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06/03/2015

L'Homme au complet blanc / The Man in the White Suit - 1951

Il y a des films intelligents et drôles, et incontestablement, "l'homme au complet blanc" d'Alexander Mackendrick, est de cette catégorie. Le film est porté par Alec Guinness, qui est ici utilisé dans un rôle de comédie. On a tendance à se souvenir de Guinness pour son inoubliable interprétation de colonel anglais collaborant avec les Japonais dans "le pont de la rivière Kwaï" (1957) et pour ses apparitions dans "Lawrence d'Arabie" (1962), "La chute de l'Empire romain" (1964), "le docteur Jivago" (1965), et évidemment "la guerre des étoiles" (1977). Pourtant Alec Guinness a eu auparavant un début de carrière très intéressant dans le cinéma anglais. Ainsi, il apparaissait déjà, dans deux grands films britanniques de David Lean : "Les Grandes espérances" (1946), et "Oliver Twist" (1948). Dans le registre des comédies anglaises, Guinness jouera donc dans "l'homme au complet blanc", mais aussi dans "de l'or en barre" (1951), et dans l'inoubliable "Tueurs de dames" (1955). "L'homme au complet blanc" nous raconte l'histoire d'un savant, non reconnu, espèce d'archétype du scientifique, devenu cas social. En effet, ce dernier travaille comme entretien dans une grande entreprise de textile, mais ce n'est qu'un paravent pour cacher, sa principale activité, qui est de travailler sur l'invention d'un textile qui ne peut se déchirer, ni s'user, ni même se salir.

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Après quelques première péripéties, notre savant fou, va découvrir la formule magique et rendre fou, la société qui l'entoure. Car avec un tel tissu, la production s'arrêterait très vite, ruinant l'industrie, et mettant les ouvriers au chômage. Le patronat, les syndicats, et la population vont donc se liguer, contre l'homme qui pensait être un bienfaiteur de l'humanité. Ce film aborde donc beaucoup de thèmes qui nous touchent encore aujourd'hui, que ce soit la résistance de l'Homme et de la société au changement, mais aussi la nécessaire critique du système capitaliste et même de ses syndicats, chacun y défendant sa place, même si elle doit aller à l'encontre du progrès. Mais le progrès est il lui même constitutif d'un mieux vivre pour l'Homme. Rien est moins sûr ! Le film fait donc réfléchir le spectateur, et si on sourit beaucoup, le film nous apporte aussi une forme d'introspection sur nous mêmes et sur ce que nous voulons comme monde futur. En quelques mots, un film pas si bête. On notera pour finir la belle présence de la jeune Joan Greenwood, qui était déjà apparu avec Alec Guinness deux ans plus tôt, dans "noblesse oblige".

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Ci-dessus : Alec Guinness

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Ci-dessus : Alec Guinness & Joan Greenwood

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Ci-dessus : Alec Guinness & Joan Greenwood

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Disponible en DVD et Bluray Zone B VF et VO sous-titrée au sein d'un coffret sobre de Studio Canal

Note : 7,5 / 10

15/03/2013

La chute de l'empire romain / The Fall of the Roman Empire - 1964

La qualité d'un film doit elle être mesurée à l'aune du nombre d'entrées en salle ? Que restera t'il du cinéma d'aujourd'hui dans 100 ans ? Ce sont bien les questions que l'on peut se poser quand on essaye d'analyser ce film, "la chute de l'empire romain". En effet, aujourd'hui on se rappelle de ce film surtout parce qu'il a inspiré lointainement le "Gladiator" de Ridley Scott. Mais si ici il est question du début du déclin de Rome, ce film eut également pour conséquence la fin de la société de production de Samuel Bronston comme le note le New-York Times dans son édition du 6 août 1965. Le film avait en effet coûté 18,5 millions de dollars, ce qui était une somme très importante pour l'époque et n'avait pas rapporté assez de bénéfices. Bronston devait donc finir de produire la même année, "le Plus Grand Cirque du monde" avec John Wayne, et abandonner les très grosses productions. Il ne produira que 3 films jusqu'en 1984, son dernier film étant "Fort Sagane".  Pourtant comme nous allons le voir, cet insuccès public de "la chute de l'empire romain" est largement immérité.

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Tout d'abord le film bénéficiait d'une pléiade de stars : Sophia Loren, Stephen Boyd, Alec Guinness, James Mason, Christopher Plummer, Mel Ferrer, Anthony Quayle et Omar Sharif. Sophia Loren avait joué Chimène 3 ans plus tôt dans "le Cid" également sous la direction d'Anthony Mann. Stephen Boyd c'est bien évidemment l'inoubliable Messala de "Ben-Hur"(1959) de William Wyller.  Alec Guinness c'est bien entendu le colonel anglais du "pont de la rivière Kwaï" ou Obiwan Kenobi dans l'épisode IV de "la guerre des étoiles". James Mason joue de son côté le rôle d'un savant et le rôle lui va parfaitement et correspond à son flegme anglais. Quant à Mel Ferrer il fait une composition à cent milles lieux de sa prestation dans "Scaramouche" et est presque méconnaissable. Enfin Anthony Mann était donc comme sur "le Cid" également présent aux commandes. A noter que "la chude de l'empire romain" a été tourné en Espagne dans la Sierra de Guadarrama au Nord de Madrid et que pour l'occasion on recréa le forum romain et l'ancienne Rome sur une superficie de 220 000 m2

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Ci-dessus : Sophia Loren et Stephen Boyd. Ils ne sont pas beaux ?

Mais on ne retrouve pas seulement des acteurs de péplums comme Stephen Boyd mais on retrouve aussi dans le film des scènes rappelant les plus grands péplums. Par exemple, on a comme dans "Ben-Hur" une course de chars. On a une reconstruction du forum romain, mais aussi un long combat dans les forêts enneigées de la Germanie comme dans ... "Gladiator". Alors évidemment en 1964, la violence n''était pas aussi réaliste que 10 ans plus tard. Mais néanmoins, le film est pour l'époque très bien réalisé. Et si mon intention n'est pas de vous raconter l'histoire du film, je vous dirai que ce film est baigné d'une profonde mélancolie qui ira à la fin jusqu'à une certaine folie, prémonitoire d'un avenir sombre pas seulement pour Rome peut être, mais pour un certain cinéma. Le public de l'époque ne l'a peut être pas compris. Mais il est difficile de ne pas voir dans ce monde romain qui s'écroule petit à petit imperceptiblement une annonce d'un changement de société d'une résonance étrangement actuelle. Et finalement la vie d'un Empire peut bien être comparé à la vie d'un Homme, avec donc un début, une élévation et une fin. Si Maximus dans "Gladiator" ouvrait une porte pour un autre monde et pour en réalité un autre cinéma, "la chute de l'empire romain" était le testament d'un cinéma d'aventure spectaculaire et familial qui jettaient ses derniers feux, avant un long hiver. Pour toutes ces raisons, j'ai une profonde tendresse pour ce film crépusculaire baigné des larmes de Sophia Loren. Récemment édité en Bluray (l'année dernière) il mérite donc tout votre intérêt.

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Ci-dessus : Anthony Mann sur le tournage de "la chute de l'empire romain"


La bande-annonce :


 

La musique de Dimitri Tiomkin :


 

Reportage sur Anthony Mann  par Jean-Claude Missiaen :



Note : 9 / 10

21/01/2013

Oliver Twist - 1948

"Oliver Twist" est un film de David Lean de 1948 tourné après "Les Grandes Espérances" (1946). Le film est magnifiquement filmé par Lean. En particulier le début où la mère enceinte d'Oliver Twist, est surprise par un orage. L'orage est là comme le symbole de la colère des hommes qui s'abat sur la pauvre femme, abandonnée par la société et trahie par des siens. Lean comme dans "les grandes espérances" donne une vie et même une signification à la nature et aux éléments naturels. Il en sera de même dans "le docteur Jivago" où une branche viendra frappé inlassablement le carreau de Youri, le jeune enfant qui venait d'enterrer sa mère. L'expressionisme romantique de Lean est magnifique. Dès le début, le film atteint les sommets de l'esthétique cinématographique. Et les plans ingénieux se multiplient tout le long du film, comme ce poing qui heurte pleine face la caméra et qui arrête une course poursuite qui ne semblait pas avoir de fin.

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Alec Guinness joue Fagin, le chef des enfants voleurs. Robert Newton dont aujourd'hui on se rappelle surtout la prestation dans Barbe Noire, joue formidablement bien le bandit Bill Sikes. On retrouve également Henri Stephenson qui a joué dans de nombreux film d'Errol Flynn comme Capitaine Blood (1935), la charge de la brigade légère (1936) ou encore dans "la Vie privée d'Élisabeth d'Angleterre" (1939). Mais au delà du jeu des acteurs, tous au top de leur forme, c'est bien la réalisation de Lean qui magnifie le spectacle.

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Ci-dessus : Robert Newton (conseil : noté le jeu de lumière sur les yeux)


Bref "Oliver Twist" est un chef-d'oeuvre d'adaptation littéraire à l'écran. Je ne saurais donc que vous conseiller d'acquérir l'édition Bluray qui est sortie récemment et de ne pas tenir compte de critiques de l'époque qui ont vu dans ce film, un film antisémite. En effet, pour certains Fagin aurait eu dans le film un maquillage "antisémite". De ce fait, le film ne put sortir aux USA qu'en 1951 avec une amputation de 11 minutes. Or le mot juif n'est jamais mentioné dans le film et aucune relation ne peut être fait avec ces deux mots. Or Lean met plutôt en avant, la vie misérable d'un orphelin à la recherche de parents et de bien être. Je pense donc qu'il serait absurde de se priver d'un tel chef-d'oeuvre et de faire un quelconque procès à un si grand réalisateur. Je vous invite donc plutôt à profiter des jeux de lumière, des plans introuvables, et en un mot du talent d'un David Lean au sommet de son art et qui possédait déjà une parfaite maîtrise de la chose cinématographique et pour ainsi dire un incroyable génie, dans la définition qu'en fait Schopenhauer : "Le talent est pareil à un archer qui touche une cible que les autres ne peuvent atteindre, le génie est pareil à celui qui en touche une que les autres ne sont pas même capables de voir".

 

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La bande-annonce :

 Disponible en Bluray Zone B. Images correctes


NOTE : 9 / 10

27/11/2012

Les grandes espérances / Great expectations - 1946

Dans le cadre de sa sortie récente en bluray, je vais vous parlais aujourd'hui du film "Grande espérances", sortie en 1946. Le film a été tourné par David Lean (le célèbre réalisateur de Lawrence d'Arabie), Il s'agit d'un film britannique qui fut distribué aux USA par Universal, et comportant donc un casting également britannique. Le film est tiré du plus célèbre (peut être) roman de Dickens. Dès le début du film on est tout de suite frappé par le talent de David Lean en tant que réalisateur. Le mystère est parfaitement rendu, on retrouve des dizaines de plans magnifiques et je n'aurais pas assez de place pour louer la réalisation et la photographie de l'ensemble de l'oeuvre.

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Bien entendu le but de cette critique ne sera pas de faire une étude complète du roman de Dickens. Mais qu'est ce que c'est bien écrit quand même ! Quelle intelligence scénaristique et à la réalisation. Ce qui est formidable dans "Grandes Espérances" c'est que le film contient différentes histoires qui finalement seront reliées les unes aux autres pour faire un tout. Un prisonnier échappé est nourri par un enfant qui le menace; une femme richissime mais recluse adopte une fille et fait venir chez elle, le jeune garçon qui a aidé le prisonnier. Quoi de commun à tout cela ? Rien à première vue. Mais les liens invisibles entre ces différents protagonistes vont se faire et se relever rapidement inaltérables sinon par la mort de l'un deux. A celà il faut ajouter les vies brisées, les destins maudits, l'appat du gain, la mort qui rode et on a un fabuleux instantané social de l'Angleterre au début du 19ème siècle. A cela il faut ajouter la formidable prestation de la jeune Jean Simmons et du jeune Anthony Wager. Tous les seconds rôles sont d'ailleurs excellents, comme par exemple Francis L Sullivan en avocat ou Finlay Currie en évadé. Finlay Currie est resté célèbre pour son rôle du père dans "Ivanhoé", ou de Balthasar dans "Ben-Hur". Mon principal reproche sera sur le choix de John Mills qui est censé jouer un personnage qui a entre 18 et 25 et qui en aura plus de 30 quand il tourne le film ! Cela décridibilise malheureusement quelque peu l'ensemble, même si on ne peut retirer un grand talent d'acteur à Mills.

Quoiqu'il en soit le film reste un spectacle de haute volée littéraire. A voir et à revoir.

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Ci-dessus, Finlay Currie et Anthony Wager

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Ci-dessus : Jean Simmons, Martita Hunt et Anthony Wager

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Ci-dessus : Alec Guinness et John Mills

 

En cadeau un extrait :

 

Disponible en Bluray zone B (sous titré français uniquement)


A noter enfin, que l'adaptation moderne du célèbre roman de Charles Dickens transposée à notre époque dans une version de 1998 avec Robert De Niro et Gwyneth Paltrow est tout à fait digne également d'intérêt. J'en parlerais peut être plus tard ...


NOTE : 8,5 / 10