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04/03/2014

le plaisir - 1952

On doit redécouvrir de toute urgence le cinéma de Max Ophüls. Ophüls, cinéaste français d'origine allemande, semble posséder la profondeur de l'âme français enracinée au plus profond des campagnes de la fin du 19ème siècle. Ainsi, ce parcours de 3 nouvelles de Maupassant par Ophüls, est admirable. La deuxième nouvelle, "la Maison Tellier" est entourée par 2 autres nouvelles, "Le masque" et "le modèle", plus courtes. Jacques Natanson et Max Ophüls, tous deux responsables du scénario, nous présentent plusieurs visages du plaisir : le plaisir et l'amour, le plaisir et la vertu, et enfin le plaisir et la mort. Ici le plaisir n'a rien de charnel, il est ici plaisir sous-entendu, plaisir de salon ou de maison. Mais le plus difficile est de savoir par où commencer pour vous expliquer la beauté de ce film. Mais peut être devrais-je commencer, par le commencement. Ainsi le film s'ouvre sur une première histoire, qui prend place dans un cabaret. Comme à son habitude, Ophüls donne un incroyable mouvement aux scènes de cabaret, laissant le spectateur comme emporté par la fête et l'ivresse de la danse. Puis une leçon de vie, clôture cette scène de bal. La maïtrise de la forme est parfaite dans cette première nouvelle qui donne le ton. La scène du bal rappelle par moment par quelques effets, la scène de bal du "Madame Bovary" (1949) de Vincente Minnelli.

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La deuxième nouvelle est donc la maison Tellier, qui regroupe Madeleine Renaud, Ginette Leclerc, Danielle Darrieux, Pierre Brasseur et Jean Gabin. Cette nouvelle a une scène un peu faible ou les clients d'une maison close se retrouvent de dos, devant une jetée qui n'est en fait qu'un décors. Erreur d'Ophüls, mais qui choque d'autant plus devant l'incroyable qualité formelle de l'ensemble. La mauvaise impression de cette courte scène est vite rattrapée, et la visite de la campagne normande, parcourue par les citations de l'oeuvre de Maupassant font tout oublier. On croit parfois se retrouver dans un tableau impressionniste de Monet. On frissonne donc devant un film de première importance qui touche à l'intimité d'une identité d'un peuple. La troisième nouvelle clôture le film, dans une leçon de vie qui nie au bonheur d'avoir pour compagnon la joie.

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"Le plaisir" est donc autant un film littéraire, que social, image de la France du 19ème siècle, tellement éloignée de nous, mais pas autant que ça, à bien y réfléchir. Je finirai cet article en laissant la parole à Mr Paul Vecchiali de la cinémathèque française : "Si l'on devait ne retenir qu'un plan dans toute la cinématographie française, si riche en cadeaux de toutes sortes, ce serait celui où, dans un pré orné de fleurs artificielles, après le chant des pensionnaires de la Maison Tellier (« Combien je regrette... »), Darrieux répond à Gabin, s'excusant d'avoir été « un peu chaud », ce « merci » qui exprime par la voix, le retour à la dignité ; par l'attitude, l'aveu d'un amour impossible. Au risque d'être partial, je dirai que ce moment de cinéma pur justifie à lui seul que les frères Lumière aient un jour découvert le mouvement des images." On ne saurait mieux dire, pour vous convaincre d'acquérir à toute force, le Bluray des éditions Gaumont, récemment sorti.

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Ci-dessus : une image colorisée mais c'est pour vous montrer l'impression de se trouver parfois devant un tableau de Claude Monet.

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Film disponible en Bluray chez Gaumont Version française.

Note : 8,5 / 10

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