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17/11/2012

Le facteur sonne toujours deux fois / The postman always rings twice - 1946

Dans le cadre de sa sortie Bluray, je suis fier de vous présenter "le facteur sonne toujours deux fois". C'est vraiment un plaisir de parler d'un tel film. En effet, on y retrouve la merveilleuse Lana Turner, mais aussi le "Bad Boy" de cette époque, à 'Hollywood : John Garfield. Le film est tiré d'un roman de James M.Cain, et raconte l'histoire d'un amour interdit entre la femme du patron d'un restaurant (jouée par Lana Turner) et son employé. Le film est réalisé par un homme aux multiples talents, Tay Garnett. En effet, il sera scénariste, producteur, acteur et même compositeur. On peut d'ailleurs considérer "le facteur sonne toujours deux fois" comme le sommet de sa carrière de réalisateur. Ses films suivant n'arriveront jamais à la hauteur de ce chef-d'oeuvre. Il faut également savoir que c'est le premier film où Lana Turner a un rôle de femme fatale.  En ce qui concerne le film en lui même, il est totalement en contradication avec le code de censure de l'époque (code Hays) et c'est bien ce qui fait aujourd'hui, son absolue modernité. Il y a de nombreaux thèmes abordés et des doubles sens. Ainsi, Frank Chambers (John Garfield) est pris au début du film en auto-stop par le district Atorney (le procureur) et arrive devant le restaurant où il y a un panneau "Man Wanted". On comprend bien évidemment plus tard que ce panneau a un double sens et qu'on ne recherche pas ici seulement un homme à tout faire.

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Viens ensuite la scène où Cora Smith (Lana Turner) apparaît tout en blanc avec un petit short moulant et sexy. Et là c'est un pur chef-d'oeuvre de réalisation. Le réalisateur filme d'abord un tube de rouge à lèvres qui roule, puis la caméra va dans la direction inverse de la trajectoire du rouge à lèvres et montre les jambes de Lana pour ensuite montrer la réaction du visage de Garfield qui retient son souffle. Et ensuite un plan complet sur Lana Turner. On est bien obligé de se dire tout de suite : ça c'est du cinéma !! Cette scène apparaissant au début, le spectateur sait ainsi tout de suite qu'il aura droit à un film hors norme. le réalisateur se mettra en avant dans beaucoup d'autres scènes, comme dans celle où un panneau lumineux mettra dans la lumière ou dans le noir le visage de Lana Turner, comme pour montrer les 2 faces lumineuses et sombres de son personnage.

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Ci-dessus Lana Turner :

Mais c'est bien l'adjectif "hors norme" qui caractérise le mieux ce film. Ainsi, on sent bien comme je le disais au début de ma critique que le réalisateur et les acteurs jouent avec les interdits du code de censure de l'époque. Le code de censure interdit de montrer la nudité à l'écran, l'héroïne se trouve habillée d'un short plus ou moins transparent. Il est interdit d'expliquer des techniques d'assassinat, donc on explique par 2 fois la mise en place du crime parfait. L'alcoolisme ne doit pas âtre montré à l'écran, il apparaît 2 fois. L'adultère ne doit pas être montré sous un jour attrayant. Donc le film représente l'adultère en la personne de Lana Turner. N'est elle pas assez attrayante ? Et sans parler de perversions sexuelles comme le candaulisme qui est aussi dicrètement évoqué au début du film. Ce film serait déjà un chef-d'oeuvre uniquement pour la manière dont ces thèmes sont abordés et sa volonté de passer outre le code Hays. Mais d'autres thèmes vont également apparaître. Ainsi la totale dénonciation du système juridique américain est mis en avant, coupable de tous les arrangements, de toutes les malversations et finalement n'ayant rien à voir avec l'idée même de Justice.

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Et ce sont bien les scènes de procès qui restent aujourd'hui, les plus troublantes. Surtout si on se rappelle que Lana Turner se retrouvera plus tard mêlée à une affaire de meurtre; sa fille Cheryl Crane ayant assassinée, le petit ami du moment de Lana (Johnny Stompanato) le 4 avril 1958, lors d'une violente dispute entre ce dernier et Lana. A ce moment là, les journaux diront que Lana n'a jamais été aussi convaincante que lors de son vrai procès. C'était bien injuste au regard du talent de cette incroyable femme, qui si elle n'appréciait pas John Garfield à la ville, semblait drôlement bien imiter le plus intense et le plus dévastateur amour à l'écran ! Etrangement Garfield devait se trouver mêler à des auditions publics lui aussi, mais pour sa part dans le cadre de "la chasse aux sorcières" initiée par le sénateur McCarthy lors de sa croisade anti-communiste. Mis sur la fameuse liste noire, et épuisé par ces auditions, Garfield devait mourir d'une crise cardiaque quelques années plus tard. Mais parler uniquement du couple Garfield, Turner serait faire insulte aux formidables seconds rôles comme Cecil Kellaway ou Hume Cronyn, ce dernier trouvant peut être là son meilleur rôle.

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Ci-dessus Lana Turner et John Garfield :

Pour le reste, le Bluray (compatible zone B) bénéficie d'une belle restauration, mais l'image a parfois un grain excessif sur quelques plans. Au niveau du son, la Warner a eu la belle idée de conserver la version française d'époque. Elle est malheureusement d'un faible niveau sonore et parfois peu audible. On préfèrera donc la version originale. Pour le reste, on est vraiment gâté au niveau des bonus (en VO sous-titrés français), on y retrouve une introduction, un documentaire de presque 90 mn sur la vie de Lana Turner, un autre sur John Garfield, des dessins aninmés dont le célèbre "petit chaperon rouge" de Tex Avery, la bande annonce, et même une émission radio sur le film !

Pour résumer, le glamour, la misère humaine, l'absurdité de la justice des Hommes, la passion, et la censure du code Hays, font de ce film le condensé sensationnel et mythique d'une époque et d'un cinéma hollywoodien maheureusement aujourd'hui disparu. Vous l'aurez donc compris, l'achat du Bluray et la vision de ce film est totalement indispensable et je ne peux que le recommander très fortement à tous les amoureux de cinéma. Je m'arrêterais là et pour ne pas gâcher votre plaisir de spectateur je ne vous dirais pas ce que veut dire le fameux titre : "Le facteur sonne toujours deux fois".


NOTE : 8,5 / 10

Commentaires

Voilà une belle analyse du film, Stéphane. Film totalement indispensable s'il en est ! Je ne savais pas pour l'histoire de la fille de Lana Turner. Ah ! sa fabuleuse tenue lors de sa première apparition ! j'en suis encore tout ému. Le documentaire sur John Garfield, qui décrit sa descente aux enfers dans les Etats-Unis d'alors, proie de la chasse aux sorcières, est diablement intéressant (il est présent sur le DVD zone 2) Par contre, je ne crois pas qu'il y ait quoi que ce soit d'autre sur le DVD : raison supplémentaire d'acheter le blu-ray !

A bientôt,

Raphaël

Écrit par : Raphaël | 18/11/2012

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J'achète quasiment systématiquement les Bluray "classiques" quand mon budget me le permet. Merci encore pour tes compliments. Je fais toujours au mieux, sachant que le cinéma est aussi affaire de sensibilité. Et puis on ne peut pas avoir tous les mêmes goûts ! Je me rappelle que dernièrement Mr Tavernier avait descendu "la valse dans l'ombre" avec Robert Taylor alors que c'est mon film préféré. Le choc ! Oo

Amicalement.
Stéphane. (Hollywood Classic).

Écrit par : Stéphane | 19/11/2012

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Bonsoir Stéphane,

je ne connais pas La valse de l'ombre, mais j'aime bien Mervyn Leroy. Mais en fait, tu es un fan inconditionnel de Robert Taylor ! (d'où ton avatar je vois). Je l'apprécie également, notamment dans le très bon Ivanhoé.

A bientôt,

Raphaël

Écrit par : Raphaël | 20/11/2012

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Salut Raphaël,

Non je ne suis pas totalement fan inconditionnel de Robert Taylor. Il y a certains côtés de sa personnalité que je n'apprécie pas, comme son témoignage contre ses collègues à la commission McCarthy lors de la chasse aux sorcières. Et il y a aussi un film de Robert Taylor qui me rend très mal à l'aise, c'est "le grand secret". Cela raconte l'histoire du commandant qui a bombardé Hiroshima. Il faut que je revois ce film prochainement, mais je me rappelle avoir été très très mal à l'aise en le voyant il y a une dizaine d'années. Je pense que j'écrirais sans doute quelque chose sur ce film prochainement, mais cela me sera très difficile.

Amicalement.
Stéphane (Hollywood Classic).

Écrit par : Stéphane | 20/11/2012

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Stéphane,

je ne connaissais pas les implications de Robert Taylor dans la chasse aux sorcières... Le grand secret non plus ; j'essaierai de le voir, je ne savais pas qu'un film de studio avait été fait sur ce thème. Mon prochain film chroniqué sur Le film était presque parfait sera La porte du diable d'Anthony Mann, dans lequel il jour le premier rôle ; rendez-vous dans quelques jours...

A bientôt,

Raphaël

Écrit par : Raphaël | 21/11/2012

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