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28/03/2015

L'équipée sauvage / The wild one - 1953

"L'équipée sauvage" produit par Columbia Pictures, et tourné en noir & blanc, par László Benedek, est encore aujourd'hui terriblement provocateur. En effet, malgré la surenchère de violence et de sexe que nous propose très souvent le cinéma d'aujourd'hui, "l'équipée sauvage" reste encore un film violent, érotique, malsain à la résonance très moderne. Le scénario nous montre deux bandes de motards, qui envahissent une petite ville américaine. Ces derniers vont perturber la vie tranquille de cette bourgade isolée. Et finalement, plus rien ne sera comme avant pour personne. Le scénario s'inspire d'un fait réel, où en 1947, la petite ville d'Hollister, avait été envahie par 4000 motards hors la loi. Le casting regroupe Marlon Brando, qui interprète le chef du premier groupe, Lee Marvin chef du deuxième groupe de motards, et la jolie Mary Murphy, qui va subir la drague lourde de Marlon Brando pendant tout le film. Autant le dire tout de suite, le film est porté par la présence continue de Marlon Brando, qui vampirise le film et attire sur lui la caméra. Brando a une présence inquiétante, brutale, et le plus souvent silencieuse. Il n'interrompt d'ailleurs ses silences que par des phrases courtes, des bagarres, des sorties, ou le vrombissement de sa moto. Brando est comme le reflet de cette menace silencieuse, pour cette société américaine bien rangée. Lee Marvin joue son rôle de façon inverse. Il est sale bruyant et finalement assez peu dangereux. Mary Murphy, est la jeune américaine moyenne qui s'ennuie à mourir et qui est prête à tout, pour quitter cette ville qu'elle maudit. Le film est prodigieux dans sa photographie, lors de la scène où Brando fait faire un tour à Mary Murphy sur sa moto. Là, les ombres, le vent, les saules pleureurs qui défilent à toute vitesse, semblent suspendre le temps, et emmener le spectateur vers un autre monde. On peut également citer la musique intrusive de Leith Stevens ou ce titre où on voit approcher ce groupe de motards, qui apparaît tout de suite, comme une menace, pour le spectateur, dont le regard est posé comme la caméra au ras du sol. Le film est aussi devenu culte, car la légende raconte que le nom du groupe de rock "The Beatles" viendrait d'une réplique de Lee Marvin qui évoque les "Beetles", comme nom de l'ancien groupe de motards.

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Mais c'est surtout par son impact dans la culture populaire que le film est resté célèbre. En effet, les scénaristes, John Paxton et Ben Maddow, qui ce sont inspirés d'une histoire de Frank Rooney ont bien compris que l'alcool, la musique, la moto seraient le nouveau espace de liberté de la jeunesse future. Le film a fait également sensation à l'époque, où le comité de censure a exigé qu'on en supprime 20 minutes, pour accepter que le film sorte. Il a été d'ailleurs interdit pendant de longues années dans plusieurs pays. "L'équipée sauvage" est une espèce de parabole d'une partie de l'Amérique des années 50, malheureuse de sa morale puritaine Pourtant une partie de la société était pleine d'espoir suite à la fin de la deuxième guerre mondiale. L'introversion inquiétante du personnage de Brando qu'il libère dans l'alcool, la moto, les femmes, et une rébellion contre toute forme d'autorité, n'est pas limitée à son seul personnage. Ainsi, le personnage féminin joué par Mary Murphy semble vaincu, par sa bonne morale, son travail et la société. Brando et Mary Murphy semble l'un et l'autre liés, pour le pire et le meilleur, par cette phrase de Sartre : "L'enfer c'est les autres !" Même le shérif faible et débordé, ne joue plus son rôle. Tout l'intérêt du film est de nous montrer les masques des personnages tomber les uns après les autres. "L'équipée sauvage" est donc sans aucun doute, un film majeur de l'année 1953, mais aussi de l'histoire du cinéma, qui préfigure les grands changements sociétaux des années 60, constitutifs de nos sociétés actuelles adulescentes. Indispensable.

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Ci-dessus : Mary Murphy & Marlon Brando

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Ci-dessus : Mary Murphy, Robert Keith & Marlon Brando

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Ci-dessus : la bande au complet

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Ci-dessus : Sans doute la photo la plus célèbre de Marlon Brando

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Ci-dessus : Mary Murphy (photo publicitaire)

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Ci-dessus : Mary Murphy & Marlon Brando

Disponible en VF et VO sous-titrée dans une édition Bluray italien, sur Amazon ou en DVD zone 2 en France.

Note : 8,5 / 10

23/03/2015

Tous en scène / The Band Wagon - 1953

Il y a des films incontournables et qui font partie intégrante de l'histoire du cinéma hollywoodien. Ainsi, "Tous en scène" est un de ses films. Car, "Tous en scène" est un des plus grands films de la MGM, mais aussi une des plus grandes comédies musicales. En effet, et si son scénario est classique, avec cette histoire de troupes qui montent un spectacle, ses numéros musicaux sont d'exception. Le film est bien aidé par le compositeur Arthur Schwartz, le réalisateur Vincente Minnelli, et par le producteur de la MGM, spécialisé dans les comédies musicales, Arthur Freed. Dans "tous en scène", le Technicolor est flamboyant, les couleurs explosent littéralement sur l'écran. Ainsi, c'est un plaisir infini pour les yeux dans la plupart des scènes, les décors ont également cette classe absolue, si caractéristique de la MGM du début des années 50. Le casting est très bon, avec un Fred Astaire vieillissant, mais toujours excellent danseur, Cyd Charisse dans son premier grand rôle de comédie, Oscar Levant que l'on a vu dans "un américain à Paris" (1951). La distribution est complétée par Jack Buchanan, Nanette Fabray, et James Mitchell. "Tous en scène" multiplie les scènes de danse dans des lieux publics, avec une dans une gare, une autre sur un boulevard de New-York, ou encore une autre à Central Park. La vie semble devoir se confondre avec l'univers de la comédie musicale, en faisant une réalité à l'écran, le monde devenant une scène, comme nous le verrons plus tard. Et lorsqu'on sait qu'au moment du tournage, le réalisateur Vincente Minnelli était en train de divorcer de sa femme, Judy Garland, ou que la femme de Fred Astaire était en train de mourir d'un cancer. On est surpris de voir que rien de tout cela, ne transparaît pas une seule seconde.

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Mais "tous en scène", n'est pas seulement une comédie musicale, comme la MGM, savait en faire comme personne à l'époque à Hollywood. C'est aussi, un formidable manifeste publicitaire, pour la MGM et pour le cinéma américain tout entier, de ce début des années 50. Ainsi, le numéro, "That's entertainment !" (ça c'est du spectacle !), nous dit que le monde du cinéma, et du théâtre, ne peuvent vivre sans des histoires qui passionneront le public. Le conseil est très avisé, et Hollywood ferait bien de s'en inspirer plus souvent aujourd'hui. Cette chanson, "That's entertainment !" deviendra en quelque sorte, l'hymne de la MGM et fait revenir tous ceux qui l'entendent à cette jeunesse bénie et innocente du cinéma américain, où les couleurs explosait sur l'écran, où le cowboy partait avec sa belle au soleil couchant, et où le divertissement du public, était le seul credo de l'époque. Ce n'est donc pas un hasard, si en 1974, la MGM revisitant l'histoire de ses comédies musicales, reprend en titre de ses documentaire, et comme musique d'accompagnement, "That's entertainment !". Oui c'était du spectacle, et sans aucun doute, le plus beau spectacle, créé par les Dieux d'Hollywood pour distraire ses fidèles spectateurs. La devise de la MGM était "Ars Gratia Artis"  (l'art pour l'amour de l'art). J'ajouterai, "Quis Superabit", ou en français, qui fera mieux ?

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Extrait :

 

That's entertainment ! :

Disponible dans une belle édition Bluray, en VF (anecdocitque) et surtout VO sous-titrée français, avec de nombreux bonus, dont un reportage de 37 minutes expliquant le tournage du film.

Note : 9 / 10

22/03/2015

Le rodeur / The Prowler - 1951

"Le rodeur est le type même de films que l'on a sous-estimé pendant des années, n'ayant pas bénéficié d'une exposition suffisante. Pourtant il a tout pour plaire, un scénario pervers et tortueux, un personnage nocif et attirant, une photographie tout à fait honorable, et une réalisation parfaite, mais surtout des acteurs principaux (Van Heflin & Evelyn Keyes) au sommet de leur talent. La génèse du "rodeur", commence avec l'échec de "We Were Strangers", en 1949. En effet,  les producteurs Sam Spiegel et John Huston cherchent donc un scénario qui fera gagner de l'argent à leur compagnie indépendante, Horizon Films. Ils avaient acquis les droits d'une histoire de Robert Thoeren et d’Hans Wilhelm, nommée The Cost of living". A partir de là, Spiegel, confia l'écriture du scénario à Dalton Trumbo, sympathisant communiste, qui refusait de collaborer avec la commission Mc Carthy du congrès au moment de la chasse aux sorcières et de la constitution des listes noires. Trumbo avait été condamné et devait partir en prison. Il avait donc besoin d'argent pour sa famille avant de se rendre en prison. Malheureusement Spiegel avait une réputation d'être un voleur, de mal payer, voir ne pas payer du tout. Mais les gens travaillaient pour lui, car ils savaient que si il ne payait pas cette fois-ci, il les paierait la prochaine fois. Ceci dit, on raconte, que Trumbo, menaça Spiegel en voiture de son revolver, pour que ce dernier le paye l'écriture du scénario qu'il avait accompli. En dehors des talents douteux de Spiegel, pour économiser de l'argent, on peut noter la photographie correcte d'Arthur C Miller, dont ce sera malheureusement le dernier film. Mais si le scénario de Trumbo, semble être une constante provocation au comité de censure de l'époque, il touche son but et passionne. Et lorsqu'on regarde "le rodeur", on pense à "Assurance sur la mort" (1944) ou "au facteur sonne toujours de fois" (1946) de Tay Garnett avec Lana Turner et John Garfield.

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Mais l'autre grande qualité du "rodeur" ce sont ses acteurs. Ainsi, on peut citer, les deux têtes d'affiches, en la personne de Van Heflin et Evelyn Keyes. Van Heflin c'est un immense acteur, avec une énorme carrière, malheureusement oublié aujourd'hui et totalement sous-estimé. Pourtant on se rappelle de lui, déjà dans "La piste de Santa Fe" (1940), avec Errol Flynn, où il jouait un extrémiste abolitionniste. Puis, dans "Johnny, roi des gangsters" (1942), il était l'ami ivrogne du gangster Robert Taylor. En 1948, il était un touchant Portos, dans "les trois mousquetaires" avec Gene Kelly, et en 1949 il était encore parfait dans le pur chef-d'oeuvre Minnelli, "Madame Bovary". En 1970, il devait finir une carrière parsemée de chef-d'oeuvres, avec "Airport" et nous quitter en 1971 d'une crise cardiaque, qui devait l'emporter après 17 jours de coma. Evelyn Keyes, c'est évidemment la soeur de Scarlett O"hara dans "Autant en emporte le vent" (1939). C'est aussi une belle carrière, qui est malheureusement écrasée par ce petit rôle dans "autant en emporte le vent". Et les gens  ne souviennent d'elle, généralement que pour ce rôle. Elle le déplorait de son vivant. Et on peut dire qu'elle avait bien raison. Car Evelyn Keyes, est extraordinaire dans "le rodeur", où elle interprète une femme mariée, esseulée, et malheureuse. C'est peut être son plus grand rôle. Pour ma part, j'aimerais bien que Sidonis ou un autre éditeur, nous déniche une belle version, de "l'Affaire de la 99ème rue" (1953), qui a de très bonnes critiques. Vous l'aurez compris, "le rodeur" est quant à lui un très bon film, porté par ses acteurs, son scénario, sa réalisation et bénéficiant d'une photographie tout à fait intéressante. C'est donc un film à redécouvrir de toute urgence, ne serait-ce que pour le talent de ses interprètes principaux.

 

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Ci-dessus : Evelyn Keyes & Van Heflin

Film disponible en DVD zone 2 chez Wild Side en VO sous-titrée dans un superbe coffret comprenant un livre de 80 pages, expliquant le tournage.

Note : 8 / 10

21/03/2015

Meurtre à bord / Dangerous Crossing - 1953

On pourrait penser à ne pas bien y regarder, que "Meurtre à bord" est un petit film noir de série B, ayant pour vedette des habituels seconds rôles comme Jeanne Crain ou Michael Rennie. Mais il n'en est rien. En effet, "Meurtre à bord" ou dans son titre américain, "Dangerous crossing", cumule énormément de qualité. Evidemment, on peut parler de vraie qualité d'actrice de Jeanne Crain, qui joue à merveille, le rôle de cette femme perdue sur un paquebot et qui cherche désespérément son mari qui l'a abandonnée sur ce bateau. Est-il descendu au moment du départ ? Pourquoi personne ne veut admettre avoir vu son mari ? Le scénario est particulièrement bien ficelé est rappelle d'autres films, beaucoup plus récents, comme "Flight Plan" (2005) avec Jodie Foster ou le plus récent, "Non-Stop" (2014) avec Liam Neeson. Alors, évidemment, ici avec "Meurtre à bord", nous ne sommes pas devant un film d'action, mais devant un film noir des années 50. Le mystère reste pourtant entier, jusqu'aux ultimes minutes. Mais, le film n'a pas seulement un bon casting avec Jeanne Crain et Michael Rennie en vedettes. Il faut tout de suite noter la formidable direction artistique, avec l'intelligente réutilisation des magnifiques décors de deux autres grandes productions de la Twentieth Century Fox tournées la même année : "les hommes préfèrent les blondes" & "Titanic". Les intérieurs du bateau sont donc somptueux et particulièrement travaillés. L'ambiance est glauque à souhait avec cette terrible corne de brume qui ajoute un soupçon de terreur à la belle musique de Lionel Newman. Mais, on ne peut parler de ce film, sans évoquer également, la photographie remarquable de Joseph LaShelle. J'espère que les quelques images qui illustrent cette note, donnent grâce à son travail. Lorsqu'on sait en plus que ce film, a été tourné en seulement 90 jours pour un budget de 500 000 $, on a peine à imaginer que le résultat soit un film d'une telle qualité artistique. Du très beau cinéma ! Et un must pour les amateurs de films noirs.

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Ci-dessus : Jeanne Crain

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Ci-dessus : Jeanne Crain & Michael Rennie

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Ci-dessus : Jeanne Crain

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Ci-dessus : Jeanne Crain & Michael Rennie

Bande-annonce :

Disponible en DVD Zone 1 (pas free-zone), en VO sous-titrée français

Note : 8 / 10

20/03/2015

Arènes sanglantes / Blood and Sand - 1941

"Arènes sanglantes" est un film en Technicolor, de Rouben Mamoulian  avec Tyrone Power, Linda Darnell et Rita Hayworth, dans les rôles principaux. Il est tiré d'un roman de Vicente Blasco-Ibanez publié en 1908, et c'est également un remake d’un mélodrame avec Rudolph Valentino sorti en 1922. Ce film a marqué profondément ma famille, car mon père s'en est inspiré pour peindre un tableau de torero. De plus les origines espagnoles d'une partie de ma famille, se réveillent un peu, devant un film qui célèbre du début à la fin la culture espagnole. On peut tout de suite dire, que l'on a déjà vu le trio Tyrone Power, Linda Darnell, Rouben Mamoulian. En effet, le trio avait déjà tourné, "le signe de zorro", l'année précédente. Ici, on a donc droit à un récit qui tourne autour de la vie d'un jeune torero, joué par Tyrone Power. Le récit commence dès son enfance misérable, et on voit l'enfant rêver devant une affiche de son père. Rouben Mamoulian arrive en quelques images à nous transporter de la chambre de l'enfant à un café, où les chants, les jeux, et les rires éclairent l'image. On peut noter en passant le superbe travail de Mamoulian et des deux directeurs de la photographie : Ernest Palmer, et Ray Rennahan. Rouben Mamoulian raconte à ce sujet : "Je me suis inspiré de la peinture espagnole, et en particulier de Sorolla, du Greco et de Velasquez, pour réaliser Arènes sanglantes. Ainsi, pour obtenir l’effet désiré alors que je filmais un crucifix, je le fis recouvrir de spray bleu, gris et vert. Afin que le fond restât dans l’ombre, j’utilisais également un spray qui eut pour effet d’obscurcir les zones que des raisons techniques nous obligeaient à maintenir éclairées."

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De cette histoire, où se mêle amour et tauromachie, le réalisateur arrive à tirer un film splendide, qui fait la part belle à la fière culture espagnole, mais qui sait dénoncer l'horreur de la corrida et du traitement que l'on réserve aux animaux, comme aux hommes. Ce film qui nous parle de la grandeur et de la misère du torero, nous parle aussi de nous. Car chaque être humain, s'élève pour ensuite retomber, parfois comme ici à cause d'une femme. On reste donc réellement ébloui devant ces couleurs magnifiques, cette recherche constante et ininterrompue de la perfection, mais aussi de tons colorés tellement parfaits, dans leurs agencements qui ravissent l'oeil. On est donc pas surpris d'apprendre qu'Ernest Palmer devait rafler l'Oscar de la meilleur photographie pour ce film. Mais la musique d'Alfred Newman, n'est pas non plus en reste, et s'inspire de nombreux thèmes espagnols, pour nous donner au final, un film d'une très grande qualité, que l'on oublie pas et qu'on veut revoir. Car lorsqu'on regarde un tel film, plus d'une fois, on a envie de se lever et de crier à plein poumon : Viva Espana !

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Ci-dessus : Tyrone Power

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Ci-dessus : Linda Darnell

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Ci-dessus : Rita Hayworth & Tyrone Power

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Ci-dessus : Rita Hayworth

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Ci-dessus : Linda Darnell

Disponible en Bluray sur Amazon.es (Espagne) avec une VF et VO sous-titrée anglais, autour de 9,50 €

Note : 8,5 / 10

15/03/2015

L'impitoyable / The Ruthless -1948

"L'impitoyable" est un beau film noir, tourné en indépendant par  Eagle Lion Films, et tiré de l'oubli par Sidonis. Bertrand Tavernier note dans les bonus, que le film était très peu visible, et souvent dans des copies très abîmées. Le sujet de 'l'impitoyable" n'est pas réellement celui d'un film noir, mais plus celui d'un drame. Car en réalité, il n'y a pas de femmes fatales, mais un seul homme fatal, l'anti-héros du film, Horace Vending joué par Zachary Scott. Le réalisateur Edgar George Ulmer n'est pas un des plus fameux du cinéma hollywoodien de cette époque. En effet, il a participé à de nombreuses séries B voir C, avec des décors qui bougent quand on tape sur les murs. Mais lorsqu'on lui a donnait un budget conséquent comme ici dans "l'impitoyable", il s'en tire plutôt bien. Le casting en plus de Zachary Scott, comprend Louis Hayward, Diana Lynn, Sydney Greenstreet, Lucille Bremer, et Martha Vickers. Louis Hayward on se rappelle de lui, pour sa prestation hallucinée dans "house by the river" (1950) de Fritz Lang. On remarque aussi la très belle Diana Lynn qui porte de merveilleuses toilettes et interprète ici deux rôles. On se demande bien pourquoi elle n'a jamais pu dépasser le statut de vedette. Peut être sa beauté, ne mettait pas en avant son caractère d'actrice. Elle devait arrêter en 1960 sa carrière d'actrice pour se consacrer à sa famille, et à une carrière sur le petit écran. Elle devait disparaître prématurément à l'âge de 45 ans, d'un accident cérébral massif. Donc avec elle, Martha Vickers et Lucille Bremer, on a un beau casting féminin. On peut dire aussi quelques mots sur Martha Vickers, qui avait commencé sa carrière comme modèle et cover-girl, on se rappelle d'elle aujourd'hui pour son interprétation dans "le grand sommeil" (1946) de Howard Hawks. Et pour finir sur le casting, il faut citer évidemment le grand Sidney Greenstreet, que l'on a vu dans de très nombreux films de la Warner Bros : "Casablanca" (1942), "Passage to Marseille" (1944), "les conspirateurs" (1944) ou encore "Intrigues en Orient" (1943).

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"L'impitoyable" nous raconte donc la montée au sommet d'un arriviste, dont le seul but est de posséder ce qu'il ne possède pas, et de détruire ou de laisser ce qu'il possède enfin. Sa vie n'est donc qu'une succession de réussites et d'abandons. Son immense réussite matérielle, sera une des causes de l'échec de sa vie personnelle. La dernière réplique sera d'ailleurs la plus marquante : "ce n'était pas un homme, c'était une façon de vivre !" Comme quoi sa carrière passera avant tout chose, et avant les autres. On peut regretter la complexité inutile de certains passages. Mais sinon, c'est du tout bon. Et l'on reste assez surpris et décontenancé devant cette négation de la vie du personnage principal. Le film nous explique un peu d'où vient cette attitude. Tout cela vient de l'enfance du héros, et d'un père absent, et d'une mère qui n'aime pas son fils et qui l'abandonne. Cela construit alors chez lui une incapacité à aimer les autres, et une volonté d'avoir, tout ce qu'on lui a refusé dans l'enfance. Sidonis nous donne là un très beau film, où la difficulté du sujet, n'est qu'apparente.

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Ci-dessus : Louis Hayward, Diana Lynn, et Zachary Scott

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Ci-dessus : Diana Lynn et Zachary Scott

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Ci-dessus : Sidney Greenstreet & Zachary Scott

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Ci-dessus : Sidney Greenstreet & Lucille Bremer

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Ci-desus : Diana Lynn

Disponible en DVD Zone 2 chez Sidonis en VO sous-titrée

Note : 7,5 / 10

14/03/2015

La femme au gardénia / The Blue gardenia - 1953

On est d'accord, "la femme au gardénia" n'est pas le sommet cinématographique de la carrière de Fritz Lang. Néanmoins, le film a quelques qualités qui retiennent l'attention. On peut tout d'abord noter, que le film est bourré de bonnes idées. Ainsi, faire cohabiter en collocations ces demoiselles standardistes, c'est plutôt intéressant et sympathique de pénétrer l'intimité de cette joyeuse bande de filles. De plus, le film a un très bon casting avec une Anne Baxter très inspirée, qui tient le film quasiment à elle seule. Mais on peut également citer Raymond Burr détestable à souhait, Ann Sothern en leader de la chambrée, ou la belle interprétation de Richard Conte en flic amoureux, et enfin George Reeves (dans le rôle du capitaine Sam Haynes). George Reeves était le fameux interprète de la série Superman dans les années 50, et qui suites à des problèmes personnels, se suicidera en 1959. Le film est très classique, et n'a pas beaucoup de surprise, sinon un twist scénaristique final plutôt bienvenu. "La femme au gardénia" est donc une oeuvre tout à fait respectable dans la filmographie de Lang, mais qui n'atteint jamais le niveau de ses autres films noirs. On notera enfin une belle interprétation de la chanson "blue Gardenia" par l'inoubliable Nat King Cole.

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Ci-dessus : Anne Baxter & Raymond Burr

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Ci-dessus : Anne Baxter & Richard Conte

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Ci-dessus : Anne Baxter

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Ci-dessus : Anne Baxter & Richard Conte

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Ci-dessus : Richard Conte, Anne Baxter Ann Sothern & George Reeves (l'homme au chapeau)

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Ci-dessus : Anne Baxter

La chanson "Blue Gardenia" par Nat King Cole

Disponible en DVD zone 2 en VO sous-titrée

Note : 6,5 / 10

13/03/2015

Au fil de l'eau / House by the River - 1950

Il me semble assez difficile de parler de "House by the river", film en noir & blanc de Fritz Lang, sans parler des théories freudienne ou jungienne qui accompagne immanquablement le récit. Mais auparavant parlons, un peu du film dans la carrière de Lang. Il s'inscrit évidemment dans sa période américaine d'après guerre. On sait que Lang avait quitté l'Allemagne nazie après son entrevue avec Goebbels et s'était décidé à rejoindre la France, où il avait tourné "Liliom" (1934), avec Charles Boyer. Ensuite, comme les producteurs français rechignait à faire travailler un réalisateur allemand, il se décida à partir en Amérique. Sa carrière américaine est diversifiée et il a déjà tourné quelques films noirs, dès 1944, période de naissance ou renaissance du film noir, le film noir n'étant pour une bonne partie, que la continuité du film de gangsters des années 30. On peut donc citer dans la filmographie de Lang, "la femme au portrait" (1944), "la rue rouge" (1945) et "le secret derrière la porte" (1948). "House by the river" est quant à lui, un film étrange à plus d'un titre. Il est d'abord étrange par son intellectualité et ses références aux théories psychologiques évoquées plus haut. Ainsi, le film commence par un moment de distraction de l'anti-héros de l'histoire (joué par Louis Hayward), qui voit un petit scarabée sur une feuille de papier sur lequel il écrit son roman. Ce moment particulièrement anodin pour qui ne connaît pas la théorie de Jung sur la synchronicité, prend ici tout son sens. Ainsi, on se rappelle de cette phrase nominale de Jung : "Le voilà, votre scarabée", lorsqu'il dit à sa patiente en lui tendant un insecte apparu alors qu'elle racontait son rêve d'un scarabée d'or. Mais chez Lang, le scarabée n'est pas d'or, mais noir, comme un mauvais présage ou un signe macabre du destin. Lang va alors pousser l'anti-héros dans le cauchemar, en lui faisant tuer sa bonne par accident, par une espèce de pulsion sexuelle. Lang se joue aussi du fleuve, qui charie les déchets de la société humaine, cadavres d'animaux etc. Le fleuve représente donc autant le temps qui passe, que les fautes cachées au fond de l'âme. N'est il donc pas ici l'inconscient que tout être humain ne peut voir, ou sa propre conscience que tout assassin rejette. Tout ce scénario sexuellement morbide, est évidemment magnifié par la réalisation de Lang, et la qualité de la photographie exceptionnelle d'Edward Cronjager. "House by the river" est donc un excellent film noir, qui aurait malgré tout pu avoir un meilleur casting, en particulier dans le rôle joué par Jane Wyatt, qui ne m'a pas semblé ici totalement convaincante.

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Ci-dessus : Louis Hayward & Jane Wyatt

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Ci-dessus : Jane Wyatt & Lee Bowman

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Disponible en DVD zone 2 (en VO sous-titrée)

Note : 8 / 10

12/03/2015

La route du tabac / Tobacco Road - 1941

J'ai été particulièrement surpris lors de la vision de "la route du tabac". En effet, ce film en noir & blanc de John Ford est très particulier. Je pourrais faire comme toutes les critiques et le rapprocher des "raisins de la colère" du même Ford, tourné l'année précédente. Et c'est vrai qu'il s'en rapproche par ses aspects dramatiques, et sa description d'une misère campagnarde profonde. Mais dans "les raisins de la colère" (1940), la critique était avant tout social, et acerbe contre le système capitaliste. Dans "la route du tabac", il n'y a pas réellement de critique du système en place en Amérique. On est plus dans une critique de toutes les misères : misère du grand âge, mais aussi misère financière, sociale, et intellectuelle. Par ailleurs, Ford mélange avec génie, le drame, la comédie, et le rire, pour donner à son film, un ton vraiment particulier. Et c'est un ton , rarement vu dans le cinéma hollywoodien de cette époque. Le rôle principal est tenu par Charley Grapewin (le grand père épuisé), et on aperçoit de temps en temps Gene Tierney qui joue avec délice la sauvageonne, mais aussi Dana Andrews, et War Bond. Marjorie Rambeau semble quant à elle, s'être beaucoup amusé à jouer le rôle d'une vieille fille intégriste, mais décidée à se marier avec un garçon attardé de 20 ans son cadet !

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L'idée de la pièce est de nous montrer ce que sont devenus les descendants des grandes plantations qui longeaient la fameuse route du tabac. Le film est une adaptation fidèle de Nunnally Johnson d'une pièce jouée plus de 4000 fois à Broadway, elle-même tirée d'un roman d'Erskine Caldwell. Le génie de Ford est de mettre une courte introduction, dans le style "d'autant en emporte le vent" (1939), avec une caméra plantée, sur cette route du Tabac, filmant une grande demeure en ruine, et les feuilles mortes sur la route, balayées par le vent de l'histoire. On a l'impression que Ford a voulu faire un anti "autant en emporte le vent" ou s'être amusé comme un enfant à l'idée de raconter une suite totalement "underground" et décalée, avec des descendants devenus des personnages douteux. Aujourd'hui on rit beaucoup, on est ému, devant cette histoire de miséreux. Et on se surprend à être touché par le charme d'une Gene Tierney sale, couchée dans la paille et dans la boue, mendiant War Bond pour un sac de légumes, mais toujours magnifiquement belle.  "La route du tabac" est donc un film admirable de Ford, qui doit être redécouvert en urgence pour ceux qui ne l'ont pas vu. Son final est en plus extrêmement touchant, comme rarement vu au cinéma. Un chef-d'oeuvre sur la vie des miséreux du Sud profond. Certains pourront peut être, simplement lui reprocher cet humour systématique, et potache, dont Ford aime jouer en maître, et qui pourra parfois lasser les plus intellectuels d'entre nous.

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Ci-dessus : Gene Tierney

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Ci-dessus : War Bond, Charley Grapewin et Gene Tierney

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Ci-dessus : Charley Grapewin et Gene Tierney

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Ci-dessus : War Bond & Charley Grapewin

Disponible en DVD Zone 2 en VO sous-titrée sur Amazon ou FNAC.

Note : 9 / 10

07/03/2015

Films d'aujourd'hui ou cinéma d'hier

J'ai souvent été marqué par la faiblesse artistique du cinéma actuel. Il n'y a que très rarement ce travail sur l'image, qui était la marque des grands réalisateurs classiques. Ainsi, le réalisateur s'efforce le plus souvent de coller à une réalité qui ne laisse que peu de place à l'émotion. Ce réalisme est pour Dudley Nichols (scénariste de films de John Ford), "une des raisons de la mort du cinéma à Hollywood, cette obsession du réalisme, cette obstination à montrer les choses telles que les perçoivent l'homme de la rue ou même un mouton". Le Technicolor était déjà à lui seul, une superbe machine à rêves, permettant à l'esprit du spectateur de se transporter ailleurs. Le film noir, était aussi une transposition dans un monde, qui n'avait rien de réel, mais où le noir & blanc était souvent magnifique. Aujourd'hui, cette obsession du réalisme, va très souvent de pair avec des scénarios plats, des personnages peu travaillés, ou les effets spéciaux servent souvent à cacher, l'insondable nullité de l'ensemble scénaristique ou des personnages. Ainsi, devant "Fury" on se surprend à se rappeler un épisode d'un jeu vidéo du style de "Call of Duty", plutôt qu'un grand film de guerre. En 2015, on fait donc bien peu de cinéma, mais beaucoup de films. Les très grands de la profession, comme Bertrand Tavernier, ne s'y trompe pas, et sente bien qu'il y a quelque chose de pourrie au royaume de l'image de synthèse. Ainsi, ce dernier racontait en 2014, à propos des Césars : "Il y a en Europe des gens qui mériteraient d'avoir des César d'honneur. Il y a des gens qui ont du talent, il y avait des metteurs en scène italiens qui mériteraient plus que Scarlett Johansson... Un César d'honneur à 29 ans ! Je veux bien qu'on le donne à des gens comme Charles Vanel, mais là...  A ce moment-là, on peut en donner un à une actrice de 21 ans l’année prochaine !" Et sa critique ne s'arrête pas là : "En ce qui concerne les musiciens, les décorateurs, je pense que les gens votent n'importent comment. Il y a eu des prix déments. Et ça a été dit par des personnes qui les ont reçu ! Je me souviens de la personne qui a reçu le César des meilleurs décors pour Au revoir les enfants, et qui avait dit : Je n'ai rien fait pour le décor !” La mort du cinéma est un thème récurrent, quasiment inhérente à l'existence du cinéma. Déjà à la fin des années 20, l'arrivée du parlant, était pour certains, la mort assurée du cinéma, puis la couleur devait également le tuer. Jusque là, il a toujours perduré. Mais force de constater que depuis 45 ans, la production cinématographique s'est affaiblie artistiquement et continue de décennie en décennie, de s'affaiblir, tout en rapportant toujours plus d'argent. Alors bien sûr, il y a encore des chef-d'oeuvres, mais ils sont moins nombreux que par le passé, et très souvent, cache avec peine, la médiocrité de la plus grande partie de la production actuelle. Quelques uns s'efforcent encore de faire de temps en temps du cinéma et pas seulement des films. Ainsi, "The Artist" (2011), c'était vraiment du cinéma. Les critiques en furent tellement surprises, que le film arriva à rafler la plus grande partie des prix cinématographiques de l'année. En attendant, en 2015, on va encore trop souvent au cinéma, voir des films qui n'ont pas grand chose à voir avec le cinéma. Alors, le cinéphile, se retourne encore et toujours vers les grands oeuvres du passé, où l'émotion, la conviction, et le travail de l'artiste réalisateur n'était pas caché par le sexe, la violence ou des techniques cinématographiques qui n'apportent rien à l'histoire. Films d'aujourd'hui ou cinéma d'hier ... Faites votre choix.

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06/03/2015

L'Homme au complet blanc / The Man in the White Suit - 1951

Il y a des films intelligents et drôles, et incontestablement, "l'homme au complet blanc" d'Alexander Mackendrick, est de cette catégorie. Le film est porté par Alec Guinness, qui est ici utilisé dans un rôle de comédie. On a tendance à se souvenir de Guinness pour son inoubliable interprétation de colonel anglais collaborant avec les Japonais dans "le pont de la rivière Kwaï" (1957) et pour ses apparitions dans "Lawrence d'Arabie" (1962), "La chute de l'Empire romain" (1964), "le docteur Jivago" (1965), et évidemment "la guerre des étoiles" (1977). Pourtant Alec Guinness a eu auparavant un début de carrière très intéressant dans le cinéma anglais. Ainsi, il apparaissait déjà, dans deux grands films britanniques de David Lean : "Les Grandes espérances" (1946), et "Oliver Twist" (1948). Dans le registre des comédies anglaises, Guinness jouera donc dans "l'homme au complet blanc", mais aussi dans "de l'or en barre" (1951), et dans l'inoubliable "Tueurs de dames" (1955). "L'homme au complet blanc" nous raconte l'histoire d'un savant, non reconnu, espèce d'archétype du scientifique, devenu cas social. En effet, ce dernier travaille comme entretien dans une grande entreprise de textile, mais ce n'est qu'un paravent pour cacher, sa principale activité, qui est de travailler sur l'invention d'un textile qui ne peut se déchirer, ni s'user, ni même se salir.

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Après quelques première péripéties, notre savant fou, va découvrir la formule magique et rendre fou, la société qui l'entoure. Car avec un tel tissu, la production s'arrêterait très vite, ruinant l'industrie, et mettant les ouvriers au chômage. Le patronat, les syndicats, et la population vont donc se liguer, contre l'homme qui pensait être un bienfaiteur de l'humanité. Ce film aborde donc beaucoup de thèmes qui nous touchent encore aujourd'hui, que ce soit la résistance de l'Homme et de la société au changement, mais aussi la nécessaire critique du système capitaliste et même de ses syndicats, chacun y défendant sa place, même si elle doit aller à l'encontre du progrès. Mais le progrès est il lui même constitutif d'un mieux vivre pour l'Homme. Rien est moins sûr ! Le film fait donc réfléchir le spectateur, et si on sourit beaucoup, le film nous apporte aussi une forme d'introspection sur nous mêmes et sur ce que nous voulons comme monde futur. En quelques mots, un film pas si bête. On notera pour finir la belle présence de la jeune Joan Greenwood, qui était déjà apparu avec Alec Guinness deux ans plus tôt, dans "noblesse oblige".

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Ci-dessus : Alec Guinness

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Ci-dessus : Alec Guinness & Joan Greenwood

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Ci-dessus : Alec Guinness & Joan Greenwood

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Disponible en DVD et Bluray Zone B VF et VO sous-titrée au sein d'un coffret sobre de Studio Canal

Note : 7,5 / 10

04/03/2015

La bagarre de Santa Fe / Santa Fe - 1951

"La bagarre de Santa Fe", fait parti de ses westerns produit par Harry J Brown pour la Columbia, et ayant pour vedette Randolph Scott.  Le film en Technicolor a pour scénario, le retour de 4 frères de la guerre de sécession, et la volonté pour un (Randolph Scott) d'échapper à son sanglant passé en construisant au grand essor ferroviaire qui marque la fin de la guerre de sécession. Mais tous prendront ils la même décision ? Voilà, le thème de "la bagarre de Santa Fe", qui nous représente la lutte de l'Homme avec sa conscience, la nature sauvage et ses concurrents. A n'en pas douter, un autre réalisateur, qu'Irving Pichel et un scénario mieux construit nous auraient donné un très grand film. Ses thèmes ne sont malheureusement que survolés. Et c'est avec un regard indulgent que le spectateur devra regarder ce western. En effet, la réalisation de Pichel passe souvent de l'excellent au médiocre. Ainsi, pour un bon plan, une belle photographie, on tombera sur un figurant maladroit qui gâche une scène, ou sur 4 fils qui barrent l'image et qui font penser à tout, sauf à des fils télégraphiques, laissant entrevoir un travail malheureusement parfois un peu bâclé. On peut également noter que la possible romance entre le héros et Janis Carter n'est absolument pas développée. Mais les défauts de l'ensemble ne gâche pas notre plaisir de la vision de cette jolie série B, qui a plus de qualités que de défauts. On notera que c'est encore un film où le chemin de fer, est le personnage principal. On se rappelle du "cheval de fer" (1927) de John Ford ou de "dangereuse mission" avec Stephen McNally (1950). On peut aussi citer le célèbre"Western Union" (1941) de Fritz Lang, avec également un certain Randolph Scott ou "Pacific Express" (1939) de Cecil B DeMille.

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Ci-dessus : Randolph Scott & Janis Carter

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Ci-dessus : Janis Carter & Allene Roberts

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Ci-dessus : Randolph Scott

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Ci-dessus : Jerome Courtland & Allene Roberts

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Ci-dessus : Jerome Courtland & Allene Roberts

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Disponible en DVD zone 2 en VF et VO sous-titrée

Note : 6 / 10

01/03/2015

Tu seras un homme mon fils / The Eddy Duchin Story - 1956

Les biographies musicales avaient la côte dans le Hollywood des années 50. Ainsi, dans ce genre souvent dramatique ou mélodramatique, on peut citer "Pour elle un seul homme" (1957) avec Paul Newman et Ann Blyth, qui raconte l'histoire de la chanteuse Helen Morgan, ou encore "Les Pièges de la passion" (1955). "Tu seras un homme mon fils", film en Technicolor et en cinémascope, s'inscrit donc dans ce type de film, et nous raconte l'histoire du pianiste Eddy Duchin. Le titre français est particulièrement bon, car il reprend le titre éponyme, de la traduction par André Maurois, du célèbre poème de Rudyard Kipling "if". Mais il n'en reprend pas seulement le titre, mais bien tous les thèmes. Tyrone Power a ici, sans aucun doute, un de ses plus grands rôles, et sa disparition d'une crise cardiaque, 2 ans plus tard, donne aujourd'hui une force prémonitoire insoupçonnée au film. George Sidney est encore une fois particulièrement inspiré, et le réalisateur de tant de chefs-d'oeuvre hollywoodiens, des années 50, se surpasse de nouveau, pour nous donner la beauté d'un New-York immaculé, où se disputent les fêtes sans fin et le drame personnel. On ne peut parler de George Sidney, sans dire qu'il est le réalisateur du "Le Bal des sirènes" (1944) avec Esther Williams, "d'Escale à Hollywood" (1945), "les trois mousquetaires" (1948) avec Gene Kelly,  ou encore "Show Boat" (1951) ou évidemment de "Scaramouche" (1952) avec Stewart Granger.

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Tyrone Power, nous donne donc ici une très belle et très touchante interprétation, avec des scènes parfois bouleversantes. Sa compagne Kim Novak est quant à elle, pas toujours convaincante, mais apporte un charme énorme à l'ensemble. Mais la grande star du film, c'est évidemment la musique d'Eddy Duchin, qu'on ne se lasse pas d'écouter encore et encore. Je me souviens que mon père en avait le disque vinyle. Mais où peut il bien être ? Heureusement, la magie d'internet et de YouTube, nous permet de retrouver la bande originale, en quelques secondes. Pour en revenir au film, "tu seras un homme mon fils", obtiendra un grand succès public et critique, mérité. La fin montrant le passage de relai, entre le père et le fils est à elle seule particulièrement poignante. On ne pourra peut être que reprocher à l'ensemble, quelques longueurs, inhérentes à ce type de biographie. J'ai appris qu'une version Bluray allait sortir aux USA. Il serait temps qu'un éditeur français sorte ce merveilleux film de l'oubli, dans lequel il est un peu tombé et nous en donne une version restaurée en haute définition. Car "tu seras un homme mon fils" n'est pas seulement une leçon de musique ou de morale, mais aussi une leçon de vie.

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Ci-dessus : Tyrone Power & Kim Novak

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Ci-dessus : Victoria Shaw et Tyrone Power

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Ci-dessus : Tyrone Power

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Ci-dessus : Tyrone Power & Victoria Shaw

Extrait de la musique originale : 

Disponible en DVD en VF et VO sous-titrée zone 2

Note : 7,5 / 10