charles Boyer, tourné en 1940. On se souvient que la collaboration entre Charles Boyer et Litvak avait commencé dès 1936 avec un film français, "Mayerling", puis elle s'était poursuivie avec "cette nuit est notre nuit" (1937) avec Claudette Colbert. En effet, Litvak avait poursuivi sa carrière française par une carrière américaine. Cela nous amène donc en 1940. Charles Boyer est au sommet de son talent, et li partage ici son talent avec Bette Davis. Cette dernière, brille dans tous les films de la Warner que ce soit dans les drames historiques, comme dans "La Vie privée d'Élisabeth d'Angleterre" (1939) ou "Juarez" (1939). Mais elle est aussi l'impératrice du drame et du mélodrame. La distribution éclatante est complétée par Barbara O'Neil, incroyable actrice, capable de jouer la mère de Scarlett O'Hara un an plus dans "Autant en emporte le vent', mais qui joue ici un rôle totalement différent. On retrouve également le bon vieux Henry Davenport qui lui faisait le docteur également dans "Autant en emporte le vent". Enfin, on peut également évoquer la prestation d'Henry Daniell excellent en juge du roi. Henry Daniell vous vous souvenez sûrement de lui dans son rôle de félon dans "l'aigle des mers" (1940) avec Errol Flynn ou encore dans ""La Vie privée d'Élisabeth d'Angleterre"(1939) avec le même Errol Flynn, où il interprêtait un conseiller plutôt fourbe. La distribution est donc excellente.

 

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Mais une bonne distribution ne fait pas forcément un bon film. Alors qu'en est il vraiment ? "L'étrangère" est une adaptation du roman de Rachel Field. Rachel field évoque ici la venue d'une préceptrice chez le Duc et la duchesse de Praslin. Cette histoire est pour une large part véridique, et les relations entre la préceptrice Mlle Deluzy (Bette Davis), le Duc de Praslin (Charles Boyer) vont rapidement devenir équivoque à rendre folle de jalousie son épouse légitime. Le film a une trame très bonne malheureusement il souffre d'une durée excessive de presque 2H25. On a vu des drames plus courts. Enfin avec une telle durée, les redites sont bien présentes et les rebondissements parfois assez faibles.

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Ci-dessus : Charles Boyer et Bette Davis

Le film n'en reste pas moins un chef-d'oeuvre d'adaptation littéraire à l'écran. Quand on le regarde, on peut penser également au "Rouge et le Noir" (1954) de Claude Autant Lara, mais avec une passion moins débordante. Le film bénéficie également d'une superbe musique de Max Steiner. La leçon du film est enfin particulièrement intéressante. Il nous apprend qu'une famille ne peut exister sans amour. Ainsi, cet amour absent dans un mariage qu'il est impossible de rompre, jette une réflexion politique et sociale sur la France de 1846, mais aussi sur une Amérique puritaine de 1940, arc-boutée dans ses valeurs morales. L'amour source de tout ordre familial, et humain, voir sociétal, voilà la leçon du film. Chacun conviendra, que c'est une leçon qui n'a pas pris une ride.

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Ci-dessus : Bette Davis


La bande-annonce :


Note : 7 / 10

26/06/2013

Mayerling - 1936

"Mayerling" est un film d'Anatole Litvak et avec pour vedettes Charles Boyer et Danielle Darrieux. Litvak est un espèce de globe-trotters du cinéma, originaire de Kiev, il commence par assister différents réalisateurs sur des tournages en Russie. L’apprenti réalisateur rejoint Berlin où il tourne quelques films, avant d’être contraint de partir pour Paris. Alors qu’il exerce comme réalisateur à Paris dans les années 1930, le succès de son film Mayerling (1936) lui vaut d’être invité à Hollywood. Il s’expatrie et réalise alors "The Woman I Love" (1937), une version américaine avec Paul Muni d’un de ses films français, "L’Équipag"e (1934). Litvak réalise ensuite "The Sisters" en 1938, une superproduction de la Warner avec Bette Davis et Errol Flynn qui séduit les critiques et le public. En 1940, "All This, and Heaven Too", toujours avec Bette Davis, est nommé aux Oscars. Le reste de sa carrière est plutôt positive, avec quelques succès publics et critiques "Anastasia" (1956).

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Le fim repose quasi essentiellement sur le couple Boyer/Darrieux. Darrieux sera ici le soleil resplendissant, la vie et Boyer la mort et la nuit. De cette frappante opposition les scénaristes (Marcel Achard, Joseph Kessel et Irma von Cube d'après le roman de Claude Anet) créent une chronique amoureuse à la conclusion dramatique, mais toujours marquante. Ainsi, si le film n'atteint pas les sommets d'un autre film de Charles Boyer "Marie Walewska" (1937), et reste comme une ultime répétition de ce dernier, il arrive largement à laisser de belles émotions aux spectateurs. Mais ici c'est bien les ténèbres qui entourent le film tant au niveau de l'esthétique : noirceur de la fête forraine de nuit, noirceur des salles de bal. Dans "Marie Waleswka", Clarence Brown fera le contraire et placera son film sous le signe de la lumière avec des salles de bal tout en blanc.

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Daniele Darrieux est alors âgée de seulement 19 ans. Elle fera sensation. Le film permettra donc à Charles Boyer et Danielle Darrieux, de partir à la conquête d'Hollywood, et à Anatole de Litvak de commencer lui aussi, une carrière à Hollywood. On notera que le personnage de l'Archiduc Rodolphe se suicide dans cette version du film, comme Charles Boyer lui même en 1978, deux jours après la mort de sa femme et 13 ans après le suicide de son fils. Etrange destin filmé, qui donne au film une étrange résonnance. A noter enfin que le drame de Mayerling devait inspirer le cinéma avec en tout 8 versions :

  • Mayerling (1919) ;
  • Mayerling (1936) d'Anatole Litvak, avec Danielle Darrieux et Charles Boyer ;
  • De Mayerling à Sarajevo (1940) de Max Ophüls
  • Le Secret de Mayerling (1948) de Jean Delannoy, avec Jean Marais ;
  • Kronprinz Rudolfs letzte Liebe (Autriche, 1955) de Rudolf Jugert, avec Rudolf Prack, Christiane Hörbiger, Winnie Markus, Lil Dagover, Erik Frey ;
  • Mayerling (1968) de Terence Young, avec Catherine Deneuve et Omar Sharif ;
  • Vices privés, vertus publiques (1975) de Miklós Jancsó, avec Lajos Balázsovits, Pamela Villoresi, Teresa Ann Savoy ;
  • Prince Rodolphe : l'héritier de Sissi (2006) de Robert Dornhelm avec Max von Thun (Rodolphe)et Vittoria Puccini (Mary Vetsera).

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Disponible chez Studio Canal Zone 2 (qualité d'image très moyenne)

Note : 7 / 10

23/03/2013

Marie Walewska / Conquest - 1937

Faisons une petite pause dans les westerns pour vous parler aujourd'hui d'un très beau film, "Marie Walewska" tourné en 1937 par Clarence Brown. Le film est tenu uniquement par le duo Greta Garbo, Charles Boyer présent dans presque toutes les scènes. Greta Garbo, artiste mythique inutile de la présenter. On se rappelle qu'elle était une actrice suédoise, discrète voir terriblement timide. Son jeu, et sa beauté en avait fait une star. Aujourd'hui c'est une légende. Il est un peu difficile de citer ses plus grands films, car tous les films de Garbo sont des grands films. Pour ma part, j'en retiendrai quelques uns qui m'ont profondément marqué : Grand Hotel (1932) avec John Barrymore, "la Reine Christine" (1933), "Anna Karénine" (1935), le superbe "Roman de Marguerite Gautier" (1937) avec Robert Taylor et donc ce "Marie Walewska"Mais me diriez vous, qui est Marie Walewska ? De son vrai nom, Maria Walewska, elle était la maîtresse polonaise de Napoléon 1er. Amour sans espoir, mais amour sincère, elle devait être présente lors de moments clés de la vie de l'empereur. En tous les cas, c'est ce que le film nous laisse entendre et comme il est dit au début en avertissement au spectateur : si l'Histoire a pu en être modifié pour le besoin de la dramaturgie, l'esprit ne l'a pas été. Et c'est tout à fait vrai. Le film est inspiré du roman de Waclaw Gasiorowski et de la pièce de Helen Jerome. On a donc un scénario très sérieux et bien construit. On retrouve également un vétéran des studios, en la personne d'Henry Stephenson. On se rappelle de lui pour son rôle dans "la charge de la brigade légère" (1936) ou encore "Captain Blood" (1935). Mais il devait tourner près de 90 films pour les plus grands studios : MGM, Warner et RKO.

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La difficulté de tourner un film sur la vie de Napoléon est évidente. L'homme a eu une vie extraordinaire et démeusurée, qui en fait un espèce de démiurge des temps modernes. La reconstitution des batailles ont très souvent été impossibles pour de nombreux réalisateurs. Et ainsi la récente fresque télévisuelle avec Christian Clavier n'était malheureusement pas crédible au niveau de la réalisation des grandes batailles de l'empereur. Ainsi, seuls quelques grands réalisateurs comme Abel Gance avec son "Austerlitz" (1960) ou le russe Serge Bondartchouk arrivèrent à donner une ampleur à l'épopée guerrière de Napoléon. Mais dans "Marie Valewska" il n'en est en fait que très peu question. Ainsi, le titre américain "Conquest" résume en un mot le film. Il va s'agir ici non pas des conquêtes territoriales de Napoléon, mais bien de l'histoire de sa plus belle conquête féminine. L'histoire bataille va donc être reléguée au second plan, mais ce sera pour mieux mettre en avant la grande histoire et l'esprit d'un grand homme à travers un amour célèbre.

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Ci-dessus : Charles Boyer et Greta Garbo

Le film commence par une scène de pillage par les cosaques, du chateau du comte Walewski, mari de la comtesse Walewska. Cette scène fait froid dans le dos, le mobilier est brisé et sert pour la cheminée, le piano à queue devient une mangeoire pour les chevaux. La vandalisme d'un art de vivre distingué et son remplacement par un art de vivre primitif, illustre bien la situation de la Pologne, située à cette époque aux confins de la civilisation européenne. La comtesse apparaît à ce moment là en haut du grand escalier du chateau. Et là Clarence Brown filme les visages des Cosaques un par un, illuminés par la beauté de la comtesse. On sait alors dès ce moment là, qu'on a à faire à un grand film. L'autre grande scène du film est la scène du bal à Varsovie, où Napoléon rencontre une deuxième fois Marie Walewska. Les décors tout en blanc de cette scène sont somptueux et cette partie du film est également très réussie.

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Ci-dessus : Henry Stephenson et Greta Garbo

Mais au delà de la construction d'une romance, c'est son inscription dans la grande histoire qui va en magnifier tout le contenu. Ainsi, le film va nous montrer un Napoléon humain et ayant une personnalité ambivalente pleine de grandeur, mais aussi par moment misérable. Ainsi, le pauvre amour de Marie Walewska va se trouver utilisé le plus souvent à des fins diplomatiques. Mais si la romance est là, la politique n'est jamais loin. Et les phrases prophétiques sur la construction européenne sont là pour nous rappeler que l'idéal d'une Europe des peuples ne date pas d'hier. "Marie Walewska" film sur la tragédie du destin d'un homme, incapable d'aimer librement, nous renvoie à un film beaucoup moins sérieux historiquement, "Désirée" (1954) avec Marlon Brando et Jean Simmons. L'un et l'autre auront pour point commun de montrer une des plus belles interprétations de Napoléon 1er à l'écran et comme le rappel que le plus grand des hommes, a lui aussi ses faiblesses et finalement une humanité, que pour son malheur il se refusa d'écouter, sinon trop tard.

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Extrait :


Disponsible en DVD Zone 2 (Vo sous-titré)

Note  : 7,5 / 10

24/11/2012

Par la porte d'or / Hold Back the Dawn - 1941

J'aurais aimé dire beaucoup de bien de "Par la porte d'or", mais malheureusement ce ne sera pas le cas. "Par la porte d'or" raconte l'histoire d'un immigré roumain, bloqué à la frontière entre le Mexique et les USA. Il se met donc en tête de séduire une américaine (De Havilland) pour se marier avec elle et passer la frontière. Le film bénéficie tout d'abord un excellent casting avec Charles Boyer, Olivia De Havilland et Paulette Godard. Charles Boyer est convainquant dans son rôle d'éternel escroc candidat à l'immigration. Paulette Godart en comparsse de notre escroc est aussi très crédible. Malheureusement il me semble que l'interprétation d'Olivia de Havilland qui aurait du être plus en nuances, se perd finalement dans les méandres d'un scénario introuvable. Ainsi, on voit une scène assez hallucinante où on frappe à sa porte et où elle va à l'endroit opposé avant de se raviser. On a perdu Olivia en cours de route.

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Mais au delà de l'interprétation d'Olivia de Havilland c'est bien le scénario bancal qui coule le film. Comment une femme jeune et responsable peut elle tomber dans les griffes d'un homme qui ne l'aime pas, et surtout aussi facilement ? Pourquoi avoir gardé tous ces seconds rôles qui ne servent à rien, et ne font pas avancer le récit et ennuie finalement le spectateur ? Pourquoi le début d'une vraie romance entre Boyer et Havilland doit elle apparaître uniquement à la fin du film ? Oui le principal problème de "Par la porte d'or", c'est bien le scénario. Et j'aurais tendance à dire que ce n'est pas par la grande porte que passe le spectateur, et que celui ci aura bien du mal à ne pas vouloir chercher la porte de sortie avant la fin. Aujourd'hui on sait que les rapports entre le scénariste Billy Wilder et Mitchell Leisen le réalisateur furent assez mauvais. Ainsi, Mitchell Leisen et Boyer remanièrent le script à leur convenance au grand désespoir de Wilder. Ainsi Boyer refusa de tourner la scène d'introduction où il devait raconter son histoire à un cafard. Billy Wilder se fit ensuite interdire l'accès du plateau par Leisen. Et Leisen finit par dire de Wilder : « Il vient d’Europe centrale et il est têtu comme une mule quand on touche à son texte ». Wilder se vengea en raccourcissant le texte de Charles Boyer. Bref, vous l'aurez compris le tournage ne se fit pas dans les meilleurs conditions. Et malheureusement tout cela se ressent à l'écran et on voit bien que le film est totalement déséquilibré et finit là où d'autres commencent. Suite à ces difficultés, Wilder décida d'ailleurs l'années suivante de passer à la réalisation pour ne plus subir le "diktat" de gens comme Leisen. A noter, que de façon exceptionnelle, le film réserve une scène, où on voit De Havilland courir nue sur la plage au loin (est-ce vraiment elle ?).

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Ci-dessus Charles Boyer et Paulette Godard :

De son côté, à l'époque le film fut très bien perçu par la critique, et reçu 6 nominations aux Oscar, mais n'en remporta aucun. Olivia de Havilland fut nominé comme meilleure actrice (ce qui me semble un comble) mais c'est sa soeur (Joan Fontaine) qui le gagna. Elle devait en remporter un 2 ans plus tard pour "À chacun son destin" avec pour réalisateur encore Leisen. Aujourd'hui le film est encore à mon sens très surestimé. Néanmoins, il réserve quelques bonnes scènes entre de grands acteurs. Mais est ce bien suffisant pour faire un film réussi ? Pour ma part, je ne le crois pas. Surtout que l'âge d'or d'Hollywood a réservé bien d'autres chef-d'oeuvre à la valeur plus sûre.

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Ci-dessus Charles Boyer et Olivia de Havilland :

 

NOTE : 4,5 / 10