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22/07/2015

Les passagers de la nuit / Dark Passage - 1947

1947, Humphrey Bogart était devenu une immense vedette. C'était bien fini le temps d'un Bogart, jouant le rôle de faire-valoir du héros, ou qui se complaisait dans le rôle de méchant de service, comme dans "la caravane héroïque" (1940) ou dans de très nombreux films de gangsters des années 30. Comme beaucoup de mes lecteurs le savent c'est surtout "Casablanca" (1942) qui a changé la donne de la carrière de Bogart, et le monde découvre alors un talent qu'il avait aperçu jusqu'alors de loin, dans quelques grands films, comme "une femme dangereuse" (1940), ou encore "la grande évasion", "le faucon maltais" (1941). Dans ces deux derniers films, Bogart assumait pleinement son statut de vedette mais pas encore d'immense star, qu'il allait devenir un an plus tard. Et donc depuis "Casablanca" (1942), Bogart enchaine les très grands films. Les plus célèbres de cette période sont évidemment, "le port de l'angoisse" (1944), "le grand sommeil" (1946) et plus tard "Key Largo" (1948), tous les trois tournés avec sa compagne à la ville, Lauren Bacall. Bogart / Bacall, est bien le couple mythique du Hollywood de cette époque. Et c'est un des rares qui a survécu à la folie du système hollywoodien. Pour en revenir, à notre film, "les passagers de la nuit", est le troisième film de Bogart avec Bacall. Il tourné en noir & blanc, par Delmer Daves pour le compte de la Warner Bros, le film est à classer dans la catégorie film noir et dans les excellents films de Delmer Daves. Delmer Daves on se souvient de lui pour ses films noirs, mais aussi pour ses westerns originaux. Ainsi, dans "la flèche brisée" (1950), il se mettait du côté des indiens, et montrait l'iniquité de la justice des blancs envers, les natifs américains. Dans "3H10 pour Yuma", il mettait en scène un scénario de film noir, dans l'univers du western. Comme souvent dans sa carrière, Delmer Daves est réalisateur des "passagers de la nuit", mais également scénariste.

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Le film est une réussite par son casting, son scénario, mais aussi de par sa réalisation incroyablement novatrice pour l'époque. Ainsi, dans ses 10 premières minutes, Daves filme en perspective en se plaçant dans la peau du personnage joué par Bogart. Le spectateur est donc scotché à son fauteuil, se demandant qu'elle va être la suite de l'histoire et que va faire le héros. Dès le départ, Daves arrive ainsi à mobiliser l'attention du spectateur. Il va avoir de nouveau recours à ce procédé dans le premier tiers du film. Ainsi, pendant 40 minutes, on ne voit jamais le visage de Bogart. Cela donne au film, un ton tout à fait particulier pour l'époque et assez unique. Et l'épisode du cauchemar de Bogart est tout aussi marquant. Mais "les passagers de la nuit", c'est aussi le tournage dans un San Francisco brumeux de 1947, qui donne au film un caractère poétique. Cette ville filmée, le plus souvent la nuit ou au petit matin, fait beaucoup pour mettre le film, bien au-dessus du lot. Daves, dans son plaisir à filmer le visage des acteurs, fait contraste à sa volonté de ne pas filmer le visage de Bogart dans le premier tiers du film. A tout cela, il faut ajouter la belle musique de Franz Waxman, aidé de Max Steiner, qui l'un et l'autre font également, beaucoup pour rendre le film marquant. "Les passagers de la nuit" est donc une très belle réussite, filmé avec beaucoup de poésie. Ce film possède encore aujourd'hui un charme fou. Il mériterait sans aucun doute, une restauration et une sortie Bluray, ne serait ce que pour son côté documentaire, et sa plongée dans le San Francisco de 1947. Parfois il m'arrive de me demander, si la Warner sait mettre en valeur les pépites qu'elle possède dans son catalogue.

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Ci-dessus : Lauren Bacall (avec Bogart que l'on doit imaginer en face d'elle)

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Ci-dessus : Bogart (au fond) et au premier plan Tom D'Andrea

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Ci-dessus : Lauren Bacall & Humphrey Bogart

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Ci-dessus : Lauren Bacall & Humphrey Bogart

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Ci-dessus : Excellent plan de Daves, qui montre la menace dans le dos de Bogart

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Ci-dessus : Agnes Moorehead (dont la personnalité perverse de son personnage est mis en valeur magnifiquement dans ce plan rapproché)

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Ci-dessus : Humphrey Bogart & Agnes Moorehead

 

La bande-annonce :

Disponible en DVD Zone 2 ou DVD zone 1 chez Warner en VO sous-titrée (je ne sais pas si il y a une VF sur le zone 2, possédant l'édition zone 1 sous-titrée français).

Note : 8 / 10

06/08/2013

The man I love - 1947

"The man I love" (1947), est un film de la Warner tourné par Raoul Walsh. Alors, la première question que l'on se pose à voir ce film, c'est qu'est ce qu'il fait dans la collection "films criminels" de la Warner. En effet, "the man I love" a tout d'un mélodrame. Alors c'est vrai qu'il y a un chef de bande, mais franchement il n'a pas l'air très dangereux sinon avec les femmes. Et c'est bien pour le public féminin auquel ce film est destiné on le sent bien. Ida Lupino partage la vedette avec Robert Alda. Mais on retient surtout l'étrange interprétation de Bruce Bennett en artiste tourmenté par une femme qui l'a quitté mais qu'il ne peut s'empêcher d'aimer. Andrea King, Martha Vickers, et Alan Hale complètent la distribution. Le film a des qualités en particulier ses séquences musicales, qui en font un espèce d'immense clip vidéo. Mais la mise en place du drame, prend trop de temps et semble comfuse. Et on a parfois du mal à accrocher au premier tiers du film. 

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Mais la tension va augmenter que ce soit à travers des personnages douteux, ou à travers la romance entre Ida Lupino et Bruce Bennett, et trouver une conclusion dramatique. On ressort donc un peu surpris par ce film, qui finit par une réplique énigmatique : "Tu m'as dit que nous avions tous les pieds, dans la boue. Oui mais certains regardent les étoiles". On aurait ainsi tendance nous aussi, à se demander si la bouteille est à moitié pleine ou à moitié vide. Mais malgré tout, Ida Lupino donne au spectateur son lot d'émotion. Cela m'incite donc à ne pas trop mal juger ce "the man I love", qui devait obtenir un gros succès auprès du public féminin de l'époque. Un film qui a trouvé son public, c'est déjà un très bon point, pour une oeuvre qui sait être déchirante par moment et qui montre comme rarement au cinéma, cette espèce d'incommunicabilité qui existe entre les hommes et les femmes. Enfin, on notera qu'Ida Lupino qui voulait se mettre à la réalisation, ne cessa pas d'importuner Walsh, lui demandant des conseils de réalisation. Ainsi quand Ida Lupino, demanda à Walsh comment ce dernier faisait pour rester calme, il lui répondit : "je ne me laisse pas emmerder !".

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Ci-dessus : sur le plateau de "the man I love"

Extrait musical  de "the man I love" :

 

Disponible en DVD zone 2 dans la collection films criminels de la Warner sur le site de la Warner ou dans les magasins spécialisés.

 

Note : 6 / 10

09/03/2013

La rivière d'argent / Silver River - 1948

"La rivière d'argent" est le dernier des grands westerns de Flynn et son dernier film avec son réalisateur préféré, Raoul Walsh. On sait que le tempérament et la dureté de Michael Curtiz ne convenait pas à la personnalité de Flynn. Il devait en être tout autrement avec Walsh. Et Flynn et Walsh n'en étaient pas à leur premier coup d'essai dans le western. En effet, ils avaient déjà tourné ensemble "la charge fantastique", évocation très romancée mais magnifiquement réalisée de la vie du généra George Amstrongl Custer. "La rivière d'argent" bénéficie d'une belle distribution avec donc Errol Flynn, mais aussi Ann Sheridan, Thomas Mitchell (le père de Scarlett O'Hara dans "Autant en emporte le vent"), Bruce Bennett et Tom D'Andrea.

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Le fim décrit l'ascension et la chute d'un opportuniste, qui perdra son argent, son pouvoir et sa femme dans une folle guerre spéculative, mais qui retrouvera une forme de rédemption dans un ultime sursaut moral. Le film apporte son lot d'actions, et de rebondissements, mais bien évidemment c'est la magnifique présence de Flynn à l'écran qui amène l'approbation générale. Et on ne voit personne d'autres dans ce rôle d'opportuniste, près à tromper et à ruiner la terre entière, si à terme cela doit lui être profitable. Cette longue ascension sociétale parallèle à une longue descente morale, est assez fascinante. Et finalement ce costume d'anti-héros convient parfaitement à un Flynn au meilleur de sa forme. La réalisation de Walsh est bien évidemment parfaite mais ne prend réellement de l'ampleur que dans les scènes d'actions. Mais les scènes comme dans le saloon ou lors de la réception du président Grant sont également parfaitement filmées. C'est donc du bien bel ouvrage et un film qui porte des thèmes intéressants. Ce que l'Homme désire a t'il pour conséquence forcément son élévation morale ? Et ce que l'on obtient par des moyens inavouables, est ce que cela ne dénature pas l'objet désiré lui même ? Le film en donne une réponse et on sent bien que ce western veut nous faire comprendre que la rivière d'argent qui irrigue cette communauté, corrompt tout jusqu'à l'amour des femmes. Même si bien évidemment ici le propos n'est pas si explicite.

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Ci-dessus : Ann Sheridan et Errol Flynn dans "la rivière d'argent"

Pour la musique cette fois-ci Max Steiner ne s'est pas trop cassé la tête et a repris de nombreux thèmes déjà entendus dans "Virginia City" (1940) ou dans "les conquérants" (1939). "La rivière d'argent" est donc un spectacle intéressant autant par les thèmes abordés, que par la complexcité du personnage joué par Flynn, torturé par son envie de pouvoir mais aussi par une étrange conscience qu'il se refuse d'écouter, mais qu'il aime plus que tout. On pourra seulement reprocher parfois une certaine langueur du film, que la musique de Steiner, une fois n'est pas coutume, n'aide guère à oublier.

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Ci-dessus de gauche à droite : Thomas Mitchell, Tom D'Andrea, Bruce Bennett, et Errol Flynn

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La bande-annonce :

 

Le titre :

 

Note : 7 / 10

 

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Film disponible en DVD Zone 2.

21/11/2012

La voleuse / A stolen Life - 1946

Je voudrais vous parler aujourd'hui d'un autre film avec Bette Davis et pour le coup cette fois-ci assez fascinant.  Il s'agit de "la voleuse" connue aussi sous le titre "une vie volée" ou "A stolen life" pour le titre anglais. Ce film a été tourné par un réalisateur d'origine allemande Curtis Bernhardt. Je tiens à prévenir auparavant ceux qui n'auraient pas encore vu le film, mais exceptionnellement cette note révèlera des points important du scénario. Donc si vous n'avez pas vu le film et que vous souhaitez le voir, je vous déconseille de lire la suite.

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Pour revenir à l'origine allemande du réalisateur, elle se retrouve dans la réalisation plus particulièrement à la toute fin du film où Bette Davis court le long d'une falaise parsemée d'arbres donnant à l'image des allures de tableaux romantiques dans le style de Caspar Friedrich. On sait que Caspar Friedrich inspira de nombreux artistes dont Beckett pour la création de sa pièce "en attendant Godot". Mais si ce plan pourrait paraître un détail il n'en est pas moins le reflet final d'un symbolisme magistral de l'oeuvre dans son ensemble, et finalement on se rend compte que tout le film est parcouru et plus exactement innervé par un intellectualisme assez déroutant. En effet, on peut avoir deux visions du film. La première vision est une vision au premier niveau de compréhension. Ainsi, le scénario est assez simple : deux soeurs jumelles se disputent le même homme et finalement une des soeurs meurent et prend la place de l'autre. Classique ? Oui et non. Car si on étudie cette oeuvre à un autre niveau, on peut considérer que le film est une ode au symbolisme à plus d'un titre. En effet, pourquoi ne pas croire à une explication psychanalitique de ce film ? Je m'explique. Bette Davis, joue virtuellement dans le film 3 rôles : son propre rôle, celui de sa soeur jumelle, puis enfin dans le dernier tiers du film elle remplace sa soeur décédée. Comment ne peut on pas croire à une lutte entre les 2 personnages qui finalement ne sont que des représentations du "surmoi" et du "Ça" définis par Freud. Le "Ça" étant le siège de l'inné, des pulsions. On le retrouve lorsqu'en réfléchissant au pourquoi de certains de nos actes, on se dit « ça a été plus fort que moi » symbolisé dans le film par une soeur dirigée par sa pulsion irréfléchie. De son côté, le surmoi qui est le siège de l'acquis, c'est-à-dire des interdits, de la morale, des lois, qui est représenté dans le tempérament d'une autre. Là où le film rend le spectateur totalement fou c'est lorsque la tempête arrive sur nos deux soeurs sur le même bateau, et où l'une pousse l'autre à aller toujours plus loin et que finalement c'est notre représentante du "surmoi" qui s'en sort, mais elle doit donc porter la personnalité impulsive et destructrice de sa soeur le calme revenu ! Vous l'aurez compris, on est dans un film d'un intellectualisme rare et d'une profonde intelligence scénaristique comme rarement vu même à cette époque. C'est mon analyse de cette oeuvre. On peut en avoir bien évidemment d'autres et je ne prétends pas avoir tout compris.

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Mais d'autres scènes sont particulièrement savoureuses comme celles avec l'artiste peintre, adepte de la lutte des classes, mais incapable d'insuffler du désir à une femme dirigée totalement par sa morale. Pour l'époque cette scène est d'ailleurs très osée, car cela laissait entendre qu'il pouvait y avoir en 1946 aux USA des gens avec des idées communistes. Donc il ne faut pas se laisser berner par le début du film, assez sympathique avec le port de pêche et le phare en toile de fond. On est bien devant un chef d'oeuvre absolu et majeur du cinéma hollywoodien. En un mot du très très grand cinéma.

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Et pour le coup, oui merci Warner Bros d'avoir mis à disposition ce film pour la France via la collection "Trésors Warner".


NOTE : 8,5 / 10