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14/12/2012

Boulevard du Crépuscule / Sunset Boulevard - 1950

Dans le cadre de sa récente sortie Bluray, j'évoquerai ici "Boulevard du Crépuscule" écrit et réalisé par Billy Wilder. Le film évoque la vie recluse d'une ancienne star du muet à Hollywood (Gloria Swanson) et de sa rencontre avec un jeune scénariste (William Holden). Sur ce sujet relativement simple va se greffer toute l'horreur d'Hollywood, montré comme un milieu qui se sert des gens, les manipule et les rejette quand le succès est passé. L'écriture du scénario commença en 1948 et 3 personnes travaillèrent successivement sur le script ; Billy Wilder, Charles Brackett, D.M. Marshman Jr. Quand on sait, l'acharnement de Wilder à vouloir conserver un scénario cohérent on peut imaginer qu'il devait garder le dernier mot sur l'élaboration finale du dit scénario. Le script réservait d'ailleurs de terribles répliques comme : "Très bien, M. DeMille, je suis prête pour mon gros plan !" ou encore "Je suis grande ! C’est le cinéma qui est devenu petit." Ces répliques sont restées à jamais mythiques. Wilder d'abord scénariste à Hollywood rendit un script parfait avec dans la colonne de gauche toutes les indications de jeu et de tournage pour les comédiens.

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Le scénario en cours d'achèvement il fallut se mettre en quête d'une star du muet capable de prendre le rôle. Et après avoir interrogé succssivement Greta Garbo, Mae West, Mary Pickford, Pola Negri aucune ne faisait l'affaire ou refusait un film qui devait les faire passer pour des "has been". C'est alors George Cukor qui suggéra le nom de Gloria Swanson. On sait aujourd'hui que Gloria Swanson avait une vie très active à l'époque animant des émissions de radio et télévision. Mais l'enthousiasme entourant le film la décide à accepter le rôle. Pour le rôle du scénariste Joe Gillis, Wilder pensait d'abord à Montgomery Montgomery Clift, mais se décide finalement à choisir un jeune acteur dont la carrière est à ce moment là, au creu de la vague : William Holden. En effet en 1950, Holden était très loin d'être au top de sa carrière. Wilder devait se dire qu'ainsi, il serait encore meilleur dans son rôle de scénariste fauché à la recherche d'un job pour survivre.

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Ci-dessus : Erich Von Stronheim et William Holden

Pour le rôle du célèbre majordome ex réalisateur ruiné, on trouva Erich Von Stroheim qui était également dans la vraie vie, un ex-réalisateur ruiné par le cinéma et qui avait tourné le dernier film célèbre de Gloria Swanson : "Queen Kelly". "Queen Kelly" financé par John Kennedy le père de JFK (amant de Gloria Swanson à l'époque) devait se révéler un gouffre financier et clôturer la carrière de Stonheim comme réalisateur. Enfin pour le rôle de Betty Schaefer (la jeune scénariste inexpérimentée amoureuse d'Holden), Wilder choisit un visage nouveau en la personnde de Nancy Olson. Le casting est donc parfait, chaque acteur correspondant parfaitement à son rôle : une star du muet oubliée, un jeune acteur au creu de la vague, une nouvelle actrice, et un réalisateur maudit. Que pouvait il y avoir de mieux pour ce casting ?

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Ci-dessus Gloria Swanson dans "Boulevard du Crépuscule"

Mais ce n'est pas tout, Wilder devait s'entourer de toute une équipe qui allait faire de "Boulevard du Crépuscule" le chef-d'oeuvre que le monde reconnaît encore aujourd'hui. Tout d'abord il faut souligner l'admirable travail photographique de John F. Seitz, qui travailla sur le plan dans la piscine que l'on voit au début du film. L'objectif était de filmer William Holden mort dans la piscine par le dessous. Au départ il mit en place une petite boite transparente pour plonger la caméra dans l'eau, mais finalement la scène est réalisée en plaçant un miroir au fond de la piscine et en filmant de l'extérieur. Seitz se plaira à faire ajouter aussi de la poussière sur le mobilier de Norma pour accentuer l'aspect vieux et dépassé de l'ancienne Star. Mais bien entendu il faut ajouter le travail sur les costumes d'Edith Head. Ce travail a été considérée par cette dernière comme le plus difficile de sa carrière. Elle raconte ainsi : "Puisque Norma Desmond était une actrice qui s’était perdue dans sa propre imagination, j’ai essayé de donner l’impression qu’elle interprétait toujours un rôle ». La costumière révèle aussi s’être basée sur l’avis de Swanson qui « créait un passé qu’elle connaissait, moi pas". A tout celà il faut ajouter bien évidemement la mystérieuse musique de Franz Waxman qui mélange des thèmes issus du Tango pour le personnage de Norma et du Bebop pour Holden.

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Ci-dessous Gloria Swanson dans "Boulevard du Crépuscule"

Comme si tout cela ne suffisait, Wilder rajouta des scènes avec d'anciennes stars. Ainsi on retrouve pour une partie de bridge totalement hallucinante : Buster Keaton, Anna Q. Nilsson, H. B. Warner, et Gloria Swanson. H.B Warner avait joué le Christ dans "le Roi des Rois" (1927) de Cecil B. DeMille. Puis il y a quelques scènes sur le plateau de "Samson et Dalila" entre le réalisateur Cecil B. Demille et Gloria Swanson. On y voit également à ce moment là, Henry Wilcoxon. Tout cela donne au spectateur l'impression fascinante de réaliser le film avec Demlle. Mais il y a tellement de plans formidables qu'il m'est absolument impossible de tous les citer et de les décortiquer un par un. Mais j'en citerais tout de même quelques uns : l'arrivée au studio, l'enterrement du singe, le plan sous la piscine, la séance de cinéma à domicile où Norma apparaît comme un vampire ou tout au moins comme un être proprement surnaturel, à la toute puissance destructrice mais aussi à la sentimentalité exacerbée qui n'a en elle qu'un immense manque de reconnaissance et d'amour. Ce film est, sans aucun doute possible, le plus grand film noir jamais tourné sur Hollywood. Et pourtant il y en a eu des films sur Hollywood comme les 2 versions d'une étoile est née ou "What Price Hollywood" avec Constance Bennett, "Chantons sous la pluie" ou très récémment "The Artist". Mais jamais un film n'est allé aussi loin dans la noirceur que "Boulevard du Crépuscule". Une étude plan par plan, dépasserait largement le caractère limité de ce blog, mais c'est bien ce que mériterait ce film (comme l'a affirmé Hollywood Reporter au moment de la sortie du film). En effet, chaque plan étant une déclaration d'amour à un certain cinéma. Ce film parle aussi d'opportunisme, chaque personnage essayant de tirer parti de l'autre, et de manipuler son prochain pour des conséquences parfois désastreuses. Patrick Brion et d'autres ont aussi parlé de destin. Le personnage de Norma Desmond est bien l'étoile qui brûlera tout ce qu'elle touchera après avoir consumée sa propre vie. C'est bien pour cela que "Boulevard du Crépuscule" n'est pas seulement un chef-d'oeuvre, mais bien une de ces créations mythiques que seul le cinéma sait produire.

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En guise de conclusion je finirais en vous citant ces quelques mots de Louis B. Mayer à l'adresse de Wilder à la sortie d'une projection :"Espèce de salopard, comment as tu pu faire ça à la profession !! ?" Et Wilder de répondre : "Va te faire foutre !". Finalement c'est cela "Boulevard du Crépuscule", c'est un film qui s'accepte dans son ensemble pour ce qu'il est en tant qu'oeuvre d'art. Ce film n'est pas là pour plaire à une catégorie de producteurs ou à tout le public. Ce film est là, vivant, terrifiant, et tout à la fois sublime et il interroge sur le monstre créé par chacun d'entre nous et qui s'appelle Hollywood.

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Ci-dessus : Gloria Swanson et William Holden

Extraits et Bande-annonce :


 

 

Extraite de la musique de Franz Waxman :

 

A noter que le bluray US est Freezone et possède une VO sous-titrée ainsi qu'une très bonne VF d'époque, et une armada de Bonus expliquant le film ou présentant la vraie Gloria Swanson, William Holden etc.


NOTE : 9,5 / 10

10/12/2012

L'Arnaque / The Sting - 1973

"L'Arnaque" est un film de George Roy Hill de 1973 avec pour acteurs principaux : Paul newman, Robert Redford et Robert Shaw. C'est David S. Ward qui a eu l'idée de ce scénario alors qu'il écrivait le script de Steelyard Blues. Lorsque le réalisateur George Roy Hill a lu le scénario, il a aussitôt demandé à faire le film. Et c'est lui qui a offert à Paul Newman un rôle. Robert Redford aurait écrit une partie du scénario avec David S. Ward. De plus, je ne sais pas si cette information est exacte mais le nom du personnage de Robert Redford (Johnny Hooker) aurait été donné afin de rendre hommage au chanteur de blues John Lee Hooker. Les personnages de Henry Gondorf, J. J. Singleton, Kid Twist et Eddie Niles sont ceux de véritables escrocs américains du premier quart du XXe siècle. En effet, le film est fondé sur la vie des frères Charles et Fred Gondorf qui ont tenté une escroquerie similaire à celle montrée dans le film en 1914 mais qui, elle, a échoué. Quant à Robert Shaw, ce dernier se fit une entorse au genou en jouant au Hand Ball juste avant le début du tournage. Handicapé, le scénario dût s'adapter. Il incarna donc le gangster boiteux. 

 

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 "L'Arnaque" c'est d'abord bien évidemment le duo Redfort/Newman qui fonctionne à plein. Le film n'aurait évidemment pas pu être tourné sans la parfaite entente du duo. Mais c'est aussi la recréation parfaite de l'Amérique des années 20 avec ses combines, ses gangsters et ses meurtres. La seule morale étant l'argent. La perte d'argent signifie inévitablement la mort de celui qui l'a perdu. Mais le film n'est pas emmené sur un ton sérieux et se voit plus sur le ton de la comédie. C'est ce qui fait son côté sympathique ainsi que la manipulation des personnages et aussi du spectateur. En regardant ce film on se fait donc manipuler et pour une fois on est content de l'être, vu que c'est pour le plaisir du spectateur.

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Ci-dessus Robert Shaw dans "L'arnaque"

En dehors du duo Redford/Newman, on retiendra l'admirable prestation de Robert Shaw qui fait un chef du milieu détestable au possible. On a trop souvent dans le cinéma des méchants qui n'en sont pas. Là ce n'est pas le cas. Shaw est parfaitement dans son rôle. Enfin on ne peut conclure cette rapide présentation sans bien évidemment parler de l'inoubliable musique de Scott Joplin qui reste irrémédiablement attachée au film.

 

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Ci-dessus Paul Newman et Robert Redford

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Ci-dessus Robert Shaw, Robert Redford et Paul Newman

 

Extrait de la célèbre musique du film :

 

NOTE : 8,5 / 10

07/12/2012

Les 39 marches / The 39 Steps - 1935

"Les 39 marches" est un film d'Alfred Hitchcock qui peut être considéré un peu comme le mètre étalon de très nombreux autres films d'Hitchcock comme "Jeune et innocent", "Correspondant 17", "La cinquième Colonne" et à "La Mort aux trousses". Comme dans tous ces films on trouve un homme accusé à tort de meurtre qui bénéficie de l'aide volontaire ou non d'une jeune femme. Les interprètes principaux sont Robert Donat et Madeleine Carroll. Le film est tiré d'un roman de John Buchan et a été adapté par un scénario de Charles Bennett. Ce dernier signera une collaboration avec Hitchcock de 4 films : "L'Homme qui en savait trop", Les 39 Marches, "Agent secret", "Jeune et innocent" et "Correspondant 17".

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"Les 39 Marches" reste passionnant car c'est le genre de film dans lequel on ne sait pas ce qui va se passer à la scène suivante. Chaque scène amène le spectateur dans un univers différent. On passe de la salle de spectacle, à une chambre, une cuisine, un train, la lande écossaise etc. Bref les lieux sont nombreux. On sent bien qu'Hitchcock n'est pas encore au sommet de son art, mais que ce film porte en lui les premières fleurs qui donneront les merveilleux fruits de sa future carrière américaine. Ainsi la scène du train où Robert Donat s'accroche à une portière reste mythique. Enfin, l'idée géniale reste déjà en premier lieu dans le titre énigmatique. Que signifie t'il ? Et si la question est posée au début du film,

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il n'y aura de réponse qu'à la fin. Ce qui oblige le spectateur à vouloir connaître la fin. Car il y a bien autre chose derrière cette fausse accusation de meurtre comme vous pouvez vous en douter. Bref, on ne s'ennuie jamais. Les moments plus calmes sans action, sont comblés par les scènes de comédie entre le couple Donat/Carroll. On retrouve quelques scènes charmantes dans la chambre d'hotel, où Madeleine Carroll enlève ses bas trempés avec la main menotée de Robert Donat qui est obligée de suivre ses gestes. Le couple menoté est il le symbole du mariage pour Hitchcock ? Deux êtres qui vivent ensembles sans s'aimer, mais les menottes enlevées la femme reste quand même car l'un et l'autre ont un intérêt commun : l'amour ? ou plus sûrement connaître la vérité. Je ne sais pas ce que l'on doit en penser. Mais le discours politique de Donat rempi de tolérance et d'humanisme reste clairement un appel à l'arrêt de tous les extrèmistes des années 30. On a également la présence d'un train qui est l'élément symbolique peut être le plus utilisé par Hitchcock dans tous ses films. Le train symbolisme de la vie ou plus exactement du destin auquel on ne peut pas échapper et qui nous emmène d'un point à un autre. On a donc là un film, qui va plus loin qu'il veut bien le laisser croire et qui est bien le grand film d'un réalisateur mythique.

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Ci-dessus Madeleine Carroll, Robert Donat

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Ci-dessus Madeleine Carroll, Robert Donat et Alfred Hitchcock sur le plateau des 39 marches.

 

Je finirais en laissant la parole à d'autres critiques :

« Maître des sensations fortes et du suspense, de l'humour incongru et de l'horreur à froid, Hitchcock se sert de sa caméra, comme un peintre de son pinceau, stylisant son histoire et lui apportant des nuances que le scénariste aurait difficilement pu soupçonner… », New York Times, 1935.
« À son aise, sûr de séduire, Hitchcock multiplie les beautés. Il est détendu. À la plénitude de la matière correspondent tout naturellement la plénitude du scénario et la plénitude de la mise en scène… », Claude Chabrol et Éric Rohmer, Éditions universitaires, 1957.
« Le héros est un homme, pas un "Christ", et cet homme ne connaît que la femme qui le sauvera. Chez Hitchcock, ce sont toujours les femmes qui sauvent… », Noël Simsolo, Hitchcock, cinéma d'aujourd'hui, 1969.
« Les 39 Marches marque son époque d'une manière indélébile. En simplicité, économie et technique cinématographique pure, il dépasse même Le Faucon maltais de John Huston. Ce film comporte déjà, et c'est assez surprenant, tous les thèmes que le réalisateur développera et perfectionnera par la suite… », Donald Spoto, L'Art d'Alfred Hitchcock, Edilig, 1976.
« Tout est réussi dans le film. Le couple Donat/ Carroll est l'un des plus efficaces de la saga hitchcockienne, la poursuite échevelée à souhait, et le rocambolesque tient ici sa vraie place dans la stylistique de l'œuvre: une des premières… », Marc Cerisuelo, Dictionnaire des films, Larousse, 1990.

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Film disponible depuis le 04 décembre en Bluray : Très bonne qualité d'image pour un film de 1935. (VF pas d'époque semble t'il mais très acceptable).

 

NOTE : 7 / 10

25/11/2012

Le suspect / The Suspect - 1944

"Le suspect" est un film de Robert Siodmak avec Charles Laughton et Ella Raines. On retrouve dans les seconds rôles, le très mystérieux Henry Daniell. Ce dernier, habitué à jouer des rôles de méchants ou de traîtres, ne déroge pas non plus ici à la règle.

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Ce film qui pourrait passer pour un film policier classique (un mari tuant sa femme), n'en est pourtant pas un. En effet, généralement, l'assassin s'en prenant à sa propre femme est détesté par le public. Ici on prend fait et cause pour l'assassin (Charles Laughton). On n'approuve pas son geste mais on le comprend et on tremble avec lui. De plus, les inspecteurs de Police apparaissent comme des êtres grossiers, fourbes, et usant de ruses, presque malhonnêtes. A ce titre Stanley Ridges est prodigieux dans son rôle d'inspecteur. Enfin, on voit tous les travers (voir la perversion) de la bonne société britannique du début du 20ème siècle. Car finalement c'est une espèce de morale victorienne poussée à l'extrème qui va quasiment obliger le mari à tuer sa femme. Laughton est d'ailleurs toujours montré quasiment avec bienveillance, portant un important sens moral mais non perverti comme ceux qui l'agressent, et ses méfaits (même si ils sont prémédités) ne sont que la réponse à une atroce agression, un chantage etc. En un mot, ce film surprend donc par son scénario inversé, où les bons sont les méchants. Et inversement l'assassin est présenté comme presque le bienfaiteur d'une société vérolée. La fin est d'ailleurs assez incroyable à ce titre. On retrouve donc un bon film en costume qui n'atteint pas les sommets du film noir ou de l'oeuvre d'Hitchcock, mais qui malgré tout interroge le spectateur sur le rapport au Mal et sur ce qu'un homme peut accepter des autres sans réagir et finalement ce de qui transforme un honnête homme en assassin. Donc un film assez fascinant et très intelligent, surtout qu'en plus, on retrouve la belle Ella Raines. Je reprocherai uniquement une interprétation peut être trop caricaturale de la femme de Laughton. Pour le reste ce film est une très bonne pioche d'Universal (avec une belle musique de Frank Skinner).

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Ci-dessus Ella Raines :

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Ci-dessus Ella Raines sur le plateau du "Suspect" avec Robert Siodmiak :

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Ci-dessus Ella Raines en train d'enfiler un costume pour une scène du "Suspect"

 

Film disponible en DVD Zone 2 (collection Universal) - Dispo chez Gibert Joseph pour les personnes de Région parisienne.


NOTE : 7 / 10

04/11/2012

Two O'Clock Courage - 1945

J'ai vu hier soir "Two O'Clock Courage". C'est petit film noir d'Anthony Mann de 66 minutes réalisé pour la RKO. Malgré sa durée assez courte, le film est très intéressant. Et on peut se demander si Anthony Mann a fait des petits films vu la qualité brute de celui-ci. La durée assez courte du métrage fait que l'on s'ennuie pas une seconde. La première scène plante tout de suite le décor, un homme blessé, est presque renversé par un taxi. Qui est cet homme ? Qu'a t'il fait pour être blessé ? Quel est son histoire ? Bien entendu, le film ne répond à aucune de ces questions au début, car l'homme est devenu totalement amnésique suite à son choc à la tête. Le film noir a donc son sujet initié en quelques minutes. Tout l'intérêt pour le spectateur est que celui ne sait rien et ne sait pas ce qui l'attend la scène suivante. Tout le film va donc tourner autour de la résolution de l'énigme initiale. Bon alors, il est vrai que le film date de 1945, donc il ne faut pas s'attendre à voir du "Jason Bourne like". Néanmoins ce métrage possède des qualités cinématographiques qui retiennent l'attention comme évidemment une mise en scène sérieuse et des acteurs de premiers plans comme Anne Rutherford (restée célèbre pour avoir été la soeur de Scarlett O'Hara dans "Autant en emporte le vent") ou encore Jane Greer que l'on a pu voir dans "le prisonnier de Zenda" ou dans "la griffe du passé" avec Mitchum. J'aime beaucoup également la performance de Tom Conway qui a un accent très "upper class" à la George Sanders (les connaisseurs comprendront).

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On a donc là un film assez sympathique marqué par des jeux de mots et de l'humour, par exemple autour du mot anglais "steps". C'est assez rare de voir cet aspect comédie dans un film noir pour le signaler. "Two O'Clock Courage" préfigure ce qu'Anthony Mann fera plus tard en terme de films noirs plus sérieux comme par exemple "Desperate" en 1947. "Two O'Clock Courage" est parfois presque trop bavard, mais on ne peut réellement lui reprocher, le divertissement, l'intrigue, les acteurs, et la réalisation étant au rendez-vous. Très recommandable.

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Ci-dessus Tom Conway

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Ci-dessus Ann Rutherford et Jane Greer

 

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Ci-dessus Ann Rutherford et Tom Conway

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Film disponible en DVD Zone 2. Qualité d'image assez bonne même en videoprojection.


NOTE : 7 / 10

30/10/2012

Key Largo - 1948

"Key Largo" tourné par John Huston raconte l'histoire d'un soldat démobilisé, Frank (Humphrey Bogart) qui vient présenter ses condoléances à la famille d'un de ses camarades de guerre, tué au combat. Il rencontre donc sa soeur (Lauren Bacall) et son père (Lionel Barrymore). Ce dernier a un hotel qui se révèle être occupé par des gangsters menés par Edward G. Robinson. Le scénario posé le huis-clos va se révéler total et l'affrontement titanesque entre un Bogart rusé comme un renard et un Edward G. Robinson au mieux de sa forme.

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Comme dans "Johnny Roi des gangsters", l'organisation criminelle n'est pas là non plus florissante.  Robinson (Johnny Rocco) et sa bande doivent se faire passer pour des touristes, et fuient la police. Les références de Robinson aux temps passés sont constantes. Ainsi, il explique qu'il avait l'habitude de faire valser les politiciens selon ses désirs. Mais ces temps sont révolus. Il n'est qu'un paria en fuite. C'est d'ailleurs à Key Largo, qui est un peu le bout de l'Amérique et la route vers une futur sortie, qu'il se décide à aller. D'ailleurs tout le long du film l'idée de partir sur un yacht revient sans cesse. De son côté Bogart, représente le bien, l'honnête soldat qui a défendu le monde contre le nazisme pendant que les Rocco restaient au pays faire des affaires louches et profiter du système. La famille prise en otage, l'affrontement ne va pas être tant physique que psychologique. Et le soldat va trouver en face de Rocco un adversaire aussi coriace que les soldats qu'il a combattu.

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Ci-dessus Humphrey Bogart et Edward G. Robinson :

Alors bien entendu, certains pourront trouver ce film, trop simpliste ou trop binaire. Mais il y a réellement quelque chose de magique dans ce film. Il y a l'affrontement de 2 monstres sacrés Bogart et Robinson qui ont fait tant et tant de films de gangsters et qui reprennent une nouvelle fois le costume, avec en plus Laurent Bacall et Lionel Barrymore. Et si il fallait encore en ajouter il faut savoir que Claire Trevor qui joue la compagne de Robinson dans le film recevra un oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation.

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Ci-dessus Bacall et Bogart sur le tournage de Key Largo :

Enfin je ne peux finir cette note sans dire quelques mots sur la musique de Max Steiner qui est tout simplement magistrale. J'ai bien peur de me répéter. Mais se rendra t'on compte un jour de l'apport de Max Steiner au cinéma hollywoodien ? Il faut juste savoir que cet homme a composé la musique symphonique de quelques 300 films !! Les hommes passent mais la beauté laissée par eux restera pour l'éternité. Ainsi, "Key Largo" restera à jamais comme un de ces phares lumineux qui indiquent le chemin dans la plus dure des tempêtes et dans la plus noire des nuits. Je vous recommande donc très fortement de voir ce film. J'ai du le voir 5 fois ! La qualité d'image sur les différentes éditions est tout à fait correcte, même si on préférerait le voir en Bluray encore restauré évidemment.


Extrait de la musique de Key Largo :


 

Note : 9 / 10

27/10/2012

L'inconnu du Nord Express / Strangers on a Train - 1951

L'inconnu du Nord Express est un film d'Alfred Hitchcock de 1951. Le film est triré d'un roman de Patricia Highsmith. Le film aborde la théorie du meurtre parfait qui n'est bien entendu qu'un mythe. Hitchcock commença à tourner avant que le scénario ne soit finalisé. En effet des dissensions se firent jour à la construction du scénario, et finalement 3 scénaristes (Raymond Chandler, Czenzi Ormonde, Whitfield Cook) se penchèrent  dessus. A l'affiche on retrouve Farley Granger, Robert Walker, et Ruth Roman. Robert Walker est extraordinaire dans le rôle du psychopathe, pourri par sa mère et détesté par son propre père.

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Le film est extraordinairement bien filmé. La première scène commence avec des chaussures filmées. On comprend très vite que les pieds de ces 2 personnages se dirigent vers la gare et surtout vers le même train. Hitchcock a très souvent utilisé les trains dans ses films. Ainsi, les trains jouent un rôle important dans "une femme disparaît" ou dans "la mort aux trousses". Anthony Man, se servira également du train dans son film "le grand attentat". Peut être le train est une méthaphore de la vie. Peut être y a t'il aussi une analogie entre le train et le film noir. La vie comme le train, c'est bien quelque chose de fermé et dont on ne peut sortir et qui nous emmène quelque part. La scène de la rencontre est également parfaite parce qu'elle montre tout de suite le rapport pervers qui se met en place entre Bruno Anthony (Robert Walker) et Guy (Farley Granger). En effet, il lui suffit de dire qu'il est bien un joueur de tennis célèbre et son interlocuteur sait tout sur lui et lui raconte sa vie ! Dès le départ en quelques secondes, le rapport à l'autre devient totalement déséquilibré. Et l'un montre sa supériorité à l'autre, la seule force de Farley Granger restant son honnêteté. Il est d'ailleurs paradoxal que le sportif paraisse faible et le fan plus fort psychologiquement et physiquement. Il y a quelque chose d'étonnant qui pose question et doit forcément intéresser le spectateur et ce dès le début du film. Les rapports entre le psychopathe et sa mère sont d'ailleurs particulièrement savoureux. A noter que la propre fille d'Hitchcock, Patricia joue dans le film.

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Ci-dessus : Farley Granger et Robert Walker

Ce qui fait que ce film est un chef d'oeuvre c'est que chaque scène est parfaitement réussit. La scène la plus faible aurait pu être celle du match de tennis. Mais le suspense avec l'action sur le court et en dehors et les sous-entendus que tout cela implique font de ce passage du film encore un passage d'anthologie. Pourtant on sait aujourd'hui que c'est bien cette scène du match de tennis qui a posé le plus de problèmes à Hitchcock au montage. Il reste à parler du final qui est prodigieux et qui se passe sur un manège. Le montage initial a été changé par Hitchcock qui rajouta et supprima des scènes. Enfin la scène finale (où on voyait Ruth Roman au téléphone) ne convenant pas du tout à Jack Warner, Hitchcock la changea et la remplaça par une scène en forme de clin d'oeil au spectateur. La musique de Dimitri Tiomkin comprend de nombreux thèmes intéressants. Néanmoins je la trouve parfois un peu invasive. Elle est par contre parfaite sur les scènes d'actions et dès que le rythme s'accélère.

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Vous l'aurez donc compris. Je ne saurais donc que vous conseillez très fortement "l'inconnu du Nord Express" dans sa version restaurée Bluray, sortie aux USA mais possédant une version française de nombreux bonus sous titrés en français et étant compatible avec nos lecteurs zone B.

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Ci-dessus : Robert Walker et Ruth Roman

La réplique du film :

-Tu as abandonné ton petit projet de faire sauter la maison blanche ?

-Bien sûr maman, sinon où irait habiter le président ?



Note : 9 / 10

26/10/2012

La seconde Madame Carroll / The Two Mrs Carrolls - 1947

La seconde Madame Carrolls est un film de Peter Godfrey de 1947. Il montre la folie d'un artiste peintre qui ne peut peindre que quand il empoisonne sa femme à petits feux (au verre de lait empoisonné). Sa première femme décède alors ainsi. On a du mal à le croire d'ailleurs. Finalement, il se remarie, car à chaque fois il a une nouvelle femme en vue, qui lui fait abandonner la précédente. Le film peut être vu comme un peu lent à certains endroits. Mais, il fait penser à certains films d'Hitchcock. La réception par la critique ne fut pas très bonne. Pourtant il a plusieurs qualités. Déjà, il a un très bon casting. En effet, on retrouve Humphrey Bogart, Barbara stanwyck et Alexis Smith. Barbara stanwyck c'est bien entendu la star des années 30 et 40 dont l'étoile ne palit pas. Alexis Smith est connue de son côté, pour avoir été la partenaire d'Errol Flynn dans de nombreux films comme "Gentleman Jim", "San Antonio" ou encore "Montana". De plus, la musique de Franz Waxman est une pure merveille symphonique qui fait monter la tension du spectateur à son paroxysme. Ainsi la scène de la découverte de son tableau par la seconde madame Carrolls est terriffiante presque uniquement par la musique.

 

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A noter les 2 affiches avec un titre français différent et avec un "s" ou non sur Carrolls.

La scène où Bogart veut forcer la porte de la chambre de sa femme, est accompagnée d'une musique qui augmente la terreur et l'angoisse du spectateur à son paroxysme. La musique composée par Waxman arrive à porter les thèmes de l'angoisse, de la peur, mais aussi du désespoir d'une femme blessée physiquement mais aussi au coeur, et qui voit son mari tel qu'il est, c'est à dire fou. Le film finira d'ailleurs par une blague de Bogart. On peut se demander si ce n'était pas une initiative des scénaristes pour détendre le spectateur avant sa sortie du cinéma ? Pour ma part, je pense donc que ce film a été très sous-estimé au moment de sa sortie et mérite bien mieux que les critiques fades dont il a été l'objet. Film disponible dans la collection "Trésor Warner".

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Ci-dessus Bogart et Barbara Stanwyck :

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Ci-dessus : Alexis Smith

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Ci-dessus : Alexis Smith  (Photo glamour mais non tirée du film)

 

 Extrait de la somptueuse musique de Franz Waxman :

 

Note : 7 / 10

16/10/2012

Johnny Roi des gangsters / Johnny Eager - 1942

"Johnny Roi des gangsters" est un film de Mervyn LeRoy. Mervyn LeRoy et Robert Taylor avaient précédemment travaillé ensembles en 1940 dans la Valse dans l'ombre. Les films de gangsters ont été un des grands sujets du cinéma hollywoodien. Dans ce film, on est loin des standards du genre des années 30 avec Humphrey Bogart, James Gagney ou encore Edward G Robinson. En effet ces films étaient surtout assez violents pour l'époque et montraient des personnalités avides de pouvoir et d'argent. Ici on a toujours cette avidité pour l'argent, mais l'organisation criminelle a été vaincue, Johnny doit faire amende honorable et prouver sa bonne foi avec un juge qui suit son évolution et son retour dans la société. Il a d'ailleurs un travail à mi temps de chauffeur de Taxi. On est loin d'un gangster tout puissant comme on l'a vu dans les années 30.

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L'autre spécifité du film qui lui donne un cachet tout particulier c'est que son ami et homme de main, n'a rien de la brute épaisse normalement dédiée à cette tâche. Van Heflin qui joue le rôle de son garde du corps et ami, est ivre la plupart du temps, ne se soucie aucunement des affaires criminielles de Johnny sinon pour les dénigrer et est cultivé au plus haut point. L'antithèse parfaite du gangster ou de l'homme de main.

ci-dessous Van Heflin

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Mais encore plus que tout le reste ce qui démarque cette oeuvre du film de gangsters classiques c'est l'incroyable sensualité de Lana Turner. Elle dégage un tel magnétisme dans ce film qu'elle illumine à elle toute seule, un scénario très sombre, changeant le film de catégorie et le faisant littéralement passer dans celui de la romance. Lana Turner est réellement prodigieuse car son rôle est tout à la fois un mélange d'innocence, de beauté, de fidélité à son homme, avec pour conséquence une espèce de folie pendant la moitié du film. Enfin on sent son attirance à l'écran pour Robert Taylor. Cette magie entre deux êtres est assez passionnante à voir même 70 ans après.

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"Johnny roi des gangsters" est donc une transition entre les films de gangsters purs et durs et un cinéma hollywoodien qui va basculer vers le glamour, mais également dans le film noir. La fin du film préfigure d'ailleurs bien les films noirs à venir. Taylor sera ainsi obligé de mettre littéralement K.O Lana Turner pour que le film prenne un autre chemin que celui de la romance. C'est à ce type de scène que l'on sait que Lana Turner et Robert Taylor étaient bien des Dieux du cinéma hollywoodien.

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Photos :

 

Film disponible chez Wildside zone 2 (vo/vf)

 

Note : 7,5 / 10

10/10/2012

Le grand attentat / The Tall Target - 1951

Le grand attentat est un film de 1951 d'Anthony Mann. Ce dernier est aujourd'hui surtout connu pour ses films à grands spectacles produits au début des années 60 comme "le Cid" ou "la chute de l'empire romain", ses Westerns ou encore "Quo Vadis". Ici cela n'a rien à voir. On est devant un film noir, un thriller au style hitchkockien assumé. En effet, le scénario débute en 1861 Lincoln vient d'être élu président des USA et il doit faire son discours d'investiture. Un inspecteur de police (Dick Powell) qui était chargé de la garde du président pendant sa campagne électorale, est persuadé que c'est lors de ce discours initialement prévu à Baltimore que l'on va attenter à la vie du président. Sa hiérarchie ne le croyant pas, son rapport n'ayant pas eu de suite, il va décider de démissionner de partir tout seul en mission et d'aller à la recherche des assassins du président. Pour cela il doit prendre un train pour se rendre à Baltimore.

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Toute le film va donc tourner autour de ce voyage en train. Ce qui marque le plus dans ce film c'est la quasi absence continue de musique. Le titre ne comporte d'ailleurs aucune musique, sinon le bruit des trains à vapeur et des essieux. C'est très perturbant pour le spectateur. Un malaise s'installe d'entrée. Ce malaise continue avec la mission que s'attribue Powell en contradiction avec sa hiérarchie. Puis dans le train, l'homme qui avait sa place disparaît. La référence à Hitchcock et à une "femme disparaît" est alors patent. Le huis clos nocturne et ferroviaire va s'accentuer tout le long du film. On se prend à chercher des indices à suspecter chaque passager comme notre inspecteur. Et par conséquent, chaque scène est une surprise. Sur quoi va t'il encore tomber, peut on se demander à chaque scène. C'est le seul côté un peu ludique du film qui reste oppressant, noir et glacé et qui se limite à l'espace étroit d'un train et des gares parcourant le chemin qui mène à Baltimore. Le spectateur est donc malmené comme vont l'être les acteurs du film. La toute fin du film synonyme de vérité et de libération finale permettra à chacun de comprendre le secret de "The Tall Target". Et comme la lumière, la musique, et la vérité apparaîtront toutes en même temps.

 

Ci-dessous : Adophe Menjou et Dick Powell

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On retrouve dans les seconds rôles Adolphe Menjou, qui est ici colonel. Acteur qui a commencé sa carrière dans le muet, on retrouvera ce dernier dans un rôle également de militaire dans le formidable film de Kubrick : "les sentiers de la gloire". Paula Raymond et Marshall Thompson complètent le casting.

 

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"Le grand attentat" est donc un très bon film qui met nos nerfs à rudes épreuves par le suspens et l'ambiance lourde et claustrophobe qu'il entretient. Il reste donc un spectacle intéressant, symbole d'une esthétique du film noir aujourd'hui totalement disparu.

 

Film disponible exclusivement à la Fnac dans la collection trésors Warner.


Note : 7 / 10

25/08/2012

Cornered - Pris au piège 1945

Ce film est présent dans une collection Zone 1 DVD nommée Film Noir. Le film noir répond généralement toujours à la même structure. Le héros ou anti-héros, coule des jours heureux et il est pris dans une sale histoire dont il ne peut se dépêtrer. Et là ce qui est formidable dans "Cornered" c'est que finalement, le héros (Dick Powell) porte en lui une vengeance. Sa femme a été tuée pendant la guerre, car elle a été donnée aux nazis par un collabo. Son mari veut donc retrouver l'homme responsable de la mort de sa femme. On est donc tout au long du film dans un rapport inversé au film noir. C'est bien lui le personnage principal qui crée le chaos autour de lui et non pas les cirsconstances qui se jouent de lui. Il est donc le moteur de ses propres difficultés et donc de l'intrigue.

 

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Le deuxième point particulièrement intéressant de "Cornered" est l'évolution des personnages. On ne sait pas bien qui est qui, qui fait quoi. Les amis, sont il des amis ? Les ennemis sont ils des ennemis ? Le scénario est torturé à souhaits afin que le spectateur se perde dans des suppositions pour mieux se retrouver à la fin. On est bien entendu pas au niveau de la complexité d'une intrigue comme celle du "Grand Sommeil", mais cela reste d'un bon niveau, avec pas mal de fausses pistes et de rebondissements, pour qu'à la fin les masques finissent par tomber.

 

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Enfin le point qui m'a le plus marqué, dans ce film est la pureté des intentions du héros. Rien ne le détourne de sa quête. Il y a un côté très chevaleresque dans le personnage. Il rencontre des femmes, l'amour, une femme lui offre ses charmes ... rien n'y fait. Il répond d'ailleurs par une des meilleurs répliques du film :"Cela ne serait pas assez fort, pas assez long et en plus il faudrait que vous ayez un coeur !". C'est quand même terrible comme réplique pour 1945.

 

Un autre internaute a comparé Dick Powell a Bruce Willis. Il y a de ça. Même si je déteste comparer les acteurs d'aujourd'hui avec ceux d'hier.

 

Bref, je vous conseille fortement ce film d'Edward Dmytryk qui n'atteint pas les sommets du genre, mais qui est tout à fait recommandable.



NOTE : 7,5 / 10