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31/12/2013

Les Années sauvages / The Rawhide Years - 1956

Aujourd'hui pour le dernier jour de l'année, je vous présente un westerm champagne en Technicolor, et avec Tony Curtis, Colleen Miller, et Arthur Kennedy, dans les rôles principaux : "les années sauvages" connu aussi sous son titre belge, "les pirates du fleuve". Il a été réalisé par Rudolph Maté. Il faut savoir qu'avant d'avoir une belle carrière hollywoodienne, Rudoph Maté a été révélé, en 1928 par son travail sur "la Passion de Jeanne d'Arc" sous la direction de Carl Theodor Dreyer. Pour ma part, j'ai eu une très bonne impression du "gentilhomme de la Louisiane" du même Rudolph Maté, réalisé en 1953. Par contre j'avais été très déçu par son "chevalier du roi" avec le même Tony Curtis réalisé en 1954. Je trouvais les décors en carton-pâtes. Et que le film ne tenait pas la comparaison avec "les aventures de Robin des bois" (1938), "Ivanhoé" (1952), ou "les chevaliers de la table ronde" (1953). Ici pas d'inquiétude, on est devant un très beau western de Maté, qui sur un scénario rythmé, nous laisse à voir des bagarres, des rebondissements, des attaques en rivière, des règlements de compte, des lynchages, des chansons, mais aussi et surtout beaucoup de jolies filles légèrement vêtues. Donc il y a de quoi être heureux, devant ce petit western sans prétention, mais mené avec humour, action, et donc un zest d'érotisme, qui en fait un compagnon idéal pour bien finir ou commencer l'année.

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A cela, il faut ajouter, une bonne figuration, des beaux décors. Il est donc difficile de demander beaucoup plus, sinon peut être un casting encore plus prestigieux. Car malgré ses limites, le duo Tony Curtis / Colleen Miller, remplace avec brio le duo Tyrone Power / Piper Laurie. Et il n'en reste pas moins que l'un et l'autre vont bien ensemble et sont convaincants. Peter Van Eyck dans le rôle du méchant et traître de service est également savoureux. Voilà, je vous laisse avec la présentation de Mr Patrick Brion et vous donne un dernier conseil pour cette année : il faut redécouvrir "les années sauvages" de Rudolph Maté. Il en vaut la peine et qui plus est, la qualité d'image est correcte même si le Technicolor est ici un peu terne.

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Ci-dessus : Arthur Kennedy, Tony Curtis, Colleen Miller

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Ci-dessus : Arthur Kennedy et Colleen Miller

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Disponible chez Sidonis en DVD zone 2 (bonne qualité) VF et VO sous-titrée

 

Note : 6,5 / 10

30/12/2013

Souvenez vous de ... Rhonda Fleming !

Magnifique beauté des années 40 et 50, Rhonda Fleming a illuminé le cinéma américain de sa présence. Et la sortie récente de "la cinquième victime" (1956),  nous rappelle à son souvenir. Moi je l'avais remarqué très jeune, dans "Réglement de compte à Ok Corral" (1957) avec Kirk Douglas et Burt Lancaster. Mais Rhonda n'était pas seulement une héroïne de western. Elle était capable de tout jouer et particulièrement dans des films noirs. Et entre sa carrière cinématographique, télévisuelle, et ses 5 maris, on peut dire, sans se tromper que la vie de Rhonda Fleming a été bien remplis. Hollywood Classic aime Rhonda Fleming et pense très fort à elle. Un mot pour dire, que l'on devrait redécouvrir en HD en 2014, "Réglement de compte à OK Corral". J'en parle car c'est mon western préféré. A Dream of you, so an article for you, Miss Fleming. Souvenez vous de ... Rhonda Fleming !

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Filmographie

  • 1943 : La Ruée sanglante (In Old Oklahoma) d'Albert S. Rogell

  • 1944 : L'Etrange Mariage (Betrayed) de William Castle avec Robert Mitchum et Kim Hunter (fille dans le train)

  • 1944 : Depuis ton départ (Since You Went Away) de John Cromwell - apparition

  • 1945 : La Maison du docteur Edwardes (Spellbound) d'Alfred Hitchcock

  • 1946 : Règlement de comptes à Abilene Town (Abilene Town) d'Edwin L. Marin

  • 1946 : Deux mains, la nuit (The Spiral Staircase) de Robert Siodmak

  • 1947 : Pendez-moi haut et court ou La griffe du passé (Out of the Past) de Jacques Tourneur

  • 1949 : Un Yankee à la cour du roi Arthur (A Connecticut Yankee in King Arthur's Court) de Tay Garnett d'après Mark Twain, avec Bing Crosby, Cedric Hardwicke

  • 1949 : Don Juan de l'Atlantique (The Great Lover) d'Alexander Hall avec Bob Hope, Roland Young

  • 1950 : L'Aigle et le Vautour (The Eagle and the Hawk) de Lewis R. Foster avec John Payne

  • 1951 : L'Implacable ennemie (Cry Danger) de Robert Parrish avec Dick Powell

  • 1951 : Tête d'or et tête de bois (The Redhead and the Cowboy) de Leslie Fenton avec Glenn Ford

  • 1951 : Le Dernier bastion (The Last Outpost) de Lewis R. Foster avec Ronald Reagan

  • 1951 : Little Egypt de Frederick De Cordova avec Mark Stevens

  • 1951 : L'Or de la Nouvelle-Guinée (Crosswinds) de Lewis R. Foster avec Payne

  • 1952 : Hong Kong de Lewis R. Foster avec Reagan

  • 1952 : Le faucon d'or de Sidney Salkow avec Sterling Hayden

  • 1953 : Tropic Zone de Lewis R. Foster avec Reagan

  • 1953 : Serpent of the Nile de William Castle rôle de Cléopâtre avec Raymond Burr en Marc Antoine

  • 1953 : Le Triomphe de Buffalo Bill (Pony Express) de Jerry Hopper avec Charlton Heston en Buffalo Bill

  • 1953 : Those Redheads from Seattle de Lewis R. Foster avec Gene Barry, Agnes Moorehead

  • 1953 : Inferno de Roy Ward Baker avec Robert Ryan

  • 1954 : L'appel de l'or (Jivaro) de Edward Ludwig avec Fernando Lamas, Brian Keith

  • 1954 : Yankee Pasha de Joseph Pevney avec Jeff Chandler, Mamie Van Doren

  • 1955 : Le Bagarreur du Tennessee (Tennessee's Partner) d'Allan Dwan avec Payne et Reagan

  • 1955 : Sémiramis, esclave et reine (Cortigiana di Babilonia) de Carlo Ludovico Bragaglia avec Ricardo Montalban

  • 1956 : Le Tueur s'est évadé (The Killer Is Loose) de Budd Boetticher

  • 1956 : Deux rouquines dans la bagarre (Slightly Scarlet) d'Allan Dwan

  • 1956 : La Cinquième Victime (While the City Sleeps) de Fritz Lang

  • 1957 : Règlement de compte à OK Corral (Gunfight at the O.K. Corral) de John Sturges

  • 1957 : L'Homme qui n'a jamais ri (The Buster Keaton Story) de Sidney Sheldon avec Donald O'Connor en Buster Keaton, Ann Blyth

  • 1957 : Terreur dans la vallée (Gun Glory) de Roy Rowland avec Stewart Granger

  • 1958 : La femme au fouet (Bullwhip) de Harmon Jones avec Guy Madison

  • 1958 : Retour avant la nuit (Home Before Dark) de Mervyn LeRoy avec Jean Simmons, Dan O'Herlihy

  • 1959 : Ne tirez pas sur le bandit (Alias Jesse James) de Norman Z. McLeod avec Bob Hope

  • 1959 : Le Cirque fantastique (The Big Circus) de Joseph M. Newman

  • 1960 : The Crowded Sky de Joseph Pevney avec Dana Andrews, Efrem Zimbalist Jr.

  • 1960 : La Révolte des esclaves (La rivolta degli schiavi) de Nunzio Malasomma d'après Fabiola du cardinal Wiseman

  • 1964 : Pão de Açúcar de Paul Sylbert avec Rossano Brazzi (tourné au Brésil)

  • 1964 : Jerry souffre-douleur (The Patsy) de Jerry Lewis

  • 1965 : Mes femmes américaines (Una moglie americana) de Gian Luigi Polidoro avec Ugo Tognazzi, Marina Vlady

  • 1976 : Won Ton Ton, le chien qui sauva Hollywood (Won Ton Ton, the Dog Who Saved Hollywood) de Michael Winner

  • 1980 : Le plus secret des agents secrets/The Nude Bomb de Clive Donner avec Don Adams, Sylvia Kristel

 

Hommage vidéo :

 

 

29/12/2013

Anna Karénine / Anna Karenina - 1948

"Anna Karénine" dans sa version de 1948, et dans une réalisation de Julien Duvivier est un peu décevante, si on la compare à la version de 1935 avec Greta Garbo. En effet, la version de 1935 comprenait Fredric March dans le rôle de l'amant et Basil Rathbone dans le rôle du mari trompé. On adorait l'un et on aimait détester l'autre. Ici ce serait un peu le contraire, le malheureux Kieron Moore semble désemparait devant le talent de Vivien Leigh. Et si au début, il passe bien en amoureux transit, on finit par de moins en moins croire en son jeu. Enfin Ralph Richardson, en mari trompé, mais qui veut rester fidèle à ses principes chrétiens, semble jouer une interprétation quelque peu différente de celle de Rathbone. Mais surtout, le film est trop long : 2H10 au lieu de 95 minutes pour la version de 1935. On peut donc considérer cette version anglaise dans une production d'Alexandre Korda, comme un peu inférieure à son aîné, malgré la présence de la belle Sally Ann Howes.

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Ceci étant dit, le film a aussi beaucoup de qualités, en particulier la réalisation de Duvivier, qui sait exploiter la lumière ou les rares scènes extérieures, pour faire de ces scènes sur les quais de gare des moments magiques. On sent l'influence de précédents films de Vivien Leigh. On pense ainsi à "la valse dans l'ombre" (1940) de Mervyn LeRoy, qui avait au moins une scène sur le quai d'une gare, et qui avait également pour sujet un amour tragique. Malgré toutes ces qualités, le film n'arriva pas à convaincre  le public de l'époque, et la régidité de l'ensemble ne faisait rien pour arranger l'affaire. Ainsi, Duvivier filma d'une bien curieuse manière la course de chevaux en ne prenant que le visage de Leigh et de son mari. C'était se priver d'une scène épique et qui aurait pu permettre au film de reprendre sa respiration. La musique de Constant Lambert, fait beaucoup pour rendre le film moins étouffant. Et on reste malgré tout, profondément marqué par la scène finale, d'abandon de l'actrice qui réalise un formidable numéro, qui augure de sa fin tragique, des années plus tard, et de son état dépressif de l'époque. C'est pour cela que le film reste encore dans nos mémoires aujourd'hui et résonne comme une étrange épitaphe à son endroit. Je ne peux donc comme Duvivier, m'empêcher de citer Tolstoï : "Et la lumière, qui pour l’infortunée avait éclairé le livre de la vie, avec ses tourments, ses trahisons et ses douleurs, déchirant les ténèbres, brilla d’un éclat plus vif, vacilla et s’éteignit pour toujours."

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Ci-dessus : Vivien Leigh et Ralph Richardson

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Ci-dessus : Sally Ann Howes et  Kieron Moore

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Ci-dessus : Vivien Leigh et Kieron Moore

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Ci-dessus : Vivien Leigh

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Ci-dessus : Vivien Leigh et Ralph Richardson

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Ci-dessus : une scène pendant le tournage (on remarque Duvivier assis, Vivien Leigh et mary kerridge)


Extrait de la musique (avec la courtoisie de Corentin) :

Disponible chez Elephant Films en DVD Zone 2 (sous-titré en français). Qualité d'image moyenne, mais à ma connaissance, la meilleure disponible à ce jour.


Note : 6,5 / 10

28/12/2013

La femme sur la plage / The Woman on the Beach - 1947

"Pour la Femme sur la Plage, il y avait un roman, publié et vaguement lu, et c’est ce qui a décidé la RKO à me confier la réalisation d’une pauvre intrigue. J’ai accepté, je ne sais pas pourquoi, sans doute pour payer mes taxes, et ça a ajouté quelques kilomètres de plus à la ponte annuelle de notre bonne ville (…) Je viens de passer quatre mois d’abrutissement absolu à monter et à redémonter mon dernier film." C'est en ces termes peu élogieux pour son propre travail que Renoir parlait de "la femme sur la plage". Aujourd'hui 66 ans après sa création doit on être aussi dur que Renoir sur son film ? Qu'en est il vraiment ? Les critiques ont elles eu raison de renier ce dernier film de Renoir ? Hollywood classic a vu aussi ce film et vous donnera son opinion. Le film tourne autour du trio, Joan Bennett, Robert Ryan et Charles Bickford. Charles Bickford c'est évidemment le propriétaire violent de "duel au soleil" avec Gregory Peck.

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Tout d'abord, je pense qu'il faut prendre le film tel qu'il est sans le comparer à d'autres films de la période américaine de Renoir : "L’étang tragique", "Vivre Libre", "L’homme du sud", "Le journal d’une femme de chambre". Ceci étant dit, ces films n'étaient pas exempts de défauts. Ainsi, "Vivre Libre" censé se passer en France occupée, laissait apparaître des enseignes de magasins en anglais. Ce n'était pour le moins, pas très crédible. Pour "la femme sur la plage" le premier vrai défaut est qu'on ne sait pas bien si c'est un film noir ou un mélodrame. Le film ne semble pas vouloir choisir et jusqu'à la fin, on ne se demande si c'est un mélodrame que l'on regarde ou un film noir. Enfin le scénario n'est pas très clair. En effet, un garde de côté (Robert Ryan) traumatisé par un naufrage, se prend d'affection pour une jeune femme marié (Joan Bennett) à un aveugle violent et possessif (Charles Bickford). Ce que l'on peut reprocher au film, c'est évidemment d'être finalement assez superfitiel dans sa caractérisation des personnages. On sent bien que Renoir n'a pas osé ou a été gêné en voulant mettre à l'écran une forme de relation sadomasochiste, où le mari a perdu un oeil de la faute de sa femme, et où suite à cela, la femme est devenue l'esclave ménagère de l'homme, et on suppose sexuel également.

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Ci-dessus : Joan Bennett, Charles Bickford et Robert Ryan

Voilà ce qu'en disait François Truffaut : Ce que j'aime dans "la femme sur la plage", c'est qu'on y regarde deux films en même temps. Dans le dialogue, on ne parle jamais d'amour, les personnages échangent des propos courtois, polis. L'essentiel n'est donc pas dans le dialogue qu'ils prononcent mais dans les regards qu'ils échangent, et qui expriment des choses troubles, secrètes et pourtant très précises. Le cinéma n'est jamais autant lui-même que lorsqu'il parvient, en utilisant le dialogue comme une musique de contrepoint, à nous faire entrer dans les pensées des personnages. C'est sous cet angle que je vous invite à regarder les trois prodigieux acteurs de "la femme sur la plage", Joan Bennett, Robert Ryan, Charles Bickford, regardez-les comme des animaux, comme des bêtes farouches qui déambulent dans la jungle crépusculaire de la sexualité refoulée." Ainsi, même si Truffaut se plaignait de la non caractérisation des dialogues. Certains dialogues ne prêtent pas à confusion et laisse comprendre une servilité totale de la femme pour son mari aveugle. Hanns Eisler, compositeur aujourd'hui oublié, nous gratifie ici d'une intéressante musique, qui mérite notre attention.

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Ci-dessus : Joan Bennett et Robert Ryan

"La femme sur la plage" n'est donc pas du tout un mauvais film. C'est même un film plutôt surprenant, qui évoque à mots couverts, des thèmes que l'on osait pas évoquer en 1947. L'adultère n'est plus ici, un crime, mais une libération. L'héroïne semble aimer et détester tout à la fois son mari, dans un jeu pervers assez malsain, dont la valeur de ses peintures reste un des noeuds de l'attachement qu'elle a encore pour son mari. Il y a une grande modernité dans tout ça, qui semble avoir désarçonné son auteur lui même, ainsi que le public de l'époque. "La femme sur la plage" n'en reste pas moins un très bon film, qui mérite d'être tiré de l'oubli. On regrettera seulement un scénario, qui finalement ne va pas au fond des choses, et qui reste assez superficiel.

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Ci-dessus : Joan Bennett

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Ci-dessus : Nan Leslie

Disponible aux éditions Montparnasse (DVD zone 2 VO sous-titrée)

Note : 6,5 / 10

27/12/2013

Chasse à l'homme / Manhunt - 1941

Après l'échec de "casier judiciaire" (1938), Lang semblait perdu pour le cinéma américain. Il partit donc vers l'Ouest filmer les indiens. De fil en aiguille, ses petits films furent progeter à Darryl F Zanuck qui décida de l'engager pour deux westerns : "le retour de Franck James" et "les pionniers de la Western Union". On peut toujours critiquer ces deux films, en doutant de l'apport d'un Allemand comme Lang à un thème typiquement américain. Néanmoins, ces films eurent pour conséquences de sortir Lang de son statut de paria du cinéma américain. Et donc en 1941, il tournait "chasse à l'homme", film cette fois-ci beaucoup plus personnel, car évoquant le nazisme. On sait que Lang était profondément anti-nazi et avait même fondé une association anti-nazie à son arrivée aux USA. Le film est également intéressant, car il nous permet de voir la première collaboration de Lang avec Joan Bennett. Cette dernière deviendra une des égéries de Lang et jouera ainsi dans 3 autres films noirs de Fritz Lang : "la femme au portrait" (1944), "la rue rouge" (1945) et "le secret derrière la porte" (1948). Mais on la verra aussi dans d'autres films, comme par exemple, le formidable film avec Paul Henreid, "le balafré" (1948). George Sanders est également présent dans "chasse à l'homme". Et on notera qu'il avait déjà été le partenaire de Joan Bennett l'année précédente dans "le fils de Monte-Cristo". Malheureusement, ce film est indisponible en France, mais disponible sur Youtube sans sous-titres. On se demande bien pourquoi les éditeurs ne sortent pas ce film. Si quelqu'un de Sidonis ou Wild Side passe par là et peut faire quelque chose. Il est le bienvenu.

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Pour revenir à "Chasse à l'homme", je ne vais pas vous raconter l'histoire, mais essayer de vous donner envie de le voir. Le film est tiré du roman "Manhunt", dont Dudley Nichols fera un scénario, qui sera remis à Lang. Le film évoque l'Allemagne nazi, mais aussi la possibilité d'un assassinat d'Hitler. Le but du film est de décider l'Amérique à rentrer dans le conflit. Lang évoque différents thèmes : espionnage, amour, mais aussi conscience et inconscient. Le chef du contre espionnage joué par George Sanders, va jouer malgré lui, le rôle du psychiatre. et Walter Pidgeon, le héros, va jouer le rôle du patient. Sanders arrivera à la fin du film à donner conscience à l'inconscient des actes de Pidgeon. Enfin, il faut ajouter que le personnage de  Joan Bennett est très sympathique. En effet, elle joue une fille facile du peuple, qui rencontre en Pidgeon l'homme parfait. Elle est très touchante, quand elle pleure, lui voulant dormir seulement sur le canapé de lui même. On a l'impression qu'elle est déçue que ce dernier ne se jette pas sur elle. Mais on se dit aussi, qu'elle pleure, parce que c'est aussi le premier homme qui dort chez elle, sans rien tenter. Et comme nous, elle est touchée par ce geste désintéressé. On reste surpris par le petit budget du film, et par seulement les 28 jours de tournage pour un tel résultat à l'écran.

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Ci-dessus : Joan Bennett et Walter Pidgeon

"Chasse à l'homme" est donc au bout du compte, un beau film noir et romantique. On en oublie que son sujet est celle d'un film de propagande. Le suspens fait parfois penser à Hitchcock. Et on se rappelle ainsi, d'autres films anti-nazis cette fois-ci d'Hitchcock, comme "Saboteur" (1942) ou "Correspondant 17" (1940), même si Lang en fera d'autres, comme "Les Bourreaux meurent aussi" (1943), "Espions sur la Tamise" (1944) et "Cape et Poignard" (1946).. Et en plus, on a la chance de retrouver Joan Bennett en anglaise des rues avec un accent très british mais aussi très populaire. Je ne peux donc que vous conseiller sur la magnifique édition sortie dernièrement par Sidonis, qui a une magnifique qualité d'image et de très nombreux bonus; dont un long entretien avec un spécialitste de Lang, Bernard Eisenschitz et Mr Patrick Brion.

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Ci-dessus : Joan Bennett et Walter Pidgeon

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Ci-dessus ; Walter Pidgeon et Roddy McDowall

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Disponible en Bluray et DVD zone 2 et B sous-titré en français dans un coffret magnifique, comprenant un livret explicatif.

Note : 8 / 10

26/12/2013

La Cinquième Victime / While the city sleeps - 1956

"La cinquième victime" est l'avant dernière oeuvre de Lang aux USA. C'est une de ses plus sombres. En effet, Lang n'a pas encore terminé "les contrebandiers de Moonfleet" quand on lui soumet le scénario de la cinquième victime. On sait que Lang sera peu satisfait de "Monfleet". En effet, il considérera que le film, lui a en parti échappé pour revenir dans les mains des producteurs, en particulier en ce qui concerne le montage final, où des scènes ont été supprimées et où une autre fin lui a été imposée. De plus l'oeuvre n' a pas obtenu le succès attendu. Lang semble en 1956,  un peu, à bout d'inspiration. Pourtant, il a encore des choses à dire dans "la cinquième victime". Mais ce qu'il dira, sera toujours teinté pour la plus grande partie de l'oeuvre, d'une profonde noirceure. Le film évoque deux intrigues principales : la direction d'une agence de presse, et le parcours d'un tueur psychopathe, obsédé par le meurtre de femmes. Lang va retravailler à fond le scénario de Casey Robinson, qui s'était lui même inspiré d'un roman, "the Bloody Spur". On sait que Lang aime la résonance et donc cette oeuvre fera échos au dernier film américain de Lang : "l'invraisemblable vérité" (1956), qui là aussi évoquera le milieu de la presse,

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Le csting est très bon avec Vincent Price en Président Directeur Général du groupe de presse, Thomas Mitchell en directeur des publications, et Georges Sanders en directeur de la communication, et Dana Andrews en journaliste d'investigation. Pour les vedettes féminines, on retrouve Ida Lupino en journaliste, Rhonda Fleming en femme du grand patron, et Sally Forrest. Pour Sally Forrest, on se rappelle surtout d'elle pour son interprétation sur scène d'une pièce qui deviendra un peu un film mythique de la comédie américaine. En effet, Sally interprétera 1141 fois, "Sept ans de Féflexion".

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Ci-dessus : Dana Andrews, Sally Forrest, et Thomas Mitchell

Toute l'oeuvre de Lang est donc tournée vers la noirceur. Noirceur des personnages dont la seule ambition est le pouvoir : ambition des directeurs vers la place qu'ils convoitent tout, et qui leur apportera succès et argent, ambition de pouvoir du tueur sur ses victimes. Ainsi, Lang donne ici une critique acerbe de la société américaine de 1956, comme si il savait que le ver est déjà dans le fruit. Ainsi, rien est obtenu normalement. Tous les rapports humains son pervertis. Le patron fait pression sur l'employé pour obtenir ce qu'il souhaite, et l'employé sur le policier. Enfin, tous les rapports humains sont faux. La femme du grand patron a une relation hors mariage avec l'un de ses directeurs, pour mieux le manipuler. Lang aborde ainsi le thème de la sexualité, sur un angle rarement abordé à Hollywood jusque là ou sinon avant que le fameux code de censure "Hays" n'ait été mis en place. La sexualité ne semble ici que perversité, adultère ou tromperie. Ainsi, le film de Lang sonne d'une étrange modernité, enveloppé qu'il est dans une réalisation très classique. Ainsi, le film se prend à tourmenter les héroïnes féminines.

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Ci-dessus : Rhonda Fleming et Vincent Price

Avec son casting de stars, Lange mélange, sexe, ambition, pouvoir, et meurtre dans un mélange novateur, comme rarement vu dans le cinéma de cette époque. Le film évoque les côtés les plus noirs de la société américaine des années 50. Mais il choque par sa modernité, qui évoque des oeuvres plus récentes comme "l'étrangleur de Boston" (1968) avec Tony Curtis, qui ira plus loin encore dans le sexe et la violence. Lang dénonce les travers de la société américaine de 1956. L'ambition, le pouvoir, le sexe, tout est en place pour la grande déflagration des années 60, qui culminera avec la mort de Kennedy, la guerre du Vietnam, puis avec la contre-culture. Lang ne pouvait voir tout cela en 1956, mais il pressentait la catastrophe. Et même si la fin du film, semble nous dire que rien ne changera, il en a trop dit avant, pour ne pas avoir laissé au spectateur, l'idée que ce monde touche à sa fin et que les décennies qui s'annoncent seront bien celles des grands bouleversements pour la société américaine et occidentale toute entière. En est on jamais sorti ? Le meilleur des mondes reste encore à inventer. Quant à Lang, il semble être allé ici, au bout de sa recherche formelle en terme de réalisation de film noir et ouvre donc une nouvelle voie pour d'autres films. Il réalisera donc un dernier film aux USA, "l'invraisemblable vérité", avant de renaître tel le Phénix, avec "le tigre du Bengale" (1958) et "le tombeau hindou" (1959), mais cette fois-ci dans des productions allemandes.

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Ci-dessus : Ida Lupino, Fritz Lang et Dana Andrews

Film disponible dans un magnifique coffret Wild Side en DVD zone 2 VF ou VO sous-titrée

 

Note : 8 / 10